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Parfum de mystère sur les négociations belges
International 3 min. 29.01.2020 Cet article est archivé

Parfum de mystère sur les négociations belges

Georges-Louis Bouchez, le roi Philippe et Joachim Coens ont discuté durant quatre heures.

Parfum de mystère sur les négociations belges

Georges-Louis Bouchez, le roi Philippe et Joachim Coens ont discuté durant quatre heures.
Photo: AFP
International 3 min. 29.01.2020 Cet article est archivé

Parfum de mystère sur les négociations belges

La mission des deux informateurs chargés d’ouvrir la voie vers le prochain gouvernement fédéral est prolongée jusqu'au 4 février. On disait pourtant les deux hommes battus.

De notre correspondant, Max HELLEFF (Bruxelles) -  Que s'est-il passé derrière les murs du Palais? Mardi après-midi, les deux informateurs chargés d'ouvrir la voie vers le prochain gouvernement fédéral ont à nouveau fait rapport au roi Philippe. On ignore ce qui s'est dit. Mais la durée inhabituelle de la réunion - 4 heures - peut laisser penser que le libéral francophone Georges-Louis Bouchez et le chrétien-démocrate flamand Joachim Coens ont présenté des avancées tangibles au souverain. La mission qu'ils avaient reçue le 11 décembre est en tout cas prolongée jusqu'au 4 février.

Le duo Bouchez-Coens a-t-il pu rapprocher le PS de Paul Magnette de la N-VA de Bart De Wever en vue de constituer l’embryon de la prochaine coalition gouvernementale? Ou a-t-il convaincu les chrétiens-démocrates flamands de rejoindre l'alliance tacite des libéraux, des socialistes et des écologistes (coalition «Vilvaldi»)? 


La désignation de Bart De Wever au poste d’informateur le 28 janvier prochain est dans l'air du temps en Belgique
Les chrétiens-démocrates flamands pressent De Wever
Le retour du leader de la N-VA aux affaires est à nouveau évoqué. Le bord catholique flamand l’incite à prendre ses responsabilités en brandissant le risque d’élections anticipées.

Ces questions restaient sans réponse mardi soir, devoir de réserve oblige. En quittant le palais, Georges-Louis Bouchez s'est contenté d'affirmer «qu'il y a des solutions mais il reste un grand chemin à parcourir».

Quoi qu'il en soit, le roi donne une semaine supplémentaire aux deux hommes. Passera-t-il alors le témoin à Bart De Wever, le nationaliste flamand? Ou se rabattra-t-il sur une personnalité moins clivante – le nom du libéral flamand et président de la Chambre Patrick Dewael est cité?

Blocage inévitable

Ce nouveau délai est une surprise. Car la journée de lundi n'avait laissé aucune place à l'optimisme. Lors d'un bureau du Parti socialiste, Paul Magnette avait rendu compte des «idées et propositions» soumises par les nationalistes flamands lors des différentes réunions de travail organisées par les informateurs royaux. A de multiples reprises en effet, les négociateurs des deux principaux partis du pays se sont rencontrés pour échanger leurs prétentions respectives. Si Bart De Wever a plus d'une fois cherché à tendre la perche (sociale) au PS, ce dernier a finalement jugé ses propositions «imbuvables».


Antwerp Mayor Bart De Wever delivers a speech at a congress of the Antwerp branch of Flemish nationalist party N-VA, in preparation of the October local elections on May 6, 2018 in Antwerp.  / AFP PHOTO / BELGA AND Belga / NICOLAS MAETERLINCK / Belgium OUT
Valse-hésitation autour de Bart De Wever
A qui le tour? Les deux informateurs belges remettent leur rapport au roi ce mardi. La balle est dans le camp de la N-VA nationaliste flamande.

Pour Paul Magnette, «la N-VA ne fait absolument aucune ouverture, et dans toutes les réunions que nous avons eues elle vient avec 100 % de son programme. (…) Il n’y a donc pas la moindre possibilité, en ce sens, de pouvoir gouverner avec la N-VA.»  Le président du PS a rejeté à nouveau l'idée de former un éventuel duo d'informateurs avec Bart De Wever: «Ça ne produirait rien!».

Rompant avec les secrets des pourparlers, les socialistes avaient ensuite fait étalage des propositions de la N-VA pour mieux les détricoter. Bart De Wever, à les suivre, s'obstine à prêcher la création d'un Etat confédéral en 2024, soit une nouvelle réforme institutionnelle qui donnerait davantage d'autonomie et de compétences aux Régions. Le nationaliste flamand souhaite également régionaliser rapidement la Justice, la police et les soins de santé tout en rejetant l'idée de réattribuer certaines compétences au niveau fédéral. 

A suivre le PS, la N-VA veut encore limiter les allocations de chômage à deux ans, rendre les  emplois davantage flexibles, supprimer les augmentations barémiques. Quant au nucléaire, elle n'aurait aucune intention de l'abandonner en 2025, contrairement à ce que prévoient les accords passés.

Bart De Wever a riposté en chargeant les socialistes. «J'ai l’impression, a-t-il dit, que le PS ne veut pas d'un gouvernement avec une majorité en Flandre. Il préfère un gouvernement où il peut être le patron.» Une sentence apparemment sans appel.



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Chairman of the Belgian French-speaking right wing political party Reformist Movement (Mouvement Reformateur - MR) Georges-Louis Bouchez (R) and chairman of the Belgian Flemish-speaking right wing party Christian Democratic and Flemish (Christen-Democratisch en Vlaams - CD&V) Joachim Coens (L) arrive for a meeting with the King at the Royal Palace in Brussels, Friday 20 December 2019. - Georges-Louis Bouchez and Joachim Coens are both the King "informers". They negociate and lead the talks to form a new Belgian Federal Government, and inform the Belgium's King on their progress for a possible coalitions following May 26, 2019 Federal elections. (Photo by DIRK WAEM / BELGA / AFP) / Belgium OUT