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«Nous ne ferons plus de nouvelles affaires en Russie»
International 8 min. 13.04.2022 Cet article est archivé
Guerre en Ukraine

«Nous ne ferons plus de nouvelles affaires en Russie»

La guerre a un impact direct sur les entreprises actives en Russie et en Ukraine. Mais indirectement, elle touche l'ensemble de l'économie avec des coûts de fret élevés et des problèmes de chaîne d'approvisionnement.
Guerre en Ukraine

«Nous ne ferons plus de nouvelles affaires en Russie»

La guerre a un impact direct sur les entreprises actives en Russie et en Ukraine. Mais indirectement, elle touche l'ensemble de l'économie avec des coûts de fret élevés et des problèmes de chaîne d'approvisionnement.
Photo: Gerry Huberty
International 8 min. 13.04.2022 Cet article est archivé
Guerre en Ukraine

«Nous ne ferons plus de nouvelles affaires en Russie»

Certaines entreprises luxembourgeoises ont réduit leurs activités dans le pays de Vladimir Poutine, d'autres y ont mis fin. Pendant ce temps, ArcelorMittal remet en service le haut fourneau de son usine ukrainienne.

(m. m. avec Marco MENG) - L'attaque russe contre l'Ukraine pèse sur les relations économiques entre la Russie et l'Europe. En ce qui concerne le Luxembourg, la Russie est son 10e partenaire commercial en dehors de l'UE en termes d'exportations et son 12e en termes d'importations. 


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De nombreuses activités commerciales sont actuellement impossibles en raison des sanctions. Plusieurs banques russes sont sur la liste des embargos, le secteur aéronautique russe ne peut pas recevoir non plus de composants en provenance d'Europe. Les sanctions visent à faire pression sur le régime pour qu'il mette fin à la guerre en Ukraine.

Une soixantaine d'entreprises actives en Russie

Sur la soixantaine d'entreprises luxembourgeoises actives en Russie avant la guerre, certaines y ont soit considérablement réduit leurs activités, soit les ont totalement cessées, comme l'entreprise de dragage de navires Jan de Nul ou le constructeur d'installations Paul Wurth. Certains jusqu'à nouvel ordre, d'autres définitivement. «Nous étions présents dans la région en raison de projets et d'activités menés avant la guerre, notamment en Russie», explique le constructeur d'installations Paul Wurth. 

«Cependant, conformément à la politique de notre société mère, nous ne ferons pas de nouvelles affaires en Russie, nous n'y enverrons pas d'équipements et nous n'effectuerons que des travaux de maintenance critiques pour la sécurité en collaboration avec les clients», précise l'industriel.

Arendt & Medernach ferme son cabinet

Le cabinet Arendt & Medernach, cabinet d'avocats d'affaires leader au Luxembourg, avait ouvert un bureau à Moscou en 2012. Le 28 février de cette année, quatre jours après l'invasion de l'Ukraine par les troupes russes, le cabinet a annoncé qu'il se retirait de Russie après dix ans d'activité et qu'il fermait «immédiatement et définitivement» son bureau de Moscou. 

Entre-temps, même de grands groupes internationaux ont fait ce pas, tandis que d'autres comme Auchan, Decathlon, Metro ou Ritter Sport ont déclaré vouloir maintenir leurs activités en Russie, Ritter Sport faisant savoir qu'il «condamne fermement l'agression cruelle de l'armée russe en Ukraine» et qu'il fera don des recettes de ses activités en Russie à des organisations humanitaires. 

«Afin de garantir les emplois et les moyens de subsistance de nombreuses familles de cultivateurs de cacao, nous continuons à fournir du chocolat à la population russe, mais nous avons déjà stoppé tous nos investissements en Russie ainsi que notre publicité depuis plusieurs semaines», peut-on lire dans un communiqué.

Les 60 magasins de Decathlon en Russie ont entre-temps fermé en raison de problèmes d'approvisionnement, de sorte que le distributeur d'articles de sport se retire également du marché russe. 

Accumalux annule un voyage d'affaires 

Pour le groupe luxembourgeois Accumalux à Kockelscheuer, qui a construit en 2014 une usine à Toljatti en Russie, à environ 900 kilomètres à l'est de Moscou, le monde n'est plus le même non plus depuis le 24 février. À Toljatti, de nombreux constructeurs automobiles occidentaux ont des usines destinées au marché des anciennes républiques soviétiques. 


(FILES) This file photo taken on April 22, 2015 shows an employee turning a valve of a gas installation during a training exercise for handling emergencies at a gas-pumping station on the gas pipeline in the small town Boyarka in the Kiev region. - Ukrainian President Volodymyr Zelensky on October 22, 2021 accused Russia of orchestrating the gas crisis in Europe, calling on the EU to coordinate its response with Ukraine, according to written comments to AFP. (Photo by Genya SAVILOV / AFP)
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Accumalux, qui emploie environ 80 personnes, fabrique sur place des pièces en plastique pour les batteries de voitures, notamment pour Renault. Le constructeur automobile français a annoncé un mois après le début de la guerre qu'il se retirait de Russie. Cela n'est pas sans répercussion chez Accumalux. «En fait, la situation n'est pas gérable et encore moins planifiable à long terme», déclare le patron d'Accumalux, Venant Krier.

«Mais comme l'usine russe n'approvisionne que le marché local et achète la plupart de ses matières premières localement, elle est moins touchée par les sanctions.» Une grande partie de la production est également destinée aux batteries utilisées dans les voitures particulières existantes. Il y a cependant moins de commandes pour les équipements d'origine. «Les personnes qui perdent leur emploi devront sans doute aussi renoncer au luxe de conduire une voiture», poursuit Venant Krier. L'usine essaie de joindre les deux bouts, sans licencier, «car cela signifierait immédiatement une catastrophe pour les employés», justifie le patron d'Accumalux. 

DHL a suspendu ses services

Il est difficile de prédire la suite des événements. Les voyages d'affaires prévus en Russie ont en tout cas été annulés au vu de la situation. DHL, qui emploie 110 personnes à Contern, est l'un des plus grands groupes de logistique au monde. Début mars, l'entreprise a annoncé qu'elle avait suspendu tous ses services en Russie. 

Le logisticien Kühne und Nagel, qui emploie environ 700 personnes également à Contern, a suspendu jusqu'à nouvel ordre toutes les expéditions à destination et en provenance de la Fédération de Russie, «à l'exception des livraisons pharmaceutiques, sanitaires et humanitaires.» 

Dachser, qui emploie une cinquantaine de personnes à Grevenmacher, a suspendu dès le jour du début de la guerre tous les transports en provenance et à destination de l'Ukraine, afin de protéger les chauffeurs qui voyagent pour Dachser et pour des raisons de responsabilité. Toutes les liaisons de transport terrestre, aérien et maritime vers et depuis la Russie et la Biélorussie ont également été suspendues. Il en va de même pour les trains et les camions à destination de l'Asie qui traversent ces deux pays.

Des conséquences indirectes considérables

«Les conséquences directes sur notre réseau sont relativement gérables, car notre volume d'activité dans les pays cités est relativement faible», fait savoir l'entreprise. En Russie, Dachser est représenté depuis 2008 par une joint-venture - avec 180 collaboratrices et collaborateurs sur sept sites. 

En 2021, Dachser Russie a réalisé environ 26 millions d'euros - moins de 0,5 % du chiffre d'affaires total. En Ukraine, Dachser travaille avec une entreprise partenaire. La joint-venture russe reste pour l'instant active sur le marché intérieur et dessert principalement des entreprises internationales non russes qui ont des usines en Russie ou qui ont entreposé chez Dachser des stocks destinés au marché russe. 

«Les conséquences indirectes de la guerre en Ukraine seront considérables», explique l'entreprise de transport, même si elles ne sont pas encore prévisibles à 100 %. «Il y a l'augmentation des coûts de l'énergie et du carburant, mais une aggravation de la pénurie de chauffeurs, notamment pour nos sites d'Europe de l'Est et d'Europe centrale, peut aussi être une autre conséquence du conflit, dit Esther Altenhofen, de Dachser Luxembourg Sàrl.

 Charge pour le transport de fret aérien 

Les activités en Russie sont aussi rendues plus difficiles par le fait que de nombreuses banques et assurances internationales se sont entre-temps retirées du pays. La guerre a également un impact indirect sur l'économie et sur les entreprises qui ne sont pas ou peu actives en Russie ou en Ukraine. Les avions de transport comme ceux de Cargolux ne peuvent plus utiliser l'espace aérien russe. Et les avions à destination ou en provenance de la Chine doivent désormais contourner la Russie par le sud.


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«La fermeture de l'espace aérien russe aux compagnies aériennes de l'UE a un impact considérable sur les vols de Cargolux non seulement vers/depuis la Chine, mais aussi vers de nombreux autres points en Asie, ce qui entraîne des durées de vol plus longues et des escales supplémentaires», explique la porte-parole de la société Moa Sigurdardottir. 

Selon les experts du marché, la capacité de fret entre l'Europe et l'Asie du Nord-Est a dans la foulée diminué de 20% après la fermeture de l'espace aérien russe. A cela s'ajoute le lockdown à Shanghai, qui a entraîné l'annulation des vols à destination de Shanghai Pudong International - ce qui provoque de nouvelles interruptions dans les chaînes d'approvisionnement et se répercute sur les prix du fret et donc, en fin de compte, sur le prix de toutes les marchandises transportées. 

Début mars, Cargolux avait fait don de 3,5 millions d'euros à des organisations humanitaires pour venir en aide aux réfugiés ukrainiens en Ukraine et dans les pays voisins. 

ArcelorMittal redémarre son haut fourneau 

L'opérateur de satellites SES, basé à Betzdorf, affirme quant à lui n'avoir que peu d'activités commerciales en Russie, mais disposer d'un bureau de six personnes et d'une station d'antennes en Ukraine. «Même si notre bureau sur place est fermé jusqu'à nouvel ordre, nous savons combien il est important que les gens en Ukraine aient accès à l'information. C'est pourquoi nous assurons la continuité de nos opérations et la diffusion de contenus importants en Ukraine, même face aux attaques ciblées contre les médias et les radiodiffuseurs ukrainiens», a déclaré la porte-parole de l'entreprise Irina Douziech. 

Entre-temps, ArcelorMittal a partiellement repris la production d'acier à l'usine de Kryvyi Rih, après une interruption temporaire. Un haut fourneau a été mis en service lundi pour produire de petites quantités de fonte. «Cette décision répond à la demande du gouvernement ukrainien d'envisager la reprise de la production dans le cadre des efforts de reconstruction de l'économie ukrainienne», a déclaré un porte-parole du groupe. Il a ajouté que l'extraction de minerai de fer à ciel ouvert se poursuivait et que l'exploitation souterraine devrait également reprendre prochainement.

Suite à l'invasion, la Banque mondiale estime que la performance économique de l'Ukraine sera réduite de près de moitié cette année. En Russie, l'économie se contractera de 11,2% cette année. La demande intérieure diminuera en raison de la perte d'emplois, de la baisse des revenus, de l'augmentation de la pauvreté, de l'inflation et des perturbations des chaînes d'approvisionnement, selon la Banque mondiale. 

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