Changer d'édition

Nouvelle loi: Une fracture migratoire traverse la Belgique
Les autorités belges leur mènent la vie dure, au motif qu’elles veulent éviter la formation d’une «jungle de Calais» au pied des tours du quartier Nord.

Nouvelle loi: Une fracture migratoire traverse la Belgique

AFP
Les autorités belges leur mènent la vie dure, au motif qu’elles veulent éviter la formation d’une «jungle de Calais» au pied des tours du quartier Nord.
International 3 min. 26.01.2018

Nouvelle loi: Une fracture migratoire traverse la Belgique

Le sort des migrants du parc Maximilien émeut une partie de la population et clive le rapport gauche-droite. La nouvelle législation autorisera la police à entrer dans un logement où réside un clandestin afin de l’interpeller en vue de son éventuelle expulsion.

PAR MAX HELLEFF (BRUXELLES)

Un projet de loi divise le monde politique belge et provoque un émoi certain parmi les milieux associatifs. La nouvelle législation autorisera la police à entrer dans un logement où réside un clandestin afin de l’interpeller en vue de son éventuelle expulsion.

Ces visites domiciliaires effraient surtout les «hébergeurs» qui soutiennent les migrants illégaux du parc Maximilien, à Bruxelles. Chaque nuit, des centaines de citoyens lambda ouvrent leur maison à ces hommes qui ont choisi la capitale comme base arrière de leur transhumance vers l’Angleterre. 

Les autorités belges leur mènent la vie dure, au motif qu’elles veulent éviter la formation d’une «jungle de Calais» au pied des tours du quartier Nord.

Ces dernières semaines, le soutien aux hébergeurs est allé crescendo dans la population. 

Dimanche dernier, 2.500 personnes ont formé une chaîne humaine entre le parc Maximilien et la gare du Nord pour protester contre la politique migratoire du gouvernement.

C’est dans cette atmosphère tendue que le projet de loi ficelé par le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration Theo Francken (N-VA) est arrivé mardi en commission ,Intérieur‘ de la Chambre. Il aurait pu être voté rapidement, majorité contre opposition. 

Mais cette fois le camp gouvernemental n’a pu faire l’économie du débat réclamé par ses adversaires. Rentré dans le rang après l’épisode chaotique des dossiers soudanais, le nationaliste flamand Theo Francken a mis une sourdine à ses propos.

Parmi d’autres, les organisations syndicales voient dans la future législation sur les visites domiciliaires une «atteinte à l'article 15 de la Constitution qui consacre l'inviolabilité du domicile». La riposte n’a pas tardé. 

Le président de la N-VA Bart De Wever estime que la gauche veut ouvrir les frontières de la Belgique aux migrants. Selon lui, cette posture mettra inévitablement laSécurité sociale en péril. L'action des associations et bourgmestres de gauche concourt à créer un second Calais, affirme encore le nationaliste flamand. 

Les «bien-pensants de gauche», scande-t-il, doivent choisir entre l’ouverture des frontières et la préservation du système social belge. La sécurité sociale, toujours elle, est au cœur des préoccupations de la N-VA alors que se profilent les élections communales d’octobre prochain. Un de ses députés a ainsi recommandé dernièrement de ne plus rembourser les prothèses de hanche aux personnes très âgées et aux déments. Pour les socialistes, c’est le signe que les nationalistes flamands cherchent des boucs émissaires – les fragiles, les pauvres, les migrants – à offrir à leur électorat.

Un «nationalisme civique»

La sortie de Bart De Wever a de nouveau relancé dans la presse le débat sur la nature profonde de la N-VA. En un mot, la plus importante formation politique belge est-elle d’extrême droite?

Pour le journaliste et historien flamand Marc Reynebeau, il s’agit plutôt d’un parti qui pratique un «nationalisme civique» mâtiné d’ethnicisme: «L’idée est que ceux qui appartiennent à une autre culture ou une autre religion ont du mal à en faire partie», analyse-t-il. 

Néolibérale, dotée d’une vision sociale restrictive, la N-VA a choisi de désigner les migrants comme cibles de sa campagne électorale. Une dialectique qui, dans la réalité, ne doit pas faire oublier que la politique migratoire menée par le gouvernement belge du libéral Charles Michel n’est pas très différente de celle de ses partenaires européens.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet