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Partir ou rester en Russie, le dilemme des entreprises françaises
International 3 min. 24.03.2022
Guerre en Ukraine

Partir ou rester en Russie, le dilemme des entreprises françaises

Renault a annoncé suspendre les activités de son usine de Moscou et évaluer «les options possibles concernant sa participation» dans sa filiale russe.
Guerre en Ukraine

Partir ou rester en Russie, le dilemme des entreprises françaises

Renault a annoncé suspendre les activités de son usine de Moscou et évaluer «les options possibles concernant sa participation» dans sa filiale russe.
Photo: AFP
International 3 min. 24.03.2022
Guerre en Ukraine

Partir ou rester en Russie, le dilemme des entreprises françaises

Lors de son discours au Parlement français mercredi, Volodymyr Zelensky a de nouveau demandé aux entreprises françaises de quitter la Russie, un choix que peu d'entre elles ont décidé de faire jusqu'ici.

(AFP) - Avant la guerre, plus de 500 entreprises françaises (dont 35 groupes du CAC 40) opéraient en Russie, selon le ministère français de l'Économie, alors que la Chambre de commerce et d'industrie franco-russe revendiquait «plus de 400 membres» sur son site internet. En 2020, dans le contexte du Covid-19, les exportations vers la Russie ont atteint 5,2 milliards d'euros, faisant de la Russie le 7e marché de la France hors Union européenne, d'après Bercy.


Russian army military vehicles are seen in Armyansk, Crimea, on February 25, 2022. - Ukrainian forces fought off Russian invaders in the streets of the capital Kyiv on February 25, 2022, as President Volodymyr Zelensky accused Moscow of targeting civilians and called for more international sanctions. Pre-dawn blasts in Kyiv set off a second day of violence after Russian President Vladimir Putin defied Western warnings to unleash a full-scale invasion on on February 24, 2022, that quickly claimed dozens of lives and displaced at least 100,000 people. (Photo by STRINGER / AFP)
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Toujours de même source, la France est le premier employeur étranger en Russie, avec quelque 160.000 salariés, certains groupes y étant particulièrement présents, à l'image du groupe Renault, actionnaire à 67% du constructeur AvtoVAZ (marque Lada), et envers qui le gouvernement ukrainien a appelé à un boycott mondial.

Alors que depuis le début du conflit le constructeur n'avait pas remis en question sa présence sur place , mercredi soir, il a annoncé suspendre les activités de son usine de Moscou et évaluer «les options possibles concernant sa participation» dans AvtoVAZ, alors qu'il a beaucoup investi dans cette filiale et redoute une nationalisation forcée en cas de départ.

Autre groupe du CAC 40 avec une empreinte russe importante, TotalEnergies produit 16,6% de ses hydrocarbures en Russie, et même 30% pour le gaz seul, avec une forte implication sur le champ gazier Yamal, à l'extrême nord du pays.

TotalEnergies y détient une participation de 20% dans Yamal GNL, un projet de gaz naturel liquéfié qui a démarré sa production en 2020, et 10% dans Artic LNG 2, qui doit débuter ses livraisons en 2023. Le groupe détient aussi 19,4% du géant du gaz russe Novatek.

«Complicité de crime de guerre»  

Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a clairement affirmé mercredi que son groupe ne pouvait pas renoncer au gaz russe, expliquant avoir souscrit «des contrats de 25 ans». Mais le groupe a toutefois annoncé qu'il renoncerait à tout achat de pétrole ou produit pétrolier russe d'ici fin 2022.


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Le candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot a accusé l'énergéticien de «complicité de crime de guerre», accusation à laquelle le groupe a répondu avec l'annonce d'une plainte en diffamation contre le député européen.

Toujours dans l'énergie, le groupe Engie qui a cofinancé le gazoduc Nord Stream 2 a prévenu qu'il risquait de perdre jusqu'à un milliard d'euros dans ce projet suspendu. Il n'est en revanche pas présent sur le sol russe mais est actionnaire à hauteur de 9% du gazoduc en fonctionnement Nord Stream.

Autre employeur important sur place, la Société Générale, actionnaire majoritaire de Rosbank (12.000 salariés), un poids lourd du secteur bancaire russe. Le 16 mars, son directeur général Frédéric Oudéa a simplement rappelé que sa filiale avait «été organisée et gérée de façon autonome après les événements en Crimée» de 2014, sans donner d'indication sur l'avenir de la présence du groupe dans le pays.


Les oligarques russes ont leurs prestataires de services
Dans les fichiers clients des bureaux fiduciaires luxembourgeois, les sociétés classiques côtoient des entreprises appartenant à des oligarques russes.

Côté services, plusieurs enseignes détenues par la famille Mulliez sont très implantées en Russie, à commencer par Leroy Merlin, dont c'est le deuxième marché derrière la France, mais aussi Auchan, qui réalise en Russie plus de 10% de ses ventes, ou encore l'enseigne sportive Decathlon.

Adeo, holding de Leroy Merlin, a dit mercredi qu'elle maintenait son activité en Russie, mais allait «suspendre» ses nouveaux investissements, évoquant dans une déclaration à l'AFP le risque d'une «expropriation qui renforcerait les moyens financiers de la Russie», si elle quittait le pays.

Plus de luxe français en Russie

Le géant pharmaceutique français Sanofi a lui annoncé, également mercredi, «arrêter toute nouvelle dépense qui ne serait pas directement liée» à la fourniture de ses «médicaments essentiels et vaccins en Russie et au Bélarus».


Ukrainian evacuee Luda Oksonenko holds her two month old baby after crossing the Ukrainian-Romanian border in Siret, northern Romania, on March 16, 2022. - More than three million people have fled Ukraine since the start of the invasion, the UN migration agency IOM says. Around half are minors, says the UN children's agency. (Photo by Armend NIMANI / AFP)
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Plusieurs secteurs ont fait le choix inverse, comme celui du luxe et de la mode. Début mars, Hermès, rapidement suivi par Chanel, LVMH et Kering, a annoncé la fermeture de ses boutiques en Russie, certaines responsables de leurs marques comme chez Balenciaga (groupe Kering) prenant même fait et cause pour l'Ukraine dans le conflit.

Mais la difficulté est ailleurs pour les entreprises, car la Russie a décidé d'accentuer la pression sur les groupes étrangers qui seraient tentés par un retrait, n'hésitant pas à agiter la menace d'une nationalisation des actifs sur place.


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