Changer d'édition

Le rêve «thiois» de Bart De Wever
International 3 min. 27.07.2021
Politique

Le rêve «thiois» de Bart De Wever

«Si je pouvais mourir en tant que Néerlandais du sud, je mourrais plus heureux qu’en tant que Belge», a déclaré le chef de file de la N-VA nationaliste flamande la veille de la Fête nationale.
Politique

Le rêve «thiois» de Bart De Wever

«Si je pouvais mourir en tant que Néerlandais du sud, je mourrais plus heureux qu’en tant que Belge», a déclaré le chef de file de la N-VA nationaliste flamande la veille de la Fête nationale.
Photo:AFP
International 3 min. 27.07.2021
Politique

Le rêve «thiois» de Bart De Wever

Le leader nationaliste flamand agite le mouchoir de la nostalgie pour tenter d’exister.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - Il n’est pas toujours simple d'exister en politique. Bart De Wever a ainsi pris à plusieurs reprises ces derniers mois le contre-pied de l’actualité politique, sans que l’on comprenne vraiment quelle mouche l’avait piqué. Pour admonester ses rivaux,  pour lancer une invitation au parti socialiste en vue de mener en 2024 le chantier du confédéralisme ou tout simplement pour attirer l’attention sur lui.


Vlaams Belang's chairman Tom Van Grieken gives a press conference on May 27, 2019 in Brussels, one day after regional, federal and European elections. (Photo by BRUNO FAHY / BELGA / AFP) / Belgium OUT
Le Vlaams Belang s’essaie à la normalisation
L’extrême droite flamande prône le respect des mesures sanitaires pour mieux s’affranchir du cordon… sanitaire.

C’est ainsi qu’à la veille de la Fête nationale, au moment même où le pays constatait avec effroi les dégâts causés par les inondations, le président de la N-VA nationaliste flamande y est allé d’un plaidoyer en faveur d’une réunification de la Flandre avec les... Pays-Bas. «En 1993, j’étais déjà co-organisateur d’une conférence étudiante des Grands Pays-Bas. Je n’ai jamais abandonné ce rêve: que tous les néerlandophones vivent un jour à nouveau ensemble.» Dans son esprit, les ports d’Anvers et de Rotterdam «pourraient fusionner pour devenir la porte d’entrée de l’économie de l’Europe du nord-ouest». «Ce serait une histoire fantastique», assure-t-il.

En réalité, cela ressemble surtout aux Pays-Bas de Charles-Quint, à ces «Dix-Sept Provinces» qui constituaient le joyau de l’empire des Habsbourg dans la première partie du XVIe siècle. Elles reprenaient la majeure partie de la Belgique actuelle, des Pays-Bas, du Luxembourg et du nord de la France.

Bart De Wever l'assure, si le confédéralisme est «difficile à imaginer en Wallonie aujourd’hui», il pense que ce sera «la réalité de demain». «Si je pouvais mourir en tant que Néerlandais du sud, je mourrais plus heureux qu’en tant que Belge.»

Schocking… Bart De Wever est historien de formation et il ne peut ignorer qu’un certain Joris Van Severen a nourri la même ambition avant-guerre. Van Severen rêvait lui aussi d’un Etat «thiois» réunissant la Flandre, les Pays-Bas et le nord de la France. Il fut exécuté sommairement à Abbeville le 20 mai 1940. Son parti– le très fasciste Verdinaso– fut dissous par «l’occupant».


Tom Van Grieken et Bart De Wever
Nouvelle poussée de l’extrême droite flamande
Le Vlaams Belang profite de l’affaire Conings et renvoie les démocrates à la perspective de son accession au pouvoir.

A sa manière, la sortie du bourgmestre d’Anvers traduit la persistance du rêve thiois (ou «Grands Pays-Bas»). Nul doute qu’il parle encore à une partie des nostalgiques du Vlaams Belang (extrême droite), ces électeurs dont la N-VA de Bart De Wever a besoin pour conserver le leadership politique en Flandre.

Il reste que, dans le contexte actuel, ces mots passent mal au sud du pays. «C’est classe, très classe: alors que des corps sont toujours recherchés dans les décombres des inondations, alors que le meilleur atout pour la Belgique serait précisément d’affronter ensemble le futur chaotique», estime Le Soir.


Bart De Wever, mayor of Antwerp and President of Flemish right-wing party N-VA delivers a speech during an event held by Flanders' Chamber of Commerce and Industry at the Stadsschouwburg in Antwerp, Belgium, January 6, 2016.    REUTERS/Francois Lenoir
Les temps sont durs pour Bart De Wever
Le nationaliste flamand peine à occuper l’espace politique et médiatique, signe de l'apathie qui menace son parti.

La Libre Belgique sort carrément l’artillerie lourde. «Imaginez qu’un homme politique wallon ait le culot, la bêtise, la folie de déclarer, à la veille de la Fête nationale : 'Je serais plus heureux si je mourais Français du nord'. Tout le monde aurait trouvé cela, déplacé, choquant, irrespectueux.» Et le chroniqueur de la Libre, féroce, de conclure: « Resterait juste deux petits détails à régler. Les Flamands souhaitent-ils devenir Hollandais ? Et les Pays-Bas voudraient-ils de la Flandre ? Il y a peut-être, finalement, une solution : si Bart De Wever veut absolument mourir Néerlandais, il suffit qu’il déménage de quelques kilomètres vers le nord.»

Un tel échange de coups renvoie à des antagonismes qui peuvent paraître dépassés à l’heure de la mondialisation. Il traduit aussi le besoin d’exister à tout prix du principal vaincu des élections de mai 2019. Il s’en est pourtant failli de peu pour que Bart De Wever s’embarque l’été dernier dans une coalition improbable avec les socialistes francophones.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

La Belgique rend hommage, mardi, aux victimes des inondations d'une ampleur inédite qui ont dévasté la région de Liège (est) les 14 et 15 juillet, avec une journée de «deuil national». Le temps fort en sera une minute de silence que tout le pays est appelé à observer à midi.
A local resident exits his house facing the destroyed and flooded road in Trooz, near Liege, on July 16, 2021. - The death toll from devastating floods in Europe soared to at least 126 on July 16, 2021, most in western Germany where emergency responders were frantically searching for missing people. In Belgium, the government confirmed the death toll had jumped to 20 - earlier reports had said 23 dead - with more than 21,000 people left without electricity in one region. (Photo by JOHN THYS / AFP)