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Pro et anti s'opposent à Metz: A31bis: «nécessité vitale» pour les uns, «contre nature» pour les autres
International 5 min. 04.12.2015 Cet article est archivé

Pro et anti s'opposent à Metz: A31bis: «nécessité vitale» pour les uns, «contre nature» pour les autres

Tandis que les acteurs économiques souhaitent booster le projet d'A31bis pour revivifier l'économie lorraine, les associations de citoyens qui s'y opposent, souhaitent, en pleine COP21, que «l'Etat mette son action en accord avec son discours en abandonnant le projet».

Pro et anti s'opposent à Metz: A31bis: «nécessité vitale» pour les uns, «contre nature» pour les autres

Tandis que les acteurs économiques souhaitent booster le projet d'A31bis pour revivifier l'économie lorraine, les associations de citoyens qui s'y opposent, souhaitent, en pleine COP21, que «l'Etat mette son action en accord avec son discours en abandonnant le projet».
(Photo: Maurice Fick)
International 5 min. 04.12.2015 Cet article est archivé

Pro et anti s'opposent à Metz: A31bis: «nécessité vitale» pour les uns, «contre nature» pour les autres

Alors que l'Etat français doit décider mi-février 2016 de poursuivre ou non le projet, les acteurs énonomiques martèlent combien l'A31bis est «nécessaire pour le développement économique de la Lorraine». Dehors, les anti ne sont pas du tout du même avis.

Par Maurice Fick

A la veille des élections régionales et de la décision de l'Etat français -devant intervenir à la mi-février 2016- de poursuivre ou non le projet de réaménagement autoroutier de l'A31 en A31bis, le Conseil économique social et environnemental de Lorraine (CESEL) et les acteurs économiques martèlent combien l'A31bis est «nécessaire pour le développement économique de la Lorraine». Dehors, les anti ne sont pas du tout du même avis.

«Pour nous c'est une nécessité vitale de construire cette infrastructure pour l'emploi, l'économie locale et la structuration de la Grande Région», résume d'un trait Philippe Guillaume, le président de la Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) de Moselle. Alors que les opposants au projet se font entendre sur les marches de l'Hôtel de Région à Metz, à l'intérieur, les représentants du monde économique lorrain (CESEL, chambres consulaires, organisations professionnelles et syndicales) veulent inverser la vapeur, à commencer par réaffirmer lors de cette «ultime mobilisation», leur soutien à un projet qu'ils souhaitent voir se réaliser, si possible, rapidement.

Paul Arker, président de la CCIR Lorraine: «On considère que les frontaliers lorrains rapportent entre 2,5 et 3 milliards d'euros de pouvoir d'achat à travers leurs salaires qui n'entrent pas dans le PIB mais se déversent dans la vie économique».
Paul Arker, président de la CCIR Lorraine: «On considère que les frontaliers lorrains rapportent entre 2,5 et 3 milliards d'euros de pouvoir d'achat à travers leurs salaires qui n'entrent pas dans le PIB mais se déversent dans la vie économique».
(Photo: Maurice Fick)

Les conclusions formulées par la Commission particulière du débat public (CPDP) le 13 novembre 2015 -après cinq mois de débat public sur l'opportunité de réaménager l'A31 en A31bis- «sont un peu timides. Elles ne sont pas de nature à nous rassurer», pose Philippe Guillaume. Le président de la Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) de Lorraine souligne combien «le monde politique est absent du débat» et «n'affiche pas de position stratégique pour imaginer notre avenir dans les années à venir». Il est vrai que «la photographie est un peu floue», avoue Roger Cayzelle, président du CESEL de Lorraine.

L'A31 «totalement congestionnée en 2030»

Tout cela alors que l'A31 est aujourd'hui «devenue un problème de l'économie lorraine», un axe qui «concentre 60% des emplois de part et d'autre de son tracé» et qui «est très souvent saturé comme peuvent le constater ceux qui l'utilisent de Toul à la frontière luxembourgeoise», pose Patrice Haltebourg. Le président de la Fédération régionale des travaux publics de Lorraine (FRTP) de Lorraine, en rajoute un peu à l'argument ressassé au cours du récent débat public: «L'A31 sera totalement congestionnée en 2030».

Et puis, il y a les frontaliers. Selon Paul Arker, président de la Chambre de commerce et d'Industrie de Lorraine (CCIR): «85.000 Lorrains vont tous les jours au Grand-Duché et on considère que 80% d'entre eux prennent la voiture tous les jours. Des frontaliers qui sont à bout en ce moment à cause des contrôles renforcés à la frontière mais qui «rapportent entre 2,5 et 3 milliards d'euros de pouvoir d'achat à travers leurs salaires qui n'entrent pas dans le PIB mais se déversent dans la vie économique. C'est donc extrêmement important pour la Région».

Les acteurs économiques sont d'avis qu'il «faut rester réalistes» quant à l'impact, au final, des efforts réalisés sur le rail ou dans le transport fluvial. Les politiques de report modal (TER, bus) «doivent être poursuivies et amplifiées» mais même mises bout à bout, «on ne règlera pas le débit sur l'A31» de la sorte, juge Patrice Haltebourg.

Les associations de l'Entente contre l'A31bis ont manifesté devant l'Hôtel de Région à Metz pendant que le CESEL y tenait sa conférence de presse.
Les associations de l'Entente contre l'A31bis ont manifesté devant l'Hôtel de Région à Metz pendant que le CESEL y tenait sa conférence de presse.
Photo: Maurice Fick

«Toujours plus de fric, toujours plus de trafic»

«Il faut avancer et obtenir (de la ministre de l'Ecologie et du Développement durable, ndlr) la Déclaration d'utilité publique qui durera deux ans. C'est à ce moment-là qu'on reverra toutes les questions liées au projet pour que fin 2018, début 2019, on arrive à la construction de l'A31bis», pose Roger Cayzelle. Selon lui, «cette autoroute on peut l'avoir en activité dans les 10-12 ans» en s'appuyant sur l'hypothèse de concession la plus favorable. Il sait très bien qu'il y a «deux points durs du côté de Toul et de Florange» mais estime qu'«il ne faut pas surdramatiser.»

«Florange sera coupé en deux, Fontenoy surplombé par un viaduc et Chaudeney-sur-Moselle enserré par deux axes autoroutiers», résume dans son tract distribué au même moment devant l'Hôtel de Région, l'Association du Toulois pour la Préservation du Cadre de Vie (ATPCV), venue dénoncer un «projet contre nature».

Elle lit dans le projet de l'A31bis «une incitation accrue au dérèglement climatique, une incitation à polluer davantage» alors même que se déroule la COP21 à Paris visant précisément à trouver des solutions pour réduire les gaz à effet de serre. Avant de s'interroger: «Est-ce encore un nouveau cadeau à nos frais pour un concessionnaire privé?» A ses yeux, le projet de l'A31bis estimé entre 1,1 et 1,4 milliard d'euros tient en une formule choc: «Toujours plus de fric, toujours plus de trafic».

«Une vision à contre-courant»

Le CESEL et son président ont «une vision à contre-courant du contexte» alors même que «tout le monde commence à accepter le fait qu'il sera nécessaire de revoir nos habitudes si l'on veut préserver la postérité», estiment les associations de l'Entente contre l'A31bis (Collectif Paix Florange, AGIRR FNAUT, Flore 54, Entente pour la Défense de l'Environnement nancéien, etc.).

Elles sont d'avis que, non seulement le CESEL n'est pas dans son rôle (d'organe technique et consultatif du Conseil Régional) mais qu'il «préfère s'allier aux lobbies du BTP et du pétrole plutôt que de prendre du recul sur les erreurs d'aménagements faites ces dernières années.»

«Désastreux» sur le plan environnemental, le projet d'A31bis est une «aberration» sur la plan économique selon l'Entente car il prévoit de «dégrader l'accessibilité de l'A31 en la rendant payante sur la majorité de son tracé entre Toul et la frontière».


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