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Le Portugal est à sec
International 4 min. 29.11.2017 Cet article est archivé
Sécheresse

Le Portugal est à sec

Les retenues d'eau au Portugal affichent des niveaux anormalement bas. Au mois d'octobre dernier, 28 sur 60 étaient à moins de 40 % de leur capacité totale.
Sécheresse

Le Portugal est à sec

Les retenues d'eau au Portugal affichent des niveaux anormalement bas. Au mois d'octobre dernier, 28 sur 60 étaient à moins de 40 % de leur capacité totale.
Photo: AFP
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Sécheresse

Le Portugal est à sec

Linda CORTEY
Linda CORTEY
Meurtri par les incendies et frappé par une sécheresse sans précédent, le pays cherche des solutions .

Par Marie-line Darcy (Lisbonne)     

Les plus âgés l’affirment: ils ne se souviennent pas avoir connu une telle sécheresse. Selon les spécialistes, 2017 est en passe de battre tous les records, du moins depuis les premiers relevés en 1931. Et à situation extrême solution extrême. A Viseu, ville de 68.000 habitants dans le nord du Portugal, un curieux ballet s’organise pour empêcher que le barrage de Falgide ne s’assèche totalement.

«Il est à 8,6 % de sa capacité. Son lac de retenue approvisionne 130.000 personnes environ. Sans le transfert d’eau, les robinets ne donneront plus rien» reconnaît Almeida Henriques, le maire de Viseu. Pas d’autre choix que de faire tourner 52 camions-citernes tous les jours, douze heures par jour, entre un barrage à 50 km au sud et Falgide. Le coût est énorme : 230 000 euros.

La récolte des olives compromise

En Alentejo, plus au sud, la municipalité d’Arronches fait elle aussi face à une sécheresse que la maire, Fermelinda Carvalho, qualifie de terrible «La récolte des olives est compromise. Entre 20 et 60 %, si les agriculteurs ont encore un peu d’eau ou non. Pire, on ne peut pas faire les semis, faute d’eau. Les agriculteurs qui sèment fourrage, avoine ou blé le font à leurs risques et périls», explique l’édile qui est aussi présidente de l’association d’agriculteurs.

D'ordinaire l’automne amène des pluies abondantes, mais elles n’ont pas eu lieu cette année-ci. Ce n’est pas le passage pluvieux annoncé ces jours-ci qui va inverser la tendance. De plus le «lessivage» sur des terrains trop secs ou recouverts de cendres après les grands incendies de l’été dernier fait craindre la pollution des cours d’eau.

Le gouvernement vient de débloquer une enveloppe de 530 millions d’euros pour l’agriculture. Il a obtenu le feu vert de Bruxelles pour accélérer l’attribution des fonds normalement attribués aux agriculteurs. Par ailleurs les autorités portugaises vont autoriser l’ouverture d’une ligne de crédit jusqu’à cinq millions d’euros et distribuer 4.500 tonnes d’aliments pour le bétail.

Dépendance vis-à-vis de l'Espagne

Au Portugal la situation est compliquée par le fait que les fleuves qui traversent le territoire naissent pour la plupart en Espagne. Or le grand pays voisin a soif lui aussi. Des transferts d’eau sont faits notamment aux sources du «Tejo» (le Tage) en direction de la région de Murcia, le «jardin horticole espagnol». 

Des écologistes dénoncent des transferts abusifs, ainsi que l’absence d’infrastructures de traitement des eaux usées. Lorsqu’il arrive au Portugal , le Tejo est à nouveau oxygéné grâce aux affluents lusitaniens, mais son débit est très faible. La convention d’Albufeira régit le système hydrique entre les deux pays de la péninsule ibérique. Lisbonne souhaite procéder à des mesures quotidiennes et non plus hebdomadaires du débit des cours d’eau.

Plus de fontaines à Lisbonne

Au Portugal, la préoccupation est réelle. De nombreuses municipalités ont décidé de restreindre l’usage public de l’eau: plus d’arrosages, les fontaines ne sont plus alimentées et les piscines non plus. Même Lisbonne, la capitale, s’est engagée dans cette lutte. Les médias relaient les campagnes de sensibilisation et expliquent le gaspillage comparé d’une douche ou d’un bain. «Il y a des investissements à faire dans notre pays. Certaines conduites d’eau ont quarante ans. Les différences de pression provoquent des ruptures. Et par ailleurs des investissements pour opérer des transferts d’eau en cas d’urgence sont nécessaires», affirme Almeida Henriques, maire de Viseu et président de l’association nationale des municipalités du Portugal. 

Autorisés ou non, les forages ne sont pas une solution: une partie de la menace est invisible. En effet, les nappes phréatiques le long du littoral atteignent des niveaux particulièrement bas. C’est là que se concentre plus de 60 % de la population portugaise. La perspective d’être obligé de couper l’eau du robinet fait froid dans le dos. Les spécialistes sont formels: le Portugal connaît régulièrement des années atypiques, trop sèches ou trop humides, mais le phénomène est désormais aggravé par les changements climatiques.

Touché par la sécheresse en raison de l'absence de pluies, le Portugal l'est aussi du fait du débit de ses fleuves, Tage, Douro et Guadiana, pour lequel le pays dépend de son voisin espagnol. Le Tage, qui se jette dans l'Atlantique à Lisbonne, prend sa source en Espagne et il est dangereusement menacé en raison de détournements importants à sa source. L'usage des cours d'eau entre les deux pays voisins est régulé par la Convention d'Albufeira (1998). Les écologistes réclament d'urgence une mise à plat de ces accords ibériques. À ce stade, le gouvernement portugais souhaite négocier un contrôle quotidien du débit fluvial et non plus seulement hebdomadaire.