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Permettre à tous «d'acquérir de nouvelles compétences»
International 5 min. 10.11.2020

Permettre à tous «d'acquérir de nouvelles compétences»

Si 10 à 15% des emplois existants sont amenés à disparaître selon l'OCDE, le numérique pourrait aussi en créer de nouveaux.

Permettre à tous «d'acquérir de nouvelles compétences»

Si 10 à 15% des emplois existants sont amenés à disparaître selon l'OCDE, le numérique pourrait aussi en créer de nouveaux.
Gerry Huberty
International 5 min. 10.11.2020

Permettre à tous «d'acquérir de nouvelles compétences»

Alors que la crise sanitaire accélère la numérisation du monde du travail, le commissaire européen Nicolas Schmit revient sur les compétences nécessaires pour le marché du travail de demain et la manière dont l'Union européenne peut façonner le changement numérique sans distorsions sociales.

(ASdN avec Thomas Klein) - D'un côté, 40% des employeurs européens déclarent ne pas trouver d'employés avec les compétences recherchées. De l'autre, le taux de chômage des jeunes augmente. Comment expliquez-vous l'écart évident entre les compétences disponibles et les demandes du marché du travail ? 

Nicolas Schmit - «Ce décalage n'est pas nouveau en soi, vous le trouverez partout en Europe, y compris au Luxembourg. Les raisons sont variées et commencent à l'école, et parfois même avant. Nous assistons à une polarisation croissante du marché du travail, avec un déclin des qualifications moyennes. Les personnes hautement qualifiées augmentent fortement et la part des travailleurs peu et non qualifiés est également en progression. 

Le problème est exacerbé par la numérisation et les effets de la crise actuelle, qui accélère encore le changement technologique. Le problème est particulièrement important dans le secteur numérique. On estime à un million le nombre de postes en Europe qui ne peuvent être pourvus.


Workers move rolls of aluminium at a factory in Zouping in China's eastern Shandong province on April 7, 2018. 
China said on April 6 it is ready to pay "any cost" in a trade war after US President Donald Trump threatened an additional $100 billion in tit-for-tat tariffs on Beijing. / AFP PHOTO / - / China OUT
Le prêt de main-d'œuvre toujours d'actualité
Faire temporairement appel à des renforts venus d'autres entreprises : ce choix avait été boosté lors de la première vague covid. Mais il pourrait bien connaître le même succès au vu du nombre d'infections et de mises en quarantaine perturbant certaines sociétés.

Diverses études supposent que la numérisation et l'automatisation pourraient rendre obsolètes certains profils d'emploi existants. Comment évaluez-vous le danger pour le marché du travail ?

«Nous aurons certainement des pertes d'emplois. L'OCDE, par exemple, affirme que 10 à 15% des emplois existants vont disparaître. Mais il y aura aussi de nouveaux emplois résultant de la numérisation. L'évolution étant extrêmement rapide, il est bien sûr difficile de préparer les gens à des emplois qui n'existent pas encore.

Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ? 

«Nous avons besoin d'un tout nouveau concept sur la façon dont la formation doit se dérouler et être organisée. Plus encore qu'auparavant, nous devons offrir aux salariés la possibilité de se former et d'acquérir de nouvelles compétences. Cela permet de lutter contre l'incertitude et la peur de nombreuses personnes en cette période de transition.

Les jeunes sont les premières victimes de cette crise.

Nicolas Schmit

Quelles compétences seront nécessaires pour survivre sur le marché du travail dans ces conditions ?

«Il existe des compétences clés qui sont tout simplement nécessaires, comme un bon niveau de langue et de mathématiques, mais aussi, de plus en plus, de connaissances de base dans le domaine de la numérisation. Mais il faut également encourager les compétences non techniques telles que la pensée créative et le travail d'équipe.

Dans quelle mesure la crise actuelle va-t-elle accélérer cette évolution sur le marché du travail ?

«Nous traversons actuellement une période difficile, en particulier pour les jeunes en Europe. Ils sont les premières victimes de cette crise, car les entreprises embauchent et forment naturellement moins. Et cela a bien sûr des conséquences presque dramatiques, surtout dans les pays où le chômage des jeunes était déjà très élevé.

Dans quelle mesure l'Union européenne (UE) peut-elle accompagner et soutenir ce processus ?

«La Commission européenne ne veut pas intervenir dans les systèmes éducatifs des États membres et déterminer la manière dont ils doivent être organisés. Mais nous pouvons contribuer à montrer où se situent les principaux défis à l'avenir, quelles sont les solutions éprouvées et les approches pratiques réussies qui pourraient peut-être être adoptées par d'autres pays. Ensuite, nous apporterons un soutien financier aux initiatives prometteuses et créerons ainsi des incitations appropriées. Cela s'applique aux systèmes d'éducation publique, bien sûr, mais aussi aux entreprises.

Un fonds de 750 milliards d'euros pour moderniser l'économie.

Nicolas Schmit

Il existe déjà aujourd'hui un fossé entre les personnes qui ont accès à l'éducation numérique et celles qui risquent d'en être privées. Comment éviter que certains groupes de la population ne soient laissés pour compte en raison de l'évolution technologique ?

«Pour les personnes qui sont perdantes sur le marché du travail, la numérisation peut être un désastre. D'autre part, c'est aussi une perte pour l'économie et la société si nous n'utilisons pas les talents existants pour des raisons sociales. Ainsi, si nous ne reconnaissons pas cette dimension sociale du changement technologique et si nous n'investissons pas pour garantir à chacun un accès égal à la technologie, il y aura de nombreux perdants, ce qui pourrait déchirer nos sociétés.


Nicolas Schmit
«Que les travailleurs de l'UE gagnent leur vie décemment»
Initiée en 2017, l'idée de mettre en place des «salaires minimaux adéquats» dans tous les Etats membres a été officiellement présentée ce mercredi par la Commission. Pour Nicolas Schmit, ce texte doit apporter une solution «au près de 10% de travailleurs qui vivent dans la pauvreté».

Pouvez-vous donner des exemples concrets d'instruments avec lesquels l'UE entend stimuler l'investissement dans le développement de nouvelles compétences ?

«Plus de 20% du budget du Fonds social européen peut être utilisé pour former et réorienter les personnes. Deuxièmement, en relation avec la crise, nous avons lancé un programme majeur. Un fonds de 750 milliards d'euros est ainsi destiné non seulement à remettre l'économie sur les rails, mais aussi à la moderniser. 

La «Semaine des compétences professionnelles» a lieu cette semaine. Comment de tels événements peuvent-ils contribuer à relever ces défis ?

«Nous organiserons environ 800 manifestations en Europe, qui réuniront des apprentis, des entrepreneurs et des représentants d'établissements d'enseignement, de chambres professionnelles, etc. pour discuter de l'avenir de l'enseignement et de la formation professionnels. Grâce à ces événements, l'UE peut contribuer à insuffler une nouvelle dynamique aux systèmes nationaux, car les responsables peuvent échanger leurs points de vue sur ce qui fonctionne particulièrement bien en Allemagne, en Suède ou en Roumanie, par exemple, et ainsi apprendre les uns des autres.»

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