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Succès syndical dans les rues de Bruxelles
Entre 55.000 et 70.000 personnes ont défilé dans les rues de la capitale belge.

Succès syndical dans les rues de Bruxelles

AFP
Entre 55.000 et 70.000 personnes ont défilé dans les rues de la capitale belge.
International 3 min. 17.05.2018

Succès syndical dans les rues de Bruxelles

Les syndicats ont rassemblé largement pour protester contre la réforme des pensions voulue par le gouvernement Michel.

Quelque 55.000 personnes, selon la police. 70.000, selon les organisateurs. La manifestation qui a eu lieu hier dans les rues de Bruxelles pour protester contre la politique de Charles Michel en matière de pensions a fait carton plein. Un préavis de grève avait été déposé pour permettre à un maximum de gens d'y participer. Les conditions étaient donc réunies pour un franc succès.

«Stop au massacre!»

Et ce fut bien le cas. Dans les rues de la capitale, on a pu voir ainsi un long défilé piqué de rouge et de vert, les couleurs des socialistes de la FGTB et des sociaux-chrétiens de la CSC. «Nous voulons un système de pensions digne et suffisant pour vivre, pas travailler plus pour gagner moins», a lancé Marie-Hélène Ska, la secrétaire générale de la CSC. «Stop au massacre!», a poursuivi son homologue de la FGTB Robert Vertenueil. «Le gouvernement doit renoncer définitivement à l'introduction de la pension à points tant que nous n'avons pas discuté du fond de ce système.»

Ce succès enregistré, la question reste toutefois de savoir si les revendications exprimées par les syndicats seront entendues par le gouvernement fédéral. Ces derniers dénoncent régulièrement le «déni» de l’équipe Michel face à la concertation qui, en Belgique, constitue la clé de la négociation entre partenaires sociaux.

Des propos qui méritent nuances, selon certains observateurs. La stratégie des syndicats est «polymorphe», analyse ainsi le politologue Jean Faniel dans les colonnes du «Soir». «Il y a eu des manifestations, parfois accompagnées de grèves. Mais il y a également eu d’autres modes d’action: la concertation, où les syndicats espéraient la négociation là où le politique a usé de la consultation. Ils ont aussi usé du lobbying politique, avec l’aile flamande de la CSC qui a essayé de peser sur le (parti chrétien-démocrate) CD&V (au pouvoir).»

En vain. Car au bout du compte, les syndicats n’ont pas glané grand-chose dans les dossiers sociaux majeurs de cette législature, en l’occurrence ici le projet du gouvernement de mettre en place une pension à points et de définir des critères de pénibilité des métiers, lesquels permettraient à une partie des travailleurs de partir plus tôt à la retraite.

Une interrogation majeure: fort de l'adhésion des travailleurs exprimée hier, les syndicats vont-ils muscler leurs actions durant les mois à venir et interférer dans la campagne qui doit mener aux élections générales de mai 2019? Pour l’ heure, ils disent se garder de jouer ce jeu, refusant de donner raison au gouvernement Michel qui les a plus d’une fois accusés de mener des grèves «politiques». Entendez de faire le jeu de l’opposition, et singulièrement du Parti socialiste qui reste l’ennemi à abattre pour les nationalistes flamands de la N-VA.

Eviter un clash majeur

De son côté, le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine n’entend pas fléchir. Ce libéral francophone affirme vouloir maintenir le régime de pénibilité et poursuivre la concertation pour la pension à points sans modifier sa façon de travailler. En coulisses, il se dit toutefois qu’il lâchera un peu de lest. Mieux vaut éviter un clash majeur à un moment où le gouvernement se targue d’un bilan positif.

La plupart des Belges soutiennent l’action du gouvernement Michel, quoi que laisse penser la manifestation de ce mercredi. Signe des temps: rares sont les journaux qui lui avaient consacré leur «une» mercredi matin.

Par Max Helleff, à Bruxelles

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