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"Silence radio": Quand médias belges et réseaux sociaux se taisent pendant les opérations de police
International 4 min. 23.11.2015 Cet article est archivé

"Silence radio": Quand médias belges et réseaux sociaux se taisent pendant les opérations de police

La presse a cessé le temps des actions policières de donner des informations qui auraient pu nuire à leur bon déroulement

"Silence radio": Quand médias belges et réseaux sociaux se taisent pendant les opérations de police

La presse a cessé le temps des actions policières de donner des informations qui auraient pu nuire à leur bon déroulement
AFP
International 4 min. 23.11.2015 Cet article est archivé

"Silence radio": Quand médias belges et réseaux sociaux se taisent pendant les opérations de police

Il est 21H26 dimanche et un étrange "silence" tombe sur les réseaux sociaux: médias belges et internautes, à la demande de la police fédérale, se retiennent de divulguer en direct les détails des opérations antiterroristes en cours, dans un réflexe spontané et citoyen.

"Par sécurité, veuillez respecter le silence radio sur les médias sociaux concernant les opérations de police en cours à Bruxelles. Merci". Bref --mais courtois--, le message du compte de la police fédérale belge met soudainement en veilleuse les premières informations dont bruisse Twitter en ce début de soirée à Bruxelles.

"C'est un message qu'on peut donner, mais dont la probabilité qu'il soit suivi est assez limitée. Le plus étonnant, c'est que ça a plutôt bien fonctionné", relève, amusé, Marc Lits, professeur à l'école de journalisme de Louvain.

Derrière les écrans, le petit monde des internautes et des médias s'agite déjà depuis la fin de l'après-midi, raconte de son côté le bloggeur Mateusz Kukulka, expert des médias sociaux.

Dès les premiers échanges sur les déploiements policiers, un débat s'installe, certains internautes et représentants politiques critiquent la publication d'informations. "On a beaucoup appris de ce qui s'est passé en janvier en France", souligne M. Kukulka.

Leçons de Charlie Hebdo

Nul n'a oublié que lorsque les frères Kouachi, auteurs en fuite de la tuerie de Charlie Hebdo, se sont réfugiés dans une imprimerie de la région parisienne, un élu a dévoilé en direct lors d'une interview à une chaîne d'information en continu la présence d'un employé, caché, à l'intérieur du bâtiment.

"Vu ce genre de précédent, qui avait non seulement nuit à l'enquête mais aussi mis en péril la vie de certains otages, il me semble normal que les médias aient pris cette décision", observe Alain Gerlache, journaliste spécialiste des réseaux sociaux et ancien porte-parole du Premier ministre Guy Verhofstadt.

Quelques minutes avant le message de la police, les médias belges avaient pris les devants.

"Menaces terroristes sur Bruxelles: Le Soir suspend la diffusion d'informations sur les opérations en cours", écrivait l'un des grands quotidiens francophones du pays peu avant 21H20.

Dans les rédactions, les téléphones se sont mis à sonner: celle du Soir a reçu deux appels, de la cellule de crise appuyé par le cabinet du Premier ministre, demandant de ne pas donner "d'indications trop précises", explique sur le site du quotidien le rédacteur en chef Christian Berti.

Une certaine forme de retenue 

Idem à la RTBF, la radio-télévision francophone.

"Ce que nous avons accepté c'est une certaine forme de retenue, de légère distance par rapport à l'événement, mais nos reporters continuaient à être présents pour informer", relate lundi matin sur les antennes le responsable de l'information Jean-Pierre Jacquemin. "La censure, ça n'existe pas en Belgique", poursuit-il.

La discipline des médias s'explique aussi par une concurrence moins féroce entre eux et l'absence des organes d'information en continu, estiment les spécialistes.

"En Belgique, ce n'est pas la jungle qu'il peut y avoir en France", note Mateusz Kukulka. Dimanche soir, côté télévision et radio francophone, seule la RTBF lance des directs. Son concurrent privé RTL s'abstient.

Plus surprenant, les internautes ont également joué le jeu. "Une espèce de réflexe citoyen", note Marc Lits.

Aucune image ne circule, mais il est vrai que l'étanchéité des périmètres de sécurité fonctionne, tenant les journalistes à l'écart.

"Par rapport à la France, il n'y a pas eu d'attentats, de morts" et "sans doute, même s'il y a une très grande tension ici on maîtrise mieux l'émotion, à la fois populaire et celle des médias", remarque Alain Gerlache.

"A Paris tout est arrivé de façon subite. Là c'était une action préparée, qui a pu donner lieu à une communication des autorités", lui fait écho Marc Lits.

La solidarité spontanée en France s'est aussi exprimée, sous d'autres formes, souligne l'universitaire. Avec le mot-dièse #PorteOuverte par exemple, des dizaines d'utilisateurs de Twitter ont proposé au plus fort des attaques d'accueillir quiconque en avait besoin.

Internet ne saurait, malgré tout, être muselé: les utilisateurs l'ont montré dimanche soir, avec toute la dérision dont ils peuvent être capables - d'autant plus que les Belges savent se montrer maîtres en la matière. Une armée de chats, les "lolcats" du web mondial, est venue détourner l'attention des événements réels.

Les chatons du net ont même été récompensés lundi d'une écuelle de croquettes virtuelle par la police belge.

L'esprit frondeur et "vieil +anar+" d'internet a survécu pour "continuer à communiquer et créer le sentiment de communauté partagée", dit malicieusement Alain Gerlache.


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