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Molenbeek soigne son image
International 4 min. 22.03.2018 Cet article est archivé

Molenbeek soigne son image

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Molenbeek soigne son image

Deux ans après les attentats de Maelbeek et de Brussels Airport, la commune de Molenbeek tente de réparer sa calamiteuse image et se cherche un avenir.

Par Max Helleff 

Le 24 février dernier, le frère de Salah Abdeslam, Mohammed, a été arrêté pour le vol d'environ 70.000 euros transportés par des fonctionnaires molenbeekois. Tout le monde s'est dit: encore un Abdeslam, encore Molenbeek. Puis le 5 mars, huit personnes ont été interpellées dans le cadre d’une opération antiterroriste à la rue des Quatre-Vents. De nouveau, tout le monde s'est dit: encore des terroristes, encore Molenbeek.

Pourtant, les huit suspects ont été relâchés le lendemain, faute de preuve. Quant à Mohammed Abdeslam, s'il a eu plusieurs fois affaire à la justice pour des faits de droit commun, il n'a jamais eu à répondre d'actes liés au terrorisme.

Mais c'est ainsi: Molenbeek-Saint-Jean peine à se débarrasser de sa mauvaise réputation. C'était déjà le cas bien avant les attentats parisiens et bruxellois, lorsque le bourgmestre socialiste Philippe Moureaux était accusé de laisser les «zones de non-droit» se multiplier au nom de la coexistence pacifique avec l'immigration marocaine. Le 22 mars 2016 a achevé de consacrer Molenbeek comme un lieu maudit, la matrice d'un terrorisme sanglant qui rendrait à la Belgique laxiste la monnaie de sa pièce. C'est là qu'ont grandi la plupart des terroristes des attentats parisiens et bruxellois.

Logiquement, les caméras de télévision se sont à nouveau précipitées sur la place communale de Molenbeek lorsqu'a commencé le procès de la rue du Dries, en février dernier. Le 15 mars 2016, une fusillade avait permis à Salah Abdeslam et à Sofien Ayari de s'échapper de l'appartement de Forest où les avait amenés leur longue cavale. Trois jours plus tard, ils avaient fini par être arrêtés à la rue des Quatre-Vents, à… Molenbeek. Devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, c'est un peu la commune bruxelloise que l'on a jugée une fois encore.

Redorer l'image des quartiers

Aujourd'hui, pour échapper à cette piètre renommée, Molenbeek et ses 96.000 habitants tentent de se reconstruire. Plusieurs associations ont multiplié les projets pour redorer l'image des quartiers. L'une prône par exemple le vivre-ensemble. L'autre organise des visites guidées centrées autour du patrimoine immatériel et culturel de Bruxelles. Une troisième a fait de «Molenbeek» sa «marque de fabrique» pour vendre des spectacles. Car Molenbeek intrigue: on vient d'un peu partout pour se rendre compte de la réalité du terrain et se faire soi-même une opinion, parfois à rebrousse-poil de l'image désastreuse véhiculée par certains médias.

Contrairement à une idée largement répandue, Molenbeek n'a rien d'un trou à rats. Au-delà des quartiers pauvres qui entourent la place communale s'ouvrent les rues qui s'élancent vers le Château du Karreveld et le Daring Molenbeek Hockey Club. Des quartiers bourgeois y ronronnent paisiblement. Quant au vent de la gentrification, il souffle le long du canal. Molenbeek est en effet devenu tendance pour une jeunesse bien souvent flamande qui transforme des anciens bâtiments industriels en lofts trendy.

Cette «boboïsation» ne serait toutefois qu’un cache-misère, à entendre certaines remarques. Molenbeek, c'est de fait 30 % de jeunes au chômage, un condensé des problèmes typiques de l'immigration et beaucoup de pauvreté: un adulte sur dix survit grâce au revenu d'intégration sociale.

Cette diversité des situations n'est bien sûr pas étonnante. Elle est aujourd'hui le propre de bien des villes. Mais à Molenbeek, elle s'accompagne d’une mentalité fatalement particulière. Des sociologues expliquent qu'on trouve dans ses quartiers une cohésion nouvelle engendrée par la nécessité de résister aux accusations qui font l'amalgame entre islam, immigration et insécurité.

Résultat: les jeunes d'ici, estime un historien du cru, se sentent bien souvent Molenbeekois avant de se sentir Bruxellois ou Belges. Les mêmes jeunes se seraient débarrassés du carcan religieux imposé par les familles et parfois par les prêcheurs de rue. Les événements interreligieux se sont multipliés dans la commune qui veut s'ouvrir…

On connaît le mal numéro un

«Aujourd'hui, une part de l'avenir de Molenbeek semble se jouer autour de la question de ses rapports avec l'extérieur, écrivait récemment ,Le Soir‘. Si la commune est loin d'être un ghetto de fait, nombre s'accordent à dire qu'une partie de ses habitants reste encore prisonnière des frontières d'un ,ghetto mental‘, qu’il s'agit maintenant de dissoudre».

Comment en sortir? D'abord en faisant le ménage? Molenbeek vit aujourd'hui sous la loupe des autorités. Après les attentats, le ministre de l'Intérieur Jan Jambon avait exprimé l'intention de «nettoyer». Deux ans plus tard, après maintes interpellations et un travail de cadastre, trois écoles et deux mosquées ont été condamnées à la fermeture. 

Le radicalisme religieux est dans certains cas pointé du doigt. La commune a été sécurisée grâce à une foule de caméras de surveillance et une cinquantaine de policiers supplémentaires. Leur job consiste notamment à faire face au mal numéro un de Molenbeek: la drogue, avec son cortège de trafics et de comportements déviants. 


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