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Quand brûlent les cocotiers de France
International 5 min. 22.11.2018 Cet article est archivé

Quand brûlent les cocotiers de France

Quand brûlent les cocotiers de France

AFP
International 5 min. 22.11.2018 Cet article est archivé

Quand brûlent les cocotiers de France

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Le mouvement des «gilets jaunes», en France, s'est étendu jusqu'à l'île de La Réunion. Mais dans ce département d'outre-mer la grogne contre le prix des carburants a mis feu à une colère plus profonde. Une fois encore la France flambe en plein océan Indien.

Un voyage de Paris vers Saint-Denis, «chef-lieu» de l'île de La Réunion, vous offre une expérience originale: onze heures de vol pour découvrir, à l'approche de l'aéroport d'arrivée, l'enseigne d'un supermarché Cora. C'est que vous êtes parti de France, mais vous ne l'avez pas quittée.


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La Réunion est une île de l'Ouest de l'océan Indien dans l'hémisphère Sud, et il s'agit d'un «département français d'outre-mer». On s'y rend pour ses plages de sable blanc et ses lagons émeraude, ses falaises de lave noire, ses lagons vert et bleu, éventuellement pour voir ses requins et ses éruptions volcaniques, tout ce qui fait l'attrait touristique de cette île à l'image d'un grandiose jardin botanique. Les Français en particulier s'y rendent pour l'exotisme paradoxal de ce lointain bout de France.

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Mais par-delà l'imagerie des cartes postales, La Réunion est un département en déshérence, qui va mal et déplore régulièrement l'inattention dont Paris fait preuve à son égard. Le taux de chômage, bien qu’en diminution depuis trois années consécutives, reste structurellement élevé: 23 % au premier semestre de cette année. La construction, contributeur important jusqu’en 2008, s'est peu à peu effondrée, et l’emploi se concentre désormais dans les activités tertiaires.

Le tourisme quant à lui est en recul: l'île est trop lointaine, trop chère ou, au contraire, peu attractive pour les demandes haut de gamme. Le tourisme «vert et bleu» qui a fait la réputation de La Réunion ne séduit plus, la fréquentation hôtelière a régressé et l'on est de plus en plus loin du pic de 491.000 touristes que l'île a connu en 2011.

La flambée de 2012

Le chômage, face à la vie chère (les prix des produits de consommation courante sont nettement plus élevés qu'en métropole), avait mené à une flambée de violence début 2012 déjà. La France se souvient des affrontements qui avaient eu lieu plusieurs nuits durant dans le quartier du Chaudron à Saint-Denis, entre groupes de jeunes et forces de l'ordre.

Des commerces avaient été pillés ou saccagés, symboles d'une opulence inaccessible à une population dont près de la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté, végète dans des logements sociaux construits il y  a plus de 50 ans après avoir abandonné les campagnes ou les bidonvilles en périphérie.


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La révolte de ces jeunes s'est inscrite dans le contexte d’une île aux structures économiques largement dépassées, lointain héritage de la période postcoloniale, une île passée d’une économie rurale à une économie de (sur-)consommation dont elle ne possède pas les moyens.

C'est sur ce contexte qu'a débouché, à La Réunion, le mouvement des «gilets jeunes» dont la première grande manifestation avait eu lieu samedi dernier, bloquant des routes dans l'ensemble de la France métropolitaine. Mais ce qui à Paris ou Marseille fut formulé, aux heures premières du mouvement, comme un mouvement de fronde contre la hausse des taxes sur le carburant, a attisé à La Réunion des braises ardentes en profondeur, latentes depuis des années, de sorte que les manifestations ont bien vite donné lieu à des violences véritables.

Trente membres des forces de l'ordre, policiers et gendarmes, ont été blessés depuis samedi lors d'interventions contre les violences urbaines qui frappent l'île paralysée par les «gilets jaunes», selon le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. Un commandant du GIPN a eu une main arrachée lors de l'explosion accidentelle d'une grenade dans son véhicule alors qu'il était caillassé par de jeunes manifestants. Au total, il y aurait eu 109 interpellations, 30 blessés parmi les forces de l'ordre, à peu près une cinquantaine de barrages, un millier de manifestants, selon Griveaux. Un escadron de gendarmes devait décoller hier soir de Paris pour renforcer les forces sur place.

Des «bandes de jeunes»

«Ces violences sont le fait de bandes de jeunes gens qui n'ont rien à voir avec le mouvement dit des ,gilets jaunes‘ et leur objectif est de profiter d'un mouvement social pour piller, pour saccager et pour détruire», affirme le porte-parole du gouvernement.

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Reste à savoir pourquoi ces jeunes veulent piller et saccager. Paris semble ne pas ignorer la frustration qui les anime, de sorte que le gouvernement, voulant parer d'emblée au reproche d'une réaction uniquement sécuritaire, a pris une première mesure pour le pouvoir d'achat, la taxe sur les carburants ayant été gelée, à La Réunion, sur trois ans. Benjamin Griveaux par ailleurs évoque «les questions de très long terme, la formation, l'emploi, la santé, qui ont été abordées dans le Livre bleu des outre-mer».

Ce document, présenté à Emmanuel Macron au mois de juin dernier, prévoit notamment que le Fonds exceptionnel d’investissement (FEI) sera porté à 110 millions d'euros par an pour accompagner les projets locaux (près de 500 millions d'euros sur le quinquennat), qu'une loi pour la prévention et la protection contre les risques naturels sera présentée d'ici l'été 2019 car «il n’y aura pas de croissance durable sans maîtrise des risques naturels» et que chaque territoire doit être mieux ancré dans son bassin régional, pour développer «des stratégies diplomatiques», et intensifier les mobilités régionales.

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