Changer d'édition

Polémique autour de l’antiracisme à l’ère du covid-19
International 3 min. 09.06.2020

Polémique autour de l’antiracisme à l’ère du covid-19

Pour Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles «l'équilibre (est) extrêmement délicat entre l'ordre public, la liberté d'expression et la problématique de la santé publique.»

Polémique autour de l’antiracisme à l’ère du covid-19

Pour Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles «l'équilibre (est) extrêmement délicat entre l'ordre public, la liberté d'expression et la problématique de la santé publique.»
Photo: AFP
International 3 min. 09.06.2020

Polémique autour de l’antiracisme à l’ère du covid-19

Max HELLEFF
Max HELLEFF
La manifestation bruxelloise Black Lives Matter de dimanche débouche sur un affrontement entre plusieurs partis politiques belges.

De notre correspondant, Max Hellef (Bruxelles) - Dimanche, la manifestation antiraciste Black Lives Matter a attiré quelque 10.000 personnes à Bruxelles, une foule compacte venue saluer la mémoire de George Floyd et dénoncer les brutalités policières. En fin de journée, des heurts ont toutefois éclaté entre policiers et casseurs.

Ces incidents mis de côté, la manifestation a été pacifique de bout en bout. En revanche, elle s'est déroulée au mépris des règles sanitaires définies par le Conseil national de sécurité. Si la majorité des protestataires portaient le masque, l'exiguïté du lieu de rassemblement a rendu impossible la distanciation sociale. Place Poelaert, face au palais de Justice, il ne manquait qu'un band pour donner à l'endroit un air de festival rock.


MINNEAPOLIS, MINNESOTA - JUNE 04: People gather outside Trask Worship Center following the memorial service for George Floyd at North Central University on June 4, 2020 in Minneapolis, Minnesota. Floyd died while in police custody on May 25, after former Minneapolis police officer Derek Chauvin kneeled on his neck for nine minutes while detaining him. His death has sparked nationwide protests and rioting.   Scott Olson/Getty Images/AFP
== FOR NEWSPAPERS, INTERNET, TELCOS & TELEVISION USE ONLY ==
Hommage à George Floyd entre émotion et protestation
La cérémonie organisée en mémoire du quadragénaire noir décédé à l'occasion d'une interpellation policière a donné lieu à de vibrants appels à la tolérance et à la justice.

S'en est suivie une polémique le soir même. La Première ministre et libérale francophone Sophie Wilmès a regretté «qu’il n’ait pas été possible de trouver une alternative qui respecte consignes sanitaires et efforts de ceux qui, en première ligne, luttent contre l'épidémie». Précision: les rassemblements sont pour l'instant limités à dix personnes, que ce soit en famille ou au restaurant.

Le bourgmestre de Bruxelles, le socialiste Philippe Close, qui a autorisé la manifestation, ne s'en laisse pas conter pour autant. Il répète que «l'équilibre (est) extrêmement délicat entre l'ordre public, la liberté d'expression et la problématique de la santé publique.» Et de marteler: «J'assume tout ce qui s'est passé. Il fallait trouver un équilibre».


Haro sur les statues de Léopold II
Les effigies du souverain belge à nouveau au cœur de la polémique dans la suite de l’affaire George Floyd.

Le bras de fer entre les socialistes et les libéraux, ennemis jurés dans la capitale, a rapidement pris une dimension nationale. La droite flamande, mais aussi les socialistes flamands, ont jugé que la condamnation du racisme ne pouvait justifier le non-respect des règles sanitaires.

L'aspect politico-politicien de cet affrontement n'échappe à personne: «Ce genre de mobilisation n'est a priori pas ce que l'électorat des partis de droite privilégie, analyse la politologue Louise Knops dans Le Soir. Chacun joue son rôle. Lors des manifestations des jeunes pour le climat l'année dernière, on avait d'ailleurs déjà vu des réactions épidermiques (dans les partis de droite). Leurs représentants critiquaient l'attitude des jeunes qui séchaient les cours. Sans jamais lier cela à la vraie question de la mobilisation citoyenne.»

La police n'aurait reçu l'ordre d'intervenir que si la situation devenait incontrôlable
La police n'aurait reçu l'ordre d'intervenir que si la situation devenait incontrôlable
Photo: AFP

Bart De Wever, le chef des nationalistes flamands (N-VA), fait partie de ceux qui ont fustigé l'an dernier les «marcheurs du climat». Cette fois, la police et le cabinet du bourgmestre anversois ont refusé la tenue de la manifestation demandée par le collectif Belgian Youth Against Racism. Ce qui n'a pas empêché un bon millier de personnes de manifester dans la ville portuaire dimanche, 150 protestataires étant interpellés en marge du rassemblement pour ne pas avoir respecté les règles de sécurité sanitaire.

Cette polémique opposant les droits démocratiques à la responsabilité sanitaire de chacun est du pain bénit pour le Vlaams Belang. Lundi, l'extrême droite flamande a demandé qu'une commission d'enquête se penche sur l'action de la police lors de la manifestation bruxelloise Black Lives Matter et des émeutes qui ont suivi. Selon ce parti condamné autrefois pour racisme, la police n'aurait reçu l'ordre d'intervenir que si la situation devenait incontrôlable. Autrement dit: pour des motifs bassement électoralistes, les socialistes bruxellois auraient laissé les casseurs casser en toute impunité. 

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Etre noir au Luxembourg en 2020
Firmino, Lolo, Natalie, Rubio et Sandrine vivent et travaillent au Luxembourg. D'origine africaine, tous racontent la manière dont la couleur de leur peau impacte leur quotidien dans un pays où l'esprit «multikulti» n'empêche pas le racisme. Témoignages.