Changer d'édition

Quand le vote blanc devient gagnant
International 3 min. 10.07.2019

Quand le vote blanc devient gagnant

Quand le vote blanc devient gagnant

Photo: Shutterstock
International 3 min. 10.07.2019

Quand le vote blanc devient gagnant

En Belgique, l'abstention s'installe comme la première force du paysage politique et atteint de nombreuses couches de la population.

Par Max Helleff (Bruxelles)

En Belgique où le vote est obligatoire, l'abstention était jusqu'il y a peu considérée comme un véritable péché. Ces dernières années toutefois, les électeurs ont été de plus en plus nombreux à boycotter les urnes ou à y déposer un bulletin blanc. Les élections du 26 mai dernier ont confirmé le poids grandissant de cette tendance.


Charles Michel, qui aura 43 ans vendredi, était à l'époque de son arrivée à la tête du gouvernement le plus jeune Premier ministre du royaume depuis 1840.
Un paysage politique morcelé en Belgique
Forte poussée de l'extrême droite en Flandre néerlandophone, percée des écologistes et de la gauche radicale chez les francophones: le morcellement du paysage politique belge s'est accentué dimanche lors des élections législatives, laissant augurer de longues tractations pour un futur gouvernement.

Le Centre de recherche et d'information socio-politiques (Crisp) s'est attaché à convertir en sièges, circonscription par circonscription, les votes non valables. Il en conclut que leur addition équivaut à en faire une véritable force politique.

Premier groupe politique national

Le parti virtuel qu'ils alimentent, avance le Crisp, aurait décroché 16 sièges à la Chambre pour la Flandre, un score qui en aurait fait la seconde formation politique du nord du pays, juste derrière la N-VA de Bart De Wever et devant l’extrême droite du Vlaams Belang. 

Quant à la Wallonie et à Bruxelles, les votes blancs ou nuls totaliseraient une trentaine de sièges à la Chambre, engendrant ainsi le premier groupe politique national. Ce comptage aurait accessoirement pour effet de priver les tout petits partis de leurs rares représentants.

Plus de transparence

«En Wallonie», a confié au Soir Jean Faniel, le directeur du Crisp, «on est passé sous la barre des 80% de votes effectifs». Ce chiffre s'impose alors que depuis les années 1970, le paysage politique belge n'a cessé d'évoluer, depuis les partis régionalistes (FDF, RW, Volksunie) jusqu'aux écologistes et aux communistes, en passant par des formations aussi inattendues que microscopiques. La dernière en date s'appelle «Dieranimal» et fait du bien-être animal une véritable quête du Graal.


Head candidate of the French far-right Rassemblement National (RN) list Jordan Bardella reacts after the announcement of initial results during an RN election-night event for European parliamentary elections on May 26, 2019, at La Palmeraie venue in Paris. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
Les populistes s'imposent en Belgique et en France
Avec un peu de plus de 23% des suffrages, le Rassemblement de Marine Le Pen apparaît comme le premier parti lors de ces élections européennes dans l'Hexagone. Le royaume, lui, enregistre une percée du Vlaams Belang.

En dépit du renouvellement de cette offre, la politique séduit donc de moins en moins. C'est un truisme de le rappeler. C'est aussi, pour le politologue namurois Jeremy Dodeigne, «la preuve que la démocratie représentative en Belgique inspire une méfiance importante de la population à l'égard de la classe politique, mais également des partis qui voient le nombre de leurs militants baisser et ne sont plus soutenus que par un quart des gens interrogés dans les sondages.»

Désamour des Belges pour la politique

Pour ces politologues, il faut trouver une autre manière de reconquérir les électeurs, via plus de transparence et moins de cumul de mandats, par exemple. Des rémunérations plus mesurées pourraient aussi aider à sauver les meubles de la démocratie tout en coupant l'herbe sous le pied de la démagogie ambiante. Mais rien n'est moins sûr.

Le désamour des Belges pour la politique a été fréquemment mis en évidence par des enquêtes d'opinion. Les scandales qui ont entaché le monde politique wallon et bruxellois en 2017 n'ont rien arrangé.

Toute la population touchée

En mai dernier, deux journalistes flamandes, Nahid Shaikh et Phara de Aguirre, avaient tenté de comprendre les raisons du vote blanc. Un million d'abstentionnistes avaient été dénombrés lors des élections communales du 14 octobre dernier. Il n’y avait aucune raison qu’ils ne remettent pas cela à l'occasion du triple scrutin (fédéral, régional, européen) du 26 mai. Ce qui fut le cas.


Belgium's Prime Minister Charles Michel arrives for an EU summit at the Europa building in Brussels, on June 21, 2019. - European leaders early on June 21, 2019 failed to agree on a new top team to lead efforts to reform their union for 2019-2024, and postponed a decision until the end of June. (Photo by Aris Oikonomou / AFP)
Huit partis restent en lice pour gouverner en Belgique
Huit partis politiques belges - francophones et flamands - restent en lice pour former une coalition gouvernementale et les deux «informateurs» désignés par le roi pour tenter de les rapprocher vont poursuivre leur travail tout le mois de juillet.

Défiance vis-à-vis de la classe politique, rejet des élections au profit d’un référendum fantasmé, préférence pour la protestation de rue… Les témoignages recueillis aboutissent à dire que l'abstention est multiforme et atteint de nombreuses couches de la population. 

«Heureusement qu'il n'y a pas un Donald Trump en Belgique», ont conclu en substance les auteurs du reportage «Blanco». Un tel homme capterait potentiellement le mécontentement diffus qui sourd de la population...

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Huit partis restent en lice pour gouverner en Belgique
Huit partis politiques belges - francophones et flamands - restent en lice pour former une coalition gouvernementale et les deux «informateurs» désignés par le roi pour tenter de les rapprocher vont poursuivre leur travail tout le mois de juillet.
Belgium's Prime Minister Charles Michel arrives for an EU summit at the Europa building in Brussels, on June 21, 2019. - European leaders early on June 21, 2019 failed to agree on a new top team to lead efforts to reform their union for 2019-2024, and postponed a decision until the end of June. (Photo by Aris Oikonomou / AFP)
La Belgique en grand écart
La Belgique s’est réveillée plus divisée que jamais ce lundi, au lendemain des élections qui ont renouvelé ses parlements fédéral et régionaux. Bâtir des ponts entre la gauche francophone et la droite flamande pour former un gouvernement est quasiment impossible.
King Philippe of Belgium (L) welcomes nationalist N-VA party chairman Bart De Wever (R) for a meeting at the Royal Palace in Brussels on May 27, 2019, a day after the regional, federal and European elections. (Photo by DIRK WAEM / Belga / AFP) / Belgium OUT
Un paysage politique morcelé en Belgique
Forte poussée de l'extrême droite en Flandre néerlandophone, percée des écologistes et de la gauche radicale chez les francophones: le morcellement du paysage politique belge s'est accentué dimanche lors des élections législatives, laissant augurer de longues tractations pour un futur gouvernement.
Charles Michel, qui aura 43 ans vendredi, était à l'époque de son arrivée à la tête du gouvernement le plus jeune Premier ministre du royaume depuis 1840.
Les populistes s'imposent en Belgique et en France
Avec un peu de plus de 23% des suffrages, le Rassemblement de Marine Le Pen apparaît comme le premier parti lors de ces élections européennes dans l'Hexagone. Le royaume, lui, enregistre une percée du Vlaams Belang.
Head candidate of the French far-right Rassemblement National (RN) list Jordan Bardella reacts after the announcement of initial results during an RN election-night event for European parliamentary elections on May 26, 2019, at La Palmeraie venue in Paris. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)