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Nouvelles tensions autour du nucléaire belge
International 3 min. 22.11.2020

Nouvelles tensions autour du nucléaire belge

Engie exige une position claire du gouvernement De Croo avant la fin de cette année sur l’éventuelle prolongation au-delà de 2025 des deux plus récentes centrales.

Nouvelles tensions autour du nucléaire belge

Engie exige une position claire du gouvernement De Croo avant la fin de cette année sur l’éventuelle prolongation au-delà de 2025 des deux plus récentes centrales.
Photo: Shutterstock
International 3 min. 22.11.2020

Nouvelles tensions autour du nucléaire belge

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Bien que mis sous pression par Engie, le gouvernement De Croo maintient le cap sur la fin (conditionnelle) de l’atome en 2025.

De notre correspondant, Max Helleff (Bruxelles) - Bart De Wever le martèle : la Belgique doit continuer à investir dans l’énergie nucléaire. Ce week-end, le leader nationaliste flamand a estimé que le pays deviendra bientôt «le producteur d’énergie le plus polluant d’Europe, après la Pologne» et que la fermeture des centrales sera accompagnée par «d’énormes hausses de prix» pour les consommateurs et les entreprises.

La sortie du président de la N-VA, le principal parti d’opposition au gouvernement du Premier ministre Alexander De Croo, n’a rien d’un hasard. Elle s’inscrit dans le sillage d’une déclaration d’Engie, le gestionnaire du parc nucléaire belge, qui menace de cesser tout investissement si des gages ne lui sont pas donnés. Engie exige une position claire du gouvernement De Croo avant la fin de cette année sur l’éventuelle prolongation au-delà de 2025 des deux plus récentes centrales, sans quoi il ne poursuivra pas les travaux de mise en conformité et de sécurité. Le groupe énergétique français n’achètera pas davantage le combustible (la matière fissile) nécessaire au fonctionnement des réacteurs.


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Une loi de 2003 fixe à 2025 l’abandon de l’atome par la Belgique. Or, plus cette échéance se rapproche, plus la question fait débat. Elle a pourri la vie de l’ex-gouvernement Michel pendant quatre ans. Le nouvel exécutif conduit par le libéral Alexander De Croo a toutefois prévu la parade : les réacteurs nucléaires les plus récents pourront continuer à fonctionner au-delà de 2025 si nécessaire. La décision de leur prolongation sera prise à la fin de 2021.

Ce délai est toutefois jugé trop long par Engie qui ne veut pas investir des capitaux pour s’entendre dire dans un an que la fin de l’atome belge est définitivement actée. Le contexte politique a en outre changé : l’écologiste flamande Tinne Van der Straeten a remplacé à la tête du ministère de l’Energie Marie-Christine Marghem, une figure en vue du Mouvement réformateur (libéral francophone), parti qui s’est révélé tout au long de la précédente législature divisé sur le sort à réserver au nucléaire.

Pour l’heure, c’est «no pasaran». Les partis de la majorité resserrent les rangs autour de leur accord de gouvernement qui maintient la fin du nucléaire en 2025 tout en se donnant donc jusqu’au mois de novembre 2021 pour une éventuelle prolongation de Doel 4 et Tihange 3 (l’équivalent de 2 gigawatts). En face, l’opposition bande les muscles : «La gestion idéologique de ce dossier plonge la Belgique dans une insécurité énergétique majeure. À l’heure où l’urgence absolue est la trajectoire vers la neutralité carbone, les Verts vont jusqu’à fermer les centrales nucléaires les plus récentes pour les remplacer par de nouvelles centrales à gaz polluantes. Quel gâchis !».


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Bart De Wever mène l’assaut en proposant une majorité alternative qui remettrait à plat la loi de 2003.  Deux arguments au moins plaident en sa faveur. Un : 50% de l’électricité belge vient du nucléaire et les énergies renouvelables ne sont pas suffisamment présentes pour pallier un arrêt complet des centrales. Deux : si la fin de l’atome devait se solder par une facture plus lourde pour le consommateur, ce dernier pourrait se ranger définitivement aux côtés des pronucléaires.

Les syndicats sont inquiets eux aussi. Ils craignent que le personnel des centrales se retrouve pris au piège par une décision subite d’Engie de cesser ses investissements. Mis à son tour sous pression, l'énergéticien français s’engagerait à étudier deux scénarios : la prolongation, mais aussi la fin du nucléaire.

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