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Philippe, un roi à la manœuvre
International 3 min. 12.02.2020

Philippe, un roi à la manœuvre

Le roi Philippe a pris ses responsabilités en misant sur Koen Geens pour mener à bien les négociations dans l'optique de la formation d'un gouvernement.

Philippe, un roi à la manœuvre

Le roi Philippe a pris ses responsabilités en misant sur Koen Geens pour mener à bien les négociations dans l'optique de la formation d'un gouvernement.
Photo: dpa
International 3 min. 12.02.2020

Philippe, un roi à la manœuvre

Le souverain belge tient son rôle de facilitateur du dialogue politique avec un certain brio, quitte à mécontenter ses adversaires. Depuis les élections législatives du 26 mai 2019, il a grandi à la faveur de l’imbroglio politique dans lequel se trouve le pays.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - Le roi Philippe, qui fut l'objet de railleries et de déclarations peu amènes durant toute sa jeunesse, tire son épingle du jeu. Depuis plusieurs mois, il rencontre les présidents de parti et désigne les informateurs sans commettre la moindre erreur.

Le Soir relève «que c'est en désignant le CD&V Koen Geens que le roi imprime le plus sa marque dans ce processus». Intervenue le 31 janvier, cette désignation en a surpris plus d'un. En bonne logique, le duo d'informateurs royaux Bouchez-Coens aurait dû prolonger sa mission jusqu'au 4 février. Mais le souverain a constaté la paralysie des discussions en cours et pris la décision de siffler la fin de la récréation. Il a alors appelé à la rescousse le ministre Geens pour explorer une dernière fois la possibilité de nouer une coalition qui allierait le PS francophone à la N-VA nationaliste flamande.  


Koen Geens est chargé «de former une coalition soutenue par une majorité parlementaire et de prendre les initiatives nécessaires permettant la mise en place d'un gouvernement de plein exercice»
Koen Geens prend la main dans les négociations belges
Le roi a déchargé de sa mission le duo d’informateurs Bouchez-Coens au profit de l’actuel ministre de la Justice. Celui-ci va à son tour tenter de rapprocher le PS francophone de la N-VA nationaliste flamande.

Ce petit coup de théâtre est assumé par le palais: «le roi est dans son rôle», y répète-t-on. Si la Constitution prévoit que le souverain est «inviolable» et que ses actes doivent être couverts par la signature d'un ministre, il dispose néanmoins d'une certaine latitude qui se manifeste par l'établissement et l'encouragement du dialogue politique. Le père de Philippe, Albert II, sut jouer abondamment de cette prérogative lors des crises politiques qui ont émaillé la fin de la décennie précédente.  

Philippe n'a cependant pas choisi n'importe qui pour endosser ce nouveau rôle de «missionnaire» -  le terme colle admirablement à la figure de Koen Geens, volontiers moqué pour son «onction de curé». Historiquement, le parti chrétien-démocrate flamand auquel appartient le ministre de la Justice est favorable à la monarchie, là où la N-VA de Bart De Wever se qualifie de «républicaine».

Pari risqué

Sans surprise, la décision du roi de s'en remettre à Koen Geens n'a pas plu à Bart De Wever. Pour le leader nationaliste flamand, le souverain «prend un risque»: «Le roi sort de la logique qui voudrait qu'une négociation ne peut aboutir qu'avec les présidents (de parti). (Ce choix) est contraire à la tradition selon laquelle le Palais cherche d’abord un consensus.»

Quel risque? Celui de faire capoter une négociation à l'agonie? Ou plutôt de déplaire à une certaine Flandre et de faire le jeu de tous ceux qui voudraient «émasculer» la monarchie pour la réduire à un rôle purement protocolaire? Avec le Vlaams Belang (extrême droite), la N-VA n'a jamais fait mystère de ses intentions, même si cette question n'est pas à l'agenda pour l'instant. Plusieurs sondages ont montré que la Flandre suit majoritairement ces deux partis: le roi, estiment tous ceux qui veulent moderniser la monarchie, ne devrait plus signer les lois, ni participer à la formation du gouvernement fédéral, ni accorder de grâces ou de titres de noblesse,... Bruxelles et la Wallonie se montrent moins impatientes. 

Philippe n'en a pas moins pris ses responsabilités ces derniers mois. Dans le même esprit, il avait écarté les seconds couteaux cet automne pour faire de Paul Magnette, depuis peu président du Parti socialiste, un informateur royal flamboyant. Aujourd'hui, en faisant confiance à Koen Geens (prolongé jusqu'au 17 février), le roi parie sur un homme qui a la carrure d'un ministre d'Etat. Et incarne à sa manière le traditionalisme bourgeois, royaliste et bien-pensant qui a longtemps dominé la politique flamande, orientant fatalement la marche de l'Etat belge.     


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