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Quotas de réfugiés: l'UE toujours dans l'impasse
International 4 min. 15.12.2017 Cet article est archivé
Tensions

Quotas de réfugiés: l'UE toujours dans l'impasse

Les «relocalisations» ne concernent que les migrants éligibles à l'asile dans l'UE, qui constituent désormais une minorité des arrivants.
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Quotas de réfugiés: l'UE toujours dans l'impasse

Les «relocalisations» ne concernent que les migrants éligibles à l'asile dans l'UE, qui constituent désormais une minorité des arrivants.
AFP
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Quotas de réfugiés: l'UE toujours dans l'impasse

Les 28 ont eu une «vive discussion» jeudi sur les quotas d'accueil de réfugiés, qui n'a pas permis de sortir l'UE de l'impasse sur cette mesure controversée, à l'origine de tensions jusqu'au cœur des institutions européennes.

Les 28 ont eu une «vive discussion» jeudi sur les quotas d'accueil de réfugiés, qui n'a pas permis de sortir l'UE de l'impasse sur cette mesure controversée, à l'origine de tensions jusqu'au cœur des institutions européennes.

Le débat a eu lieu pendant plus de deux heures lors d'un dîner à huis clos entre les dirigeants des pays de l'UE, et n'a pas fait pas l'objet de conclusions écrites, à l'issue de la première journée d'un sommet réuni à Bruxelles.

«Les points de vue des uns et des autres n'ont pas changé», a expliqué la chancelière allemande Angela Merkel, constatant qu'il faudrait «continuer à travailler» d'ici juin prochain, date butoir fixée par les 28 pour débloquer la réforme enlisée depuis des mois des règles européennes de l'asile.

«La discussion a été vive parce que les divergences sont grandes», a reconnu le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, avant d'admettre, fataliste, qu'il «n'y a aucune solution pour trouver un consensus sur les quotas».

D'un côté, les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Slovaquie, Pologne, République tchèque) se disent prêts à montrer leur solidarité financière aux pays en première ligne face aux arrivées de migrants comme l'Italie, mais excluent d'accueillir des demandeurs d'asile entrés dans l'UE par la Méditerranée.

De l'autre, un groupe de pays, menés par Berlin, acceptent que la solidarité puisse s'exprimer de différentes manières, mais insistent pour qu'aucun pays ne puisse s'exonérer d'un partage de l'accueil.

«Mettre du sien»

Avant même leur dîner, les uns et des autres avaient campé sur leurs positions sur ce volet interne de la politique migratoire européenne, qui a provoqué une large fracture est-ouest ces deux dernières années.

«Les quotas ont vraiment divisé l'UE, nous devons être prudents pour le futur», a averti le Premier ministre slovaque Robert Fico, annonçant avec les pays de Visegrad une aide de 35 millions d'euros en soutien des actions de l'Italie pour gérer les migrations en Libye.

«C'est la preuve que le groupe de Visegrad est totalement en ligne quand il s'agit de montrer de la solidarité avec l'Italie et d'autres», a souligné le Premier ministre hongrois Viktor Orban, grand pourfendeur de la politique migratoire européenne.

Le Premier ministre italien Paolo Gentiloni a salué leur aide financière. «Mais cela ne change rien aux divergences sur les relocalisations des réfugiés», a-t-il ajouté. «Nous en discuterons ce soir, sans les résoudre», s'est-il résigné.

Angela Merkel a appuyé ce constat, jugeant que la solidarité ne pouvait se limiter à la politique migratoire externe de l'UE. «Il ne peut pas y avoir, selon ma conception des choses, de solidarité sélective entre Etats membres», a-t-elle insisté.

«Chacun doit mettre du sien», a renchéri le président français Emmanuel Macron, saluant les gestes de «bonne volonté» des pays de Visegrad mais estimant que «ça ne résout pas tout».

«Anti-européen»

En toile de fond se joue la réforme en chantier du «règlement Dublin», qui confie la responsabilité du traitement d'une demande d'asile presque systématiquement aux pays de première entrée dans l'UE, sur lesquels pèse un fardeau démesuré en situation de crise.

Les pays de l'UE avaient fait une exception en 2015, en adoptant un plan de répartition en deux ans de 160.000 demandeurs d'asile depuis l'Italie et la Grèce, dont 120.000 selon des quotas obligatoires. Mais seulement 32.000 ont été effectivement «relocalisés», en partie en raison du refus catégorique de plusieurs pays de l'Est de l'appliquer.

La Commission européenne, qui avait proposé ce plan arrivé à échéance fin septembre 2017, a renvoyé la semaine dernière Budapest, Varsovie et Prague devant la justice de l'UE pour son refus de le mettre en oeuvre.

Surtout, elle n'a pas renoncé à l'idée de nouvelles mesures de «relocalisations» obligatoires dans le cadre de la réforme en chantier de l'asile, même si elles ne seraient déclenchées qu'en situation exceptionnelle dans ses propositions.

Hostiles à ce projet, les pays du groupe de Visegrad ont accueilli favorablement la position du président du Conseil européen, Donald Tusk, qui a qualifié les quotas passés de mesure «hautement conflictuelle» et «inefficace».

M. Tusk a invité les dirigeants des 28 à avoir «une discussion politique ouverte et franche» jeudi pour débloquer d'ici juin 2018 la réforme de l'asile. Mais ses critiques des «relocalisations» ont provoqué une vive passe d'armes avec la Commission.

C'est «inacceptable, c'est anti-européen», avait répliqué mardi le commissaire aux Migrations, Dimitris Avramopoulos, jugeant que M. Tusk sapait «le principe de solidarité» entre Etats membres.

«La formulation de Tusk est, si on veut parler gentiment, incompréhensible», a soutenu jeudi le chancelier autrichien Christian Kern, «car l'Europe, c'est bénéficier d'avantages communs et porter aussi ensemble les éventuels fardeaux».

Les «relocalisations» ne concernent que les migrants éligibles à l'asile dans l'UE, qui constituent désormais une minorité des arrivants. «Mais cette question est devenue quasiment une question théologique, une question de valeurs», a commenté une source européenne.

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