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La métamorphose d’un «rebelle»
International 3 min. 24.06.2021
Politique belge

La métamorphose d’un «rebelle»

Aux yeux du député CD&V, donner davantage d'autonomie à la Flandre déstabiliserait le pays.
Politique belge

La métamorphose d’un «rebelle»

Aux yeux du député CD&V, donner davantage d'autonomie à la Flandre déstabiliserait le pays.
Photo: AFP
International 3 min. 24.06.2021
Politique belge

La métamorphose d’un «rebelle»

Le « flamingant » Eric Van Rompuy demande de mettre les réformes de l’Etat belge sur pause et déplore l’avènement d’une Flandre intolérante et populiste.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles)- «Les braconniers font les meilleurs gardes-chasse.» Le proverbe semble avoir été inventé pour Eric Van Rompuy, 71 ans, qui publie ses mémoires intitulés Rebel met een missie (« Rebelle avec une mission »). Braconnier, car Eric Van Rompuy a consacré sa vie à obtenir toujours plus d’autonomie pour la Flandre, tout en s’élevant au sein du parti chrétien-démocrate CD&V. Garde-chasse, car il met aujourd’hui en garde: une nouvelle réforme de l’Etat serait fatale à la Belgique.


People sit at cafes' terraces at Brussels' Grand place on the second day of the reopening of the country's terraces in Brussels, on May 9, 2021, as part of the easing of the country's second lockdown aimed at curbing the spread of the Covid-19 pandemic, . (Photo by Fran�ois WALSCHAERTS / AFP)
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Une septième refonte institutionnelle sera un enjeu de taille pour la petite communauté germanophone qui a tout à gagner... ou à perdre.

«Où en est la Flandre?», s’interroge le député CD&V dans les pages du quotidien Le Soir. «Nous avons un régime d’autonomie parmi les plus avancés en Europe: l’enseignement, la culture, l’économie, le bien-être, les infrastructures… Le mouvement flamand a eu du succès, il est sous nos yeux, c’est un fait.». Pour lui, la seule alternative à la suppression de l'Etat belge est de garder «au fédéral au moins la série de compétences nécessaires afin de pouvoir gérer une crise du type pandémie».

Eric Van Rompuy, «flamingant» de toujours, estime qu’il est temps de mettre le chantier «Belgique» sur pause. Depuis 1970, six réformes de l’Etat se sont succédé qui ont troqué l’antique modèle unitaire contre un fédéralisme de coopération, avec ses communautés et ses régions. Aujourd’hui, il est question de revoir une fois encore ce mikado institutionnel. La création d’une quatrième région dédiée aux germanophones -qui a les faveurs du président du parti socialiste Paul Magnette- redistribuerait les cartes et réduirait de facto le poids de la Flandre dans les inévitables marchandages belgo-belges.

La crainte de la N-VA

Le député CD&V ne veut pas de cette formule qui aboutirait à revoir selon lui le financement des soins de santé, un des derniers traits d’union existant entre tous les Belges. «C’est ouvrir une boîte de Pandore, c’est la fin du pays. La sécurité sociale doit rester un système de solidarité interpersonnelle dans tout le pays. Avec les formules de réforme de l’Etat qui circulent, le système ne peut pas tenir le coup.»

Il craint par ailleurs que son parti ne pâtisse d’une réforme qui donnerait raison à la N-VA de Bart De Wever, laquelle n’a cessé de plaider pour le confédéralisme ces dernières années. «Du reste, dans une grande négociation institutionnelle comme la veut De Wever, mon parti disparaîtrait», admet-il, avant de sauter sur les freins. «Je suis en faveur d’une autonomie flamande très poussée, nous y sommes, et si nous faisons un pas de plus, cela mènera à la déstabilisation du pays, tout simplement.» Le nationalisme de De Wever, à ses yeux, c’est le «séparatisme».

L’homme s’est assagi, c’est évident. Le bouillant frère de l’ex-président du Conseil européen Herman Rompuy a tiédi. Il dénonce au passage les dérives droitières de sa région. «La Flandre est de plus en plus séparatiste, intolérante, extrémiste, individualiste, populiste».


Customers enjoy beers on a terrace in Brussels on May 8, 2021, as the Belgium government eased the restrictions put in place to curb the spread of the coronavirus, Covid-19. (Photo by Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
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Les propos d’Eric Van Rompuy ne sont pas gratuits. Il y a 30 ans encore, le CD&V faisait la pluie et le beau temps en Belgique. Aujourd’hui, il ne pèserait plus que 10% des voix  si l’on en croit certains sondages. La faute, affirme Eric Van Rompuy, au président de son parti Joachim Coens, «un gestionnaire, un peu philosophe», qui ne réussit pas à «trouver une réponse face aux extrémistes, face à la N-VA, face au Vlaams Belang». «Mais il y a quand même encore 75% des électeurs flamands qui, jusqu’à nouvel ordre, ne votent pas pour le Vlaams Belang. Cela signifie que l’on peut agir, qu’il est encore temps.»

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