Changer d'édition

Nouvelle passe d’armes autour de la laïcité belge
International 3 min. 07.07.2021
Religion

Nouvelle passe d’armes autour de la laïcité belge

Les propos de la commissaire Ihsane Haouach surviennent dans un climat de tension autour de l'affaire du «voile à la Stib».
Religion

Nouvelle passe d’armes autour de la laïcité belge

Les propos de la commissaire Ihsane Haouach surviennent dans un climat de tension autour de l'affaire du «voile à la Stib».
Photo: AFP via BELGA
International 3 min. 07.07.2021
Religion

Nouvelle passe d’armes autour de la laïcité belge

Une commissaire du gouvernement belge déclenche la polémique en liant la définition de la neutralité de l’Etat au changement démographique.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles)- La polémique sur le port des signes convictionnels est repartie de plus belle en Belgique à l’occasion d’une interview donnée au quotidien Le Soir par Ihsane Haouach, fraîchement nommée commissaire du gouvernement auprès de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.


Ping-pong entre les partis belges autour du voile
Schisme humaniste, tensions au PS, cacophonie chez Ecolo : les signes convictionnels affolent le monde politique.

«La discussion n’est pas: est-ce qu’on remet en cause la séparation de l’Église et de l’État? C’est: comment la décline-t-on avec un changement démographique?», s’y interroge Ihsane Haouach. La «commissaire voilée» estime que l’interdiction du port des signes convictionnels dans l’administration publique est «discriminatoire et inefficace».

Cette sortie a braqué ceux qui, en juin dernier, reprochaient déjà au parti Ecolo d’avoir nommé une femme voilée à un poste aussi emblématique. «La désignation d’une femme portant un signe convictionnel comme commissaire du gouvernement est totalement contraire au principe de neutralité de l’État», avait réagi le président des libéraux francophones Georges-Louis Bouchez sur Twitter.

Le même Bouchez estime aujourd’hui que la déclaration faite à la presse par Ihsane Haouach est «extrêmement dangereuse» et illustre «son incapacité à faire preuve de la neutralité nécessaire à cette fonction». «En effet, poursuit-il, cette théorie selon laquelle il faut faire évoluer des valeurs fondamentales au nom de l’évolution démographique est une base de l’argumentation haineuse de l’extrême droite qui appuie sa théorie du remplacement, que nous rejetons, sur cette idée inacceptable.»

Le petit parti Défi (libéral-social, opposition) embraie : «Madame Haouach estime que l’interdiction des signes convictionnels est 'discriminatoire et inefficace’. C’est son droit. Mais elle est commissaire du gouvernement fédéral, et sa parole sur de tels sujets engage celui-ci».


Tom Van Grieken et Bart De Wever
Nouvelle poussée de l’extrême droite flamande
Le Vlaams Belang profite de l’affaire Conings et renvoie les démocrates à la perspective de son accession au pouvoir.

Une autre charge est venue du Centre d’action laïque. «Défendre l’impartialité de l’État et la neutralité de ses agents n’est ni discriminatoire, ni raciste. C’est au contraire une garantie d’égalité. Le gouvernement cautionne-t-il un principe de séparation des Églises et de l’État modulable en fonction des évolutions démographiques?».  L’organe représentatif de la laïcité auprès des pouvoirs publics demande au gouvernement De Croo –auquel appartiennent les écologistes du nord et du sud du pays– de prendre ses responsabilités.

Cette affaire, qui succède à une décision de justice condamnant l’interdiction du port du voile à la Société bruxelloise de transports publics, a mis le feu aux poudres sur les réseaux sociaux. Pour ses détracteurs, Ihsane Haouach incarne le dessein d’un islam conquérant qui menacerait le mode de vie occidental.

Le spectre d’une «Bruxelles voilée» et les menaces qui pèsent supposément sur la neutralité de l’Etat ont a priori de quoi faire les choux gras de l’extrême droite. Le Vlaams Belang exige de fait la démission immédiate d’Ihsane Haouach et se dit abasourdi qu'un commissaire du gouvernement remette en question le «précieux système démocratique à cause des changements démographiques». «Un commissaire du gouvernement est nommé par le gouvernement et relève à ce titre du principe de neutralité», fait savoir son président Tom Van Grieken par communiqué.

Le parti Ecolo rétorque que la nomination de la commissaire Ihsane Haouach est avant tout «politique».  Reste qu’elle a réussi à ce jour à rassembler contre elle les  partis d’opposition au gouvernement De Croo, à l'exception notoire des communistes du PTB.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Alors que le gouvernement bruxellois a décidé de ne pas faire appel du jugement condamnant la Stib, cette affaire traduit la difficulté de maintenir la laïcité exclusive partout en Belgique.