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Paul Magnette jette l'éponge
International 4 min. 10.12.2019

Paul Magnette jette l'éponge

L'informateur Paul Magnette en route vers le palais royal, où il va demander décharge de sa mission. Son échec relatif atteste la volonté de deux partis flamands de rester en dehors du jeu.

Paul Magnette jette l'éponge

L'informateur Paul Magnette en route vers le palais royal, où il va demander décharge de sa mission. Son échec relatif atteste la volonté de deux partis flamands de rester en dehors du jeu.
Photo: AFP
International 4 min. 10.12.2019

Paul Magnette jette l'éponge

Le socialiste renonce à sa mission d'information, ouvrant la voie à plusieurs scénarios pour un gouvernement fédéral.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - Un rapport de plus? Pas vraiment. En se rendant lundi après-midi chez le roi, Paul Magnette devait dire si oui ou non la mission dont il avait hérité le 6 novembre dernier pouvait enfin passer à l’étape suivante: la formation d’un futur gouvernement. Jusqu’ici, le socialiste tenait officiellement le seul rôle d’informateur.

Ceux qui s'attendaient aux premiers balbutiements d’un gouvernement «arc-en-ciel» réunissant les socialistes, les écologistes et les libéraux, en ont été pour leurs frais. Non seulement Paul Magnette n’a pas fait une telle annonce, mais il a demandé au Roi à être déchargé de sa mission. Calmant le jeu, le chef de l’Etat a décidé de tenir sa décision en suspens avant d'entamer la consultation des leaders de parti. 

Volonté des Flamands de rester hors-jeu

Peu après, il a reçu le nouveau président du Mouvement réformateur (libéral francophone), Georges-Louis Bouchez, puis la présidente de l'Open Vld, Gwendolyn Rutten (libéral flamand). Les cartes sont ainsi rebattues et plusieurs scénarios s'ébauchent déjà. Dans les jours qui viennent, le roi Philippe pourrait demander à Paul Magnette de reprendre sa mission, le confortant ainsi dans son rôle d'informateur en dépit de la volonté affichée de jeter l'éponge. Ce rôle, le souverain pourrait plus sûrement le confier au représentant d'un autre parti, cette fois flamand. 

Les noms du libéral Patrick Dewael et du chrétien- démocrate flamand Koen Geens ont été plus d'une fois cités. Sans oublier le leader de la N-VA nationaliste flamande Bart De Wever. Mais dans ce cas, il y a de fortes chances que les antagonismes a priori insurmontables qui opposent le PS à la N-VA reviendraient à la surface. Pour l'heure, il est clair que l'échec (relatif) de la mission de Paul Magnette doit à la volonté de deux partis flamands de rester en dehors du jeu.


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Le nationaliste flamand n’a plus d’autre choix que de tenter de court-circuiter le socialiste francophone Paul Magnette et sa coalition «arc-en-ciel».

A l'occasion d'un reportage réalisé à Lokeren, non loin d'Anvers, le quotidien De Standaard a démontré à quel point l'arc-en-ciel de Paul Magnette apparaît imbuvable aux électeurs de l'Open-Vld, le parti libéral flamand. Quant aux chrétiens-démocrates du CD&V, ils exigent mordicus que la N-VA de Bart De Wever se mouille enfin et prenne les commandes des négociations.

Côté francophone, ce sont les libéraux du MR qui ont à plusieurs reprises taclé Paul Magnette lundi, avant qu'il ne fasse rapport au roi. «La note Magnette n'est pas l'accord dont le MR ferait partie», a lâché Georges-Louis Bouchez. «Ce sera soit un petit arc-en-ciel, soit le grand marécage», écrivait ce week-end Le Soir, laissant entendre que l'incapacité des partis à former un gouvernement de centre-gauche conduirait fatalement à l'embourbement de la Belgique politique. 

Logique politique

Car aucun parti francophone ne suivra la N-VA, à moins que le Parti socialiste ne consente à former une alliance avec elle. Ce qui paraît quasiment impossible à ce stade. Les discussions menées depuis un mois par l'informateur Paul Magnette laisse une impression de professionnalisme et, dans une certaine mesure, d'apaisement. Si le socialiste francophone a mis d'emblée hors jeu le confédéralisme de la N-VA, il s'est abstenu en revanche d'attaquer frontalement le bord nationaliste flamand.

Et pour cause: pour espérer emporter l'assentiment des libéraux et/ou des chrétiens-démocrates du nord du pays, il devait éviter d'aller au clash, de se mettre une partie de l'opinion publique flamande à dos. En témoigne la rencontre qui l'a mis très diplomatiquement en présence de Bart De Wever ce samedi. Le temps n'est pas (encore) à l'affrontement. Ce qui s'est passé ce lundi est somme toute logique. Paul Magnette ne pouvait l'emporter trop facilement, au risque de fâcher la Flandre.


Un des objectifs de Paul Magnette est d'emporter l’assentiment des libéraux flamands de l’Open-VLD
Le temps se gâte pour Paul Magnette
Une partie de la droite flamande demande que la mission d’information royale soit remise entre les mains du nationaliste Bart De Wever

Sur les ondes de la chaîne publique VRT, Bart De Wever n'a pas exclu d'entrer à son tour dans la course fédérale. Mais, quel que soit le nouveau chargé de mission désigné par le Roi, il devra repartir de «-20», a-t-il déclaré. Ce week-end, le VOKA, l'association des patrons flamands proche de la N-VA, a redit sa méfiance par rapport au PS, «un parti qui n'a pas de plan de croissance mais promet une pension minimum à 1.500 euros». Une toute dernière option serait évidemment de décréter de nouvelles élections. Mais il est encore trop tôt pour cela, estiment les observateurs qui parient sur l'incroyable résistance du carrousel politique belge. 


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