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Sombre diagnostic pour les stagiaires en médecine

Sombre diagnostic pour les stagiaires en médecine

Photo: Shutterstock
International 3 min. 13.06.2019

Sombre diagnostic pour les stagiaires en médecine

A l'Université Libre de Bruxelles (ULB), des faits de harcèlement mettent en lumière les errements de la formation des futurs médecins belges et étrangers.

Par Max Helleff (Bruxelles)

La Belgique francophone est décidément fâchée avec sa médecine. Ces dernières années, sous la pression de la Flandre, différentes mesures ont abouti à réduire le nombre de praticiens formés. Un examen drastique d'entrée en médecine est ainsi organisé depuis deux ans. Tous les chiffres indiquent pourtant qu'il faudra davantage de médecins à l'avenir pour faire face au vieillissement de la population.

A ce constat s'ajoute aujourd'hui ce qu'il faut bien appeler une «souffrance». Elle se dégage fortement d'un mémoire de l'Université libre de Bruxelles portant sur «la prévalence des mauvais traitements chez les étudiants en médecine lors de leurs stages en master dans le réseau ULB et sa corrélation avec la dépression et le burn out». Les témoignages recueillis dans ce rapport sont accablants: humiliations répétées, racisme, gestes déplacés, blagues obscènes, sexisme, etc.

80 à 100 heures de travail par semaine

En réaction, l'ULB a annoncé le lancement d'une procédure disciplinaire et la suspension de deux professeurs dont le comportement semble poser problème. Au départ, c'est le nombre de «burn out» constatés parmi les étudiants en médecine qui a alerté les autorités de l'université bruxelloise.

L'ULB n'est toutefois pas seule à connaître une telle situation. En 2018, la presse belge avait relayé le témoignage inquiétant d'une interne de l'Université catholique de Louvain. Il y était question de semaines de travail de 80 à 100 heures, d'absence de qualification face à des diagnostics complexes, d'erreurs médicales, d'humiliation, de fatigue et bientôt de désespoir.

Pression

La situation n'est pas neuve. Une annexe au contrat de travail des assistants médecins est régulièrement montrée du doigt: l'opting-out. Dans un contrat de base défini par la législation européenne, un assistant travaille 48 heures en moyenne par semaine avec des pics de 60 heures. Mais en signant l'opting-out, il accepte de prester 60 heures avec des maxima pouvant atteindre 72 heures.

Rien n'oblige bien sûr l'étudiant à signer cette clause. Mais la pression de l'université, et des autres stagiaires qui n'ont aucune envie de charger plus encore leur barque, est telle qu'il n'ose pas refuser.

Problèmes de finances

Il faut encore parler du rôle économique de l'aspirant médecin. Sa présence permet à l'hôpital de faire de substantielles économies à une époque où ses finances sont mises sous pression. De nouvelles coupes sombres ont été pratiquées dans le budget de la Sécurité sociale par le gouvernement Michel.

Certains hôpitaux ont perdu d'importantes rentrées financières et/ou sont contraints d'abandonner certaines spécialisations. Augmenter le nombre des stagiaires pour diviser la charge de travail aboutirait par ailleurs à augmenter le nombre de salaires à payer pour les établissements hospitaliers – même si les étudiants en fin de médecine sont loin de rouler sur l'or.

Un traitement passé sous silence

Nombreux sont les maîtres de stage qui estiment que la formation des médecins passe par ces contraintes, quitte à décourager les plus sensibles – et accessoirement à prendre en otage la santé des patients. Certaines universités ont créé des lieux de gestion des conflits entre étudiants et maîtres de stage.

Dans la réalité, la nécessité pour le stagiaire d'obtenir son diplôme après six années d'une formation coûteuse et exigeante lui impose de passer sous silence le traitement auquel il est soumis. Et tant pis, si dans le secret des hôpitaux, d'éminents professeurs de médecine sont laissés à leur toute-puissance.

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