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Premiers éléments de l'enquête: Abdeslam était "prêt à refaire quelque chose" à Bruxelles
International 6 min. 19.03.2016 Cet article est archivé

Premiers éléments de l'enquête: Abdeslam était "prêt à refaire quelque chose" à Bruxelles

La maison dans laquelle Salah Abdeslam a été arrêté vendredi dernier

Premiers éléments de l'enquête: Abdeslam était "prêt à refaire quelque chose" à Bruxelles

La maison dans laquelle Salah Abdeslam a été arrêté vendredi dernier
AFP
International 6 min. 19.03.2016 Cet article est archivé

Premiers éléments de l'enquête: Abdeslam était "prêt à refaire quelque chose" à Bruxelles

Maurice FICK
Maurice FICK
Salah Abdeslam "était prêt à refaire quelque chose" à Bruxelles après avoir participé aux attentats de Paris, a affirmé dimanche le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders.

"Les premiers commentaires venant de Salah Abdeslam hier (samedi) était qu'il voulait aller au Stade de France et qu'il allait se faire exploser, mais il ne l'a pas fait. Et l'autre information est qu'il était prêt à refaire quelque chose à Bruxelles", a déclaré M. Reynders lors d'un colloque international organisé à Bruxelles par l'institut américain German Marshall Fund (GMF), qui a cité les propos du chef de la diplomatie belge dans un communiqué.

"Et c'est peut-être la réalité parce que nous avons trouvé beaucoup d'armes, des armes lourdes au cours des premières investigations, et nous avons trouvé un nouveau réseau autour de lui à Bruxelles", a poursuivi le ministre.

"Après les attaques terroristes de Paris, j'avais dit à une chaîne de télévision aux Etats-Unis que nous cherchions dix personnes avec des armes lourdes. Nous en avons bien plus que ça depuis novembre, et pas seulement en Belgique mais aussi en France. Nous sommes sûrs pour l'instant d'avoir trouvé plus de trente personnes impliquées dans les attaques de Paris, mais nous sommes convaincus qu'il y en a d'autres", a-t-il affirmé, lors du dernier jour du 11e Forum de Bruxelles organisé par le GMF.

Depuis son arrestation, Abdeslam a affirmé aux enquêteurs belges qu'il "voulait se faire exploser au stade de France" le soir des attentats, avant de faire "machine arrière", a déclaré le procureur de Paris François Molins.

Salah Abdeslam apparaît "comme ayant eu un rôle central dans la constitution des commandos du 13 novembre" et "dans la préparation logistique des attentats", a-t-il précisé lors d'une conférence de presse à Paris.

Salah Abdeslam avait abandonné une ceinture explosive dans le sud de la capitale française, appelé à la rescousse deux amis bruxellois et échappé à trois barrages policiers sur la route vers Bruxelles, où sa trace s'était perdue, a-t-il relaté

Le Français de 26 ans a été inculpé de "participation à des assassinats terroristes" et de "participation aux activités d'un groupe terroriste", selon le parquet belge, le groupe l'Etat Islamique (EI) ayant revendiqué les attentats de Paris.

Un complice, "le soi-disant Mounir Ahmed Alaaj, alias Amine Choukri", arrêté en même temps que lui, a été inculpé des mêmes chefs d'accusation et placé en détention.

Salah Abdeslam "collabore avec la justice belge", a déclaré son avocat Sven Mary, précisant que son client, qui s'est vu notifier un mandat d'arrêt européen émis par la justice française, "refusera son extradition vers la France".

Contrôles frontaliers renforcés

Au lendemain de l'arrestation de ce suspect-clé, la France a déployé des forces supplémentaires pour "optimiser" les contrôles à ses frontières, a annoncé samedi son ministre de l'Intérieur, jugeant "extrêmement élevé" le niveau de menace.

Depuis le rétablissement des contrôles frontaliers le soir des attentats du 13 novembre, "près de 5.000 policiers" ont été déployés aux frontières françaises, a dit Bernard Cazeneuve sur la chaîne privée TF1.

Or cette mesure a permis de contrôler environ six millions de personnes et d'en empêcher 10.000 d'entrer sur le territoire, a-t-il souligné.

"Ce soir j'ai adjoint à ces 5.000 policiers des forces complémentaires pour optimiser encore ce contrôle, compte tenu des informations que nous avons échangées avec Interpol", a-t-il déclaré.

L'organisation internationale de la police criminelle a en effet conseillé à ses 190 pays membres une vigilance accrue aux frontières car des complices pourraient être tentés de fuir.

Imprudence fatale

Salah Abdeslam doit passer mercredi devant la Chambre du conseil, une juridiction d'instruction, où son mandat d'arrêt belge "sera prolongé" d'un mois, selon son avocat. Puisqu'il refuse d'être remis à la France, il devra à comparaître à nouveau dans les quinze jours, selon Me Mary.

Mais ce refus ne bloquera pas son transfèrement, puisque la décision d'autoriser la remise de ce Français interviendra au maximum "dans un délai de 60 jours à compter de son arrestation", ou de 90 jours en cas de recours, a soutenu samedi le ministère français de la Justice.

Pendant quatre mois, Salah Abdeslam avait réussi à se terrer jusqu'à ce qu'une perquisition de routine mardi, dans un appartement de la commune bruxelloise de Forest, permette de le localiser.

Accueillis par des tirs d'armes automatiques, les policiers avaient abattu un Algérien de 35 ans, Mohamed Belkaïd. Mais deux autres hommes avaient réussi à s'échapper.

Il n'est pas confirmé que Salah Abdeslam était l'un des fuyards, mais les enquêteurs ont bénéficié d'une imprudence fatale: une surveillance téléphonique a permis d'intercepter un appel de l'ennemi public numéro un, "aux abois", à des proches du quartier bruxellois de Molenbeek chez qui il avait trouvé refuge, selon des sources policières.

Selon une source proche de l'enquête, la police a reçu un appel d'une personne disant avoir été contactée par quelqu'un se présentant comme Salah Abdeslam et réclamant une planque. C'est dans cette planque qu'il a été cueilli, non-armé.

Les enquêteurs vont pouvoir l'interroger sur l'organisation des attentats, les donneurs d'ordre, les complicités et les soutiens dont il a bénéficié pendant sa cavale.

La capture en vie de Salah Abdeslam, dont le frère Brahim s'est fait exploser dans l'est parisien, est un soulagement pour les familles des victimes, qui pourraient avoir droit à un procès. Les associations les représentant seront d'ailleurs reçues lundi par le président français François Hollande.

La décision de remettre à la France Salah Abdeslam, suspect clé des attentats de novembre à Paris interpellé vendredi à Molenbeek, interviendra "dans un délai de 60 jours à compter de son arrestation", ou de 90 jours en cas de recours, a affirmé samedi le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas.

Le mandat d'arrêt européen qui le vise est une procédure "plus simple et plus efficace que l'extradition, puisqu'elle impose des délais brefs de traitement : la décision définitive sur la remise de Salah Abdeslam doit ainsi intervenir dans un délai de 60 jours à compter de son arrestation, ou 90 jours s'il devait exercer un recours devant une juridiction suprême", explique le ministre de la Justice dans un communiqué.

Le ministre français de la Justice, Jean-Jacques Urvoas
Le ministre français de la Justice, Jean-Jacques Urvoas
Photo: AFP

"C'est une procédure exclusivement judiciaire, dans laquelle le pouvoir exécutif n'intervient pas", souligne-t-il, rappelant que "le refus par la personne concernée d'être remise aux autorités étrangères ne fait pas obstacle à l'exécution de la remise".

Par la voix de son avocat, Salah Abdeslam, qui a été inculpé samedi en Belgique, a indiqué qu'il refusera d'être remis aux autorités françaises, "dans la mesure où il y a encore une enquête belge qui doit être faite".

Le juge d'instruction français avait délivré le 24 novembre un mandat d'arrêt à son encontre. "Un nouveau mandat d'arrêt européen", visant à "compléter" le premier a été émis à la suite de son interpellation, "afin de couvrir l'ensemble des faits qui lui sont reprochés", ajoute sans plus de précision le ministre.

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