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«Rendre l'avortement illégal va tuer des femmes»
International 4 min. 26.06.2022
Révocation du droit à l'IVG aux USA

«Rendre l'avortement illégal va tuer des femmes»

«Rendre les avortements illégaux n'est pas pro-vie. C'est anti-choix. C'est anti-femmes», dénonce Xavier Bettel.
Révocation du droit à l'IVG aux USA

«Rendre l'avortement illégal va tuer des femmes»

«Rendre les avortements illégaux n'est pas pro-vie. C'est anti-choix. C'est anti-femmes», dénonce Xavier Bettel.
Photo: AFP
International 4 min. 26.06.2022
Révocation du droit à l'IVG aux USA

«Rendre l'avortement illégal va tuer des femmes»

Thomas BERTHOL
Thomas BERTHOL
La décision de la Cour suprême américaine de révoquer le droit à l'avortement a suscité plusieurs réactions en Europe, dont celle du Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel.

(avec AFP) Des partisans du droit à l'avortement se sont mobilisés samedi aux Etats-Unis pour une deuxième journée de manifestations contre la décision de la Cour suprême de pulvériser ce que beaucoup pensaient être un acquis.

En révoquant son arrêt emblématique «Roe v. Wade», qui depuis 1973 garantissait le droit des Américaines à avorter, la haute cour laisse aux Etats le choix d'interdire ou non les interruptions volontaires de grossesse (IVG) dans un pays profondément divisé. Neuf Etats américains ont déjà décidé de rendre l'avortement illégal.


The US Supreme Court issued its decision on Friday
La Cour suprême américaine révoque le droit à l’avortement
Cette décision historique permet à chaque Etat américain d’interdire ou d’autoriser les avortements.

La décision de la Cour suprême américaine a aussi suscité plusieurs réactions en Europe. Le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel (DP), a dénoncé ce choix sur les réseaux sociaux: «Rendre les avortements illégaux n'est pas pro-vie. C'est anti-choix. C'est anti-femmes. Cela ne sauvera pas de vies. Cela va tuer des femmes. C'est une injustice sociale et économique. Et c'est tellement, tellement faux. Les droits reproductifs ne sont pas seulement les droits des femmes. Ce sont des droits humains. Alors défendons-les tous.»

Le chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn (LSAP) a, quant à lui, dit soutenir «fermement le droit de chaque femme à décider librement de son corps». Le ministre des Affaires étrangères a ajouté: «Restreindre l'avortement conduit à des avortements non sécurisés, dangereux et mortels.»

La députée européenne Tilly Metz (déi gréng) a également partagé le constat de Jean Asselborn. Sur les réseaux sociaux, la militante des droits de la communauté LGBTIQ+ s'est dit «profondément préoccupé par les dernières nouvelles en provenance des États-Unis». L'écologiste a souligné qu'«interdire les avortements ne conduit pas à moins d'avortements, mais à des avortements dangereux».

Pour l'ancien député socialiste Alex Bodry, la révocation de l'arrêt «Roe v. Wade» constitue «un revers pour le droit des femmes». Le juriste appelle également sur Twitter à la vigilance: «Soyons prudents: en Europe aussi, les États sont libres de régler le droit relatif à l’avortement. Aucune convention internationale, aucune Constitution ne consacre formellement le droit d’avorter! Il est urgent d’agir et de protéger les acquis.» 

Alex Bodry propose d'inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution luxembourgeoise, alors que selon lui «ce droit pour les femmes est insuffisamment garanti au niveau conventionnel et constitutionnel»

La volonté d'inscrire le droit à l'IVG dans la Constitution est aussi partagée par une partie de la classe politique en France. La nouvelle présidente du groupe LREM à l'Assemblée, Aurore Bergé, a annoncé ce samedi déposer «une proposition de loi constitutionnelle pour inscrire le respect de l'IVG dans notre Constitution». La Première ministre française Elisabeth Borne a affirmé sur Twitter que «le gouvernement soutiendra avec force cette proposition de loi» et que cet acquis devait être «gravé dans le marbre pour toutes les femmes, pour les droits de l'homme».

Vendredi soir, la cheffe des députés Insoumis Mathilde Panot avait aussi annoncé qu'elle proposerait à l'alliance de gauche Nupes «de déposer une proposition de loi pour inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution».

«La présidente du groupe LREM reprend cette proposition que les parlementaires LREM avaient rejetée à plusieurs reprises dans la mandature précédente», ont relevé dans un communiqué les présidents des groupes de gauche, se félicitant de ce «revirement» et invitant au «dépôt d'un texte commun» par l'ensemble des groupes volontaires.

Au niveau européen, Roberta Metsola a aussi réagi à la décision de la Cour suprême américaine. La présidente du Parlement européen a souligné sur les réseaux sociaux ce samedi que «la régression des droits des femmes aux États-Unis, et dans d'autres endroits du globe, est une tendance inquiétante.» La Maltaise a assuré que le Parlement européen «continuera à défendre les femmes, l'égalité et la liberté.» Cette prise de parole peut surprendre, car l'ancienne députée européenne est connue pour ses convictions anti-avortement.

Une loi remontant à l'ère nazie abrogée

Notons qu'outre-Rhin, le Parlement allemand a abrogé vendredi une loi remontant à la période nazie qui limitait l'information sur l'avortement et avait entraîné la condamnation de plusieurs gynécologues.

Le controversé paragraphe 219a du Code pénal, adopté en 1933 peu après qu'Adolf Hitler se fut arrogé les pleins pouvoirs, interdisait la «publicité» pour l'IVG. Les médecins détaillant quelles méthodes d'avortement ils employaient risquaient «jusqu'à deux ans d'emprisonnement ou une amende».

Les partis de la coalition gouvernementale, les sociaux-démocrates (SPD), les Verts et les libéraux (FDP), ont voté pour la suppression de cette interdiction, tandis que les chrétiens-démocrates (CDU) et l'extrême droite (AfD) ont voté contre. L'abrogation du paragraphe 219a était un engagement du contrat de coalition paraphé en novembre par les partis de gouvernement.

La loi votée vendredi permettra aussi d'annuler les condamnations à des amendes infligées ces dernières années à des médecins qui fournissaient des informations sur leur site internet à propos de l'IVG.

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