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Qui succèdera à Barroso ?: Juncker : les pour, les contre et le respect du vote
International 8 min. 02.06.2014 Cet article est archivé

Qui succèdera à Barroso ?: Juncker : les pour, les contre et le respect du vote

Jean-Claude Juncker à Bruxelles, mardi 27 mai

Qui succèdera à Barroso ?: Juncker : les pour, les contre et le respect du vote

Jean-Claude Juncker à Bruxelles, mardi 27 mai
Photo: Reuters
International 8 min. 02.06.2014 Cet article est archivé

Qui succèdera à Barroso ?: Juncker : les pour, les contre et le respect du vote

Dimanche 25 mai, 23h30 : « Je suis pleinement habilité à devenir président de la Commission », triomphe Jean-Claude Juncker. Mais la semaine qui suit a montré Mme Merkel hésitante, M. Cameron menaçant et d'autres dirigeants réservés. Le suspense entretenu par les capitales européennes pourrait se faire au détriment de l'une des promesses de la dernière campagne : « Cette fois-ci, c'est différent »

Dimanche 25 mai, 23h30 : « Je suis pleinement habilité à devenir président de la Commission », triomphe Jean-Claude Juncker. Mais la semaine qui suit a montré Mme Merkel hésitante, M. Cameron menaçant et d'autres dirigeants réservés. Le suspense entretenu par les capitales européennes pourrait se faire au détriment de l'une des promesses de la dernière campagne : « Cette fois-ci, c'est différent »

Qui soutient ouvertement la nomination de M. Juncker ?

Qui s'oppose à cette nomination ?

Qui se montre réservé ?

Quelle logique électorale va suivre le Conseil ?

Qui soutient ouvertement la nomination de M. Juncker ?

• L'Allemagne d'Angela Merkel, un soutien qui n'était pas automatique

Fin décembre 2013, Der Spiegel rapporte que la chancelière s'oppose au fait que l'ancien Premier ministre luxembourgeois accède à un poste à la tête de l'Europe. Le gouvernement allemand dément, indiquant « ne pas s'adonner à des jeux de spéculation concernant les candidats potentiels ».

Angela Merkel
Angela Merkel
Photo: AFP

Début février, au côté de Xavier Bettel, Angela Merkel assure de sa « grande sympathie » à l'égard de M. Juncker et ce dernier reçoit trois semaines plus tard le soutien de la CDU comme candidat des conservateurs européens pour la présidence de la Commission européenne. Il est élu début mars tête de liste du Parti populaire européen. Le 11 mai, il indique au Bild am Sonntag la promesse que lui aurait faite Angela Merkel d’œuvrer en sa faveur en cas de victoire du PPE.

Au lendemain des élections toutefois, Mme Merkel ne soutient pas clairement M. Juncker comme président de la Commission. Vendredi 30 mai, cinq jours après l'annonce des résultats proclamant le PPE en tête, Mme Merkel déclare « conduire désormais toutes les discussions dans l'esprit que Jean-Claude Juncker doit devenir le président de la Commission ».

• L'Autriche de Werner Faymann

Au lendemain des élections, le chancelier autrichien considère qu'à ses yeux, M. Juncker devrait être le prochain président de la Commission.

Qui s'oppose à cette nomination ?

• Le Royaume-Uni de David Cameron, avec la menace de quitter l'UE à la clé

 David Cameron
David Cameron
Photo: AFP

Lundi 26 mai, au lendemain des élections, interrogé pour savoir s'il avait un message pour le Premier ministre britannique, M. Juncker répond : « Je ne me mets à genoux devant aucun dirigeant. J'ai gagné les élections. »

Mais M. Cameron n'en a cure. Il juge M. Juncker trop « fédéraliste » et il aurait déclaré à ses partenaires européens le lendemain, mardi 27 mai, que le choix de M. Juncker « déstabiliserait à ce point son gouvernement qu'un référendum sur la sortie de l'UE devrait être avancé » et se solderait très certainement par un refus de rester dans l'Union, ainsi que le rapporte Der Spiegel le 31 mai, qui précise l'insistance du Premier ministre : « Une figure des années 80 ne peut pas résoudre les problèmes des cinq prochaines années. »

M. Juncker réplique dans journal Bild am Sonntag où il déclare, le 1er juin, que l'Europe ne doit pas « être victime de chantage ».

• La Hongrie de Viktor Orban

Le parti de M. Orban, le Fidesz, qui apporte ses voix au PPE, a obtenu la majorité des voix dans son pays. Ce qui donne d'autant plus d'importance à la déclaration de M. Orban, pour qui « en aucun cas le Fidesz ne votera pour Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission ».

• La Suède de Fredrik Reinfeldt

Selon Euractiv, M. Reinfeldt se serait ouvertement exprimé contre le système des candidats tête de liste proposés par les partis européens, une manière de dire son objection à M. Juncker.

Qui se montre réservé ?

Jean-Claude Juncker à Bruxelles, le 26 mai 2014
Jean-Claude Juncker à Bruxelles, le 26 mai 2014
Photo: Reuters

• La France de François Hollande

Selon le quotidien Bild du 1er juin, qui ne cite pas ses sources, M. Hollande aurait fait savoir à Mme Merkel qu'il avait besoin d'un « signal » en direction de ses électeurs, après le succès du Front national au scrutin européen. « Il a fait pression pour un programme d'investissement de grande ampleur et a mis sur la table (le nom de) son ancien ministre des Finances Pierre Moscovici », poursuit le tabloïd.

Toutefois, Euractiv avançait quelques jours plus tôt des confidences plus neutres de la part de l'Elysée, qui aurait ainsi déclaré : « Un parti est arrivé en tête donc la logique voudrait que le président soit son candidat, d'autant qu'il se désigne comme disponible. »

• L'Italie de Matteo Renzi

Le Premier italien a déclaré, samedi 31 mai, être « plus intéressé par (l'état du) marché du travail que par les positions de pouvoir », ajoutant que celui qui obtiendra le poste « devra aimer l'Europe, mais avec un regard innovateur ». Le lendemain, il est allé un peu plus loin, considérant que « Juncker est 'un' nom avancé pour la présidence de la Commission mais ce n'est pas 'le' nom ».

• Les Pays-Bas de Mark Rutte

Mark Rutte avait, avant même le résultat des élections, adopté une position similaire à celle de M. Renzi : pas de blanc-seing au prochain président de la Commission sans avoir de solides garanties sur ses intentions.

• La Finlande de Jyrki Katainen

Dans la mesure où le nom de M. Katainen est cité comme l'un des successeurs potentiels de M. Barroso (il affirme notamment au Helsinki Times daté du 31 mai qu'il est prêt à déménager à Bruxelles dès le 1er juillet), on imagine dès lors difficilement qu'il vote naturellement pour M. Juncker.

Quelle logique électorale va suivre le Conseil ?

Le Parlement européen a bâti une campagne autour du slogan : « Cette fois-ci, c'est différent », soulignant les pouvoirs renforcés du Parlement. Il paraît donc logique que le candidat du groupe politique européen le mieux représenté, soit celui ayant obtenu le plus d'eurodéputés, soit élu. En d'autres termes, pour être puissant, le président de la Commission doit être issu du vote populaire européen.

Capture d'écran d'un spot du Parlement européen

Ainsi, les deux derniers scrutins, en 2004 et 2009, ont vu un conservateur, José Manuel Barroso, accéder à la présidence de la Commission, alors que le PPE était arrivé en tête.

Mais cette logique n'a pas toujours été de mise. En 1999, c'est un socialiste, l'Italien Romano Prodi, qui accédait à la présidence de la Commission, alors qu'au Parlement le PPE avait le plus de sièges. L'inverse s'était précédemment produit avec Jacques Santer président de la Commission alors que le PSE était le premier parti au Parlement. De ce point de vue, il ne serait pas insensé que le président français propose Pierre Moscovici.

Un autre regard vise à tenir tout de même compte du score du PPE, peu importe le candidat pourvu qu'il émane du parti, d'où l'éventualité de revoir Michel Barnier sur le devant de la scène, alors qu'il avait perdu la bataille au sein du PPE début mars face à Jean-Claude Juncker. Le nom de l'actuelle directrice du FMI, Christine Lagarde, est également cité, voire celui de l'actuel Premier ministre finlandais, Jyrki Katainen.

Michel Barnier
Michel Barnier
Photo: AFP

Cependant, le Parlement européen lui-même a voulu incarner cette élection par des visages, ceux-là mêmes qui se sont confrontés lors de plusieurs débats télédiffusés en avril et mai : Jean-Claude Juncker (PPE), Martin Schulz (PSE), Guy Verhofstadt (ALDE), Ska Keller / José Bové (Verts) et Alexis Tsipras (Gauche européenne). En votant pour un candidat local, in fine l'électeur visait l'un de ces cinq représentants à la tête de la Commission. Et il est rapidement apparu évident que l'un des deux premiers serait élu.

Ce principe n'a pas été partagé par tout le monde. Ainsi, le 10 octobre 2013, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, estimait que « rechercher des 'visages' pour guider l'UE n'est pas une solution ». Il avait répété cette idée en avril, jugeant que « le résultat (des élections) dépend de beaucoup d’autres facteurs, de sensibilités nationales qui n’ont rien à voir avec l’Europe ou avec les meilleurs candidats. » M. Juncker avait réagi dans un entretien au Süddeutsche Zeitung, estimant que « la vieille époque où le président de la Commission était élu par des diplomates en coulisse est enfin révolue ».

Dominique Nauroy