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Personne ne peut entrer sans passeport biométrique
International 5 min. 05.03.2022 Cet article est archivé
En Hongrie

Personne ne peut entrer sans passeport biométrique

Le centre en Hongrie n'a été ouvert que cette semaine, suite à la décision des ministres de l'Intérieur de l'UE d'aider rapidement et de manière non bureaucratique les réfugiés.
En Hongrie

Personne ne peut entrer sans passeport biométrique

Le centre en Hongrie n'a été ouvert que cette semaine, suite à la décision des ministres de l'Intérieur de l'UE d'aider rapidement et de manière non bureaucratique les réfugiés.
Photo: Marlene Brey
International 5 min. 05.03.2022 Cet article est archivé
En Hongrie

Personne ne peut entrer sans passeport biométrique

Une femme est décédée à un point d'enregistrement des réfugiés en Hongrie. Des conditions d'entrée simplifiées auraient peut-être pu éviter un tel drame. Reportage près de la frontière ukrainienne.

(m. m. avec Marlene Brey) - Les personnes qui fuient la guerre en Ukraine doivent pouvoir trouver une protection dans l'Union européenne de manière simple et non bureaucratique. Mais une expérience luxembourgeoise en Hongrie montre que ce n'est pas si facile.


Julien Doussot und seine Frau Tetiana Tarasenko haben die ASBL Slava Ukranyini Luxembourg gegründet, um Menschen zu helfen, die vor dem Ukraine-Krieg fliehen.
Comment un bus luxembourgeois va sauver des Ukrainiens
Julien Doussot apporte de la nourriture, des couvertures et des vêtements aux personnes qui fuient la guerre. Plus important encore, il ramène avec lui 44 d'entre elles au Luxembourg.

Un bus est parti mercredi matin depuis Luxembourg pour aller récupérer des réfugiés ukrainiens. Mais tout ne s'est pas vraiment passé comme prévu. Le bus est d'abord resté dix heures à la frontière entre la Roumanie et la Hongrie, puis les gardes-frontières ont ordonné que le véhicule suive un convoi de police suite à des problèmes avec les passeports. 

Le bus a dû attendre encore trois heures dans la nuit, jusqu'à ce que l'escorte guide finalement trois autocars et plusieurs voitures avec des plaques d'immatriculation ukrainiennes à travers l'aube, sans savoir vers quelle destination le convoi se dirigeait. Certains occupants craignaient d'être à nouveau repoussés vers la frontière et donc hors du pays.

Une femme s'effondre

Puis le convoi s'est immobilisé. Aucune des personnes qui attendaient n'a compris ce qui lui arrivait. Il y avait de la tension dans l'air. La plupart des gens dans les bus et dans les voitures sont en fuite depuis des jours, traumatisés. Le bus luxembourgeois passera en tout 24 heures à la frontière et à cet endroit - qui s'avère être un point de contrôle. Dans un bus voisin, une femme s'effondre et est réanimée. En vain. Cette scène s'est déroulée ce samedi à Aranyosanáti, en Hongrie, près de la frontière ukrainienne.

Julien Doussot et sa femme Tetiana Tarasenko ont créé l'ASBL Slava Ukraiyni Luxembourg pour venir en aide aux personnes fuyant la guerre. Mercredi matin, à six heures, leur voyage a démarré au Luxembourg avec ce bus, parti à la frontière ukrainienne pour emmener des réfugiés en sécurité au Luxembourg. Vendredi soir, ils devaient être de retour, mais vers la fin de leur voyage, la situation est devenue de plus en plus tendue. Samedi, ils se sont donc arrêtés à Aranyosanáti.

«Rapide et non bureaucratique»

En raison de la guerre en Ukraine, l'UE se prépare à accueillir des millions de réfugiés. Dès la première semaine de la guerre en Ukraine, ils auraient été près d'un million - et ce n'est qu'un début, selon les estimations des Nations unies. On s'attend à la plus grande crise de réfugiés du siècle. 

Les préparatifs sont toutefois lents. L'UE a discuté des possibilités d'accueillir les réfugiés de la manière la moins bureaucratique possible. Il en est ressorti ce que l'on appelle la directive sur l'afflux massif de personnes déplacées. Elle doit rendre possible ce qui a longtemps été considéré comme impossible : un statut de protection forfaitaire pour les réfugiés de guerre sans procédure d'examen et d'asile coûteuse. En Hongrie, on ne peut que constater ces derniers jours que le système n'est pas encore vraiment au point.

Offrir une protection immédiate

La directive a été spécialement conçue pour offrir une protection immédiate aux personnes en détresse. Les citoyens ukrainiens déplacés et les personnes qui se sont installées en Ukraine, ainsi que les membres de leur famille, ont droit à une protection dans toute l'Union européenne, pendant au moins un an, sous réserve d'un maximum de trois ans. Les réfugiés de guerre ukrainiens doivent donc être accueillis «rapidement et sans bureaucratie», comme l'UE ne cesse de le répéter.

Selon ce document, les Ukrainiens peuvent en principe entrer dans le pays sans visa, mais ils doivent pour cela disposer d'un passeport biométrique. ProAsyl estime que moins de la moitié des Ukrainiens possèdent un tel passeport. Ils n'y ont été introduits qu'en 2015. L'organisation de défense des droits de l'homme demande donc que cette condition formelle soit suspendue.

Dans le centre hongrois 

Les employés du centre d'enregistrement hongrois ont écrit des numéros sur les mains des réfugiés.
Les employés du centre d'enregistrement hongrois ont écrit des numéros sur les mains des réfugiés.
Photo: Svitlana Krynytska

Svitlana montre sa main, sur laquelle des employés du centre hongrois ont écrit un numéro au stylo à bille. «C'est un peu macabre», dit-elle. Pour la réussite du test covid, ils lui ont en outre dessiné un point sur la main. Elle et ses compagnons de voyage ont pris une photo. Comme le bus n'a pas été autorisé à passer la frontière hongroise, les personnes ont dû passer une nuit supplémentaire dans le bus, sans savoir ce qui allait arriver. «Ce ne serait pas grave si c'était la première nuit. Mais c'est la cinquième», dit-elle, épuisée.

D'autres sont également en colère. «Je viens de recevoir une vidéo montrant des bombes tombant sur ma maison», dit Alexandra après être sortie du centre. «Il y a la guerre dans mon pays, pourquoi toute cette bureaucratie ?» Elle a une carte d'identité biométrique, mais elle est en fuite avec d'autres femmes qui n'en ont pas toutes une. 

Beaucoup de temps perdu

Dans le cas du bus luxembourgeois, les gardes-frontières ont même exigé des passeports biométriques pour les bébés. Une suspension de cette obligation aurait dans ce cas épargné au moins 24 heures d'attente, comme l'explique Julien Doussot. Beaucoup de temps perdu pour des personnes traumatisées qui se trouvent dans une situation de stress énorme.


TOPSHOT - Reservists drafted during the partial mobilisation attend a departure ceremony in Sevastopol, Crimea, on September 27, 2022. - Russian President Vladimir Putin announced on September 21 a mobilisation of hundreds of thousands of Russian men to bolster Moscow's army in Ukraine, sparking demonstrations and an exodus of men abroad. (Photo by STRINGER / AFP)
Un militaire suspendu après des mobilisations par erreur
Suivez en direct le conflit opposant l'Ukraine à la Russie depuis le 24 février 2022.

Même s'il s'agit d'un cas isolé, la mort de cette femme au centre d'Aranyosanáti, en Hongrie, aurait probablement pu être évitée si l'obligation avait été suspendue ou si la communication avait été claire. Le centre d'enregistrement veut en tirer les leçons et, selon ses propres dires, augmenter son personnel afin de réduire les temps d'attente. 

Une solution décentralisée, où les réfugiés s'inscrivent avec un certain délai dans leur lieu de résidence temporaire, pourrait enlever encore plus de stress au système - et aussi de charge de travail aux pays d'arrivée.

Un reportage de notre journaliste Marlene Brey, qui accompagne le bus luxembourgeois et fait un reportage depuis la frontière ukrainienne 

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