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Paul Magnette, un alpiniste face à la montagne
International 3 min. 22.10.2019 Cet article est archivé

Paul Magnette, un alpiniste face à la montagne

Elio Di Rupo et Paul Magnette. Les deux hommes incarnent le passé et l'avenir du PS.

Paul Magnette, un alpiniste face à la montagne

Elio Di Rupo et Paul Magnette. Les deux hommes incarnent le passé et l'avenir du PS.
Photo: AFP
International 3 min. 22.10.2019 Cet article est archivé

Paul Magnette, un alpiniste face à la montagne

Le nouveau président du PS belge francophone doit relever d’importants défis, entre formation du gouvernement fédéral et restructuration du parti socialiste.

De notre correspondant Max Hellef (Bruxelles) - En devenant président du PS francophone le week-end dernier, Paul Magnette s'est mis dans la position de l'alpiniste défiant la montagne. La presse belge ne s'est d’ailleurs guère attardée sur le portrait du vainqueur, plébiscité par 95,4% des militants socialistes. Magnette était de toute façon le seul candidat à la succession d'Elio Di Rupo redevenu pour la troisième fois ministre-président wallon à la mi-septembre. Personne ne s'était mis sur son chemin.  

Ce sont davantage les chantiers qui attendent le nouveau patron du PS qui retiennent l'attention. Sans surprise, le plus important et le plus immédiat consiste à négocier avec la N-VA de Bart De Wever la formation du prochain gouvernement fédéral. Les obstacles n'ont pas changé. 

Les socialistes restent opposés au confédéralisme. Ils veulent le refinancement de la Sécu là où la N-VA voudrait la raboter et la scinder. Ils exigent la revalorisation des allocations sociales, le réinvestissement dans les services publics et la transition écologico-énergétique. Sans trop y croire, ils rêvent de ramener la retraite à 65 ans, alors que la «suédoise» de Charles Michel l'a reportée à 67 ans dès 2030. 


En attendant Paul Magnette
Sauf surprise, le «héros du Ceta» sera le prochain président du Parti socialiste belge francophone.L’actuel bourgmestre de Charleroi a déposé officiellement sa candidature.

A priori, un tel programme devrait suffire à éloigner définitivement la très conservatrice N-VA. Mais a priori seulement. Les nationalistes flamands de Bart De Wever ont en effet saisi qu'ils doivent eux aussi défendre un agenda social s'ils veulent conserver une longueur d'avance sur le Vlaams Belang. C'est en effet en promettant de meilleures conditions de vie à ceux que la mondialisation a fragilisés que l'extrême droite a réussi à glaner en Flandre quelque 800.000 voix le 26 mai dernier. Le retour de la pension à 65 ans figurait dans son programme.  

Paul Magnette dispose toutefois d'une alternative. Il peut tenter de rassembler les autres partis flamands autour d'un exécutif fédéral qui exclurait la N-VA, à condition de compter sur la cohésion des francophones. Charles Michel parti à l'Europe dès le 1er décembre, recoller les morceaux avec les libéraux sera plus simple, d’autant qu'ils sont déjà en cheville avec les socialistes et les écologistes au gouvernement wallon. Il sera autrement difficile d'obtenir le soutien des humanistes du CDH qui ont opté, jusqu'à preuve du contraire, pour une cure d'opposition à tous les niveaux de pouvoir. 

Menaces internes 

Tout cela prendra du temps. On parle ici de plusieurs mois, au minimum. De quoi laisser à Paul Magnette l'opportunité de mettre de l'ordre au sein du Parti socialiste lui-même et de ses fédérations. A commencer par le PS bruxellois, manifestement coupé en deux au lendemain du vote qui a permis à Ahmed Laaouej de devenir son président avec… 52% des voix.

Le «candidat des barons» a pris de peu le dessus sur «le candidat des militants», Rachid Madrane, soulignant davantage la déchirure qui menace les socialistes dans la capitale.

Attitude ambiguë

Mais c'est à Liège que le danger se fait le plus criant. L'affaire Nethys, qui fait régulièrement la une de la presse francophone, est une réplique du séisme Publifin, scandale politico-financier qui faillit emporter le PS en 2017.

Une affaire de prise illégale d'intérêt et d'abus de biens sociaux présumés, d'où s'échappe un parfum de collusion entre le monde des affaires et celui de la politique. Avec, une nouvelle fois au centre du jeu, des pontes socialistes liégeois à l'attitude ambiguë. De quoi occuper les jours et les nuits de Paul Magnette. Pour un bout de temps encore.




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