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Moderniser l'Etat belge, oui, mais à reculons
International 3 min. 30.12.2019 Cet article est archivé

Moderniser l'Etat belge, oui, mais à reculons

Le socialiste Paul Magnette prêt à une réforme de l'Etat, mais pas francophones contre Flamands.

Moderniser l'Etat belge, oui, mais à reculons

Le socialiste Paul Magnette prêt à une réforme de l'Etat, mais pas francophones contre Flamands.
Photo : AFP
International 3 min. 30.12.2019 Cet article est archivé

Moderniser l'Etat belge, oui, mais à reculons

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Les partis francophones tendent une perche à la Flandre en lui proposant de rendre l’Etat belge plus efficace. Le tout en remettant en question la régionalisation.

De notre correspondant, Max HELLEFF (Bruxelles) - Les présidents des cinq principaux partis politiques francophones belges affirment être en faveur d’une nouvelle réforme de l’Etat. Ils ont profité d’une interview commune, ce lundi dans les colonnes du Soir, pour avancer un pion sur l’échiquier des négociations devant mener à la formation du prochain gouvernement fédéral.

Ainsi le socialiste Paul Magnette accepte-t-il le principe d’une réforme de l'Etat en 2024 : «Elle ne doit pas seulement porter sur la répartition des compétences, précise-t-il. Mais aussi sur l'amélioration du fonctionnement de l'Etat fédéral. Et de la démocratie».


Chairman of the Belgian French-speaking right wing political party Reformist Movement (Mouvement Reformateur - MR) Georges-Louis Bouchez (R) and chairman of the Belgian Flemish-speaking right wing party Christian Democratic and Flemish (Christen-Democratisch en Vlaams - CD&V) Joachim Coens (L) arrive for a meeting with the King at the Royal Palace in Brussels, Friday 20 December 2019. - Georges-Louis Bouchez and Joachim Coens are both the King "informers". They negociate and lead the talks to form a new Belgian Federal Government, and inform the Belgium's King on their progress for a possible coalitions following May 26, 2019 Federal elections. (Photo by DIRK WAEM / BELGA / AFP) / Belgium OUT
De nouvelles pistes pour sortir le pays de la crise
Joachim Coens et Georges-Louis Bouchez, les deux informateurs, ont été prolongés dans leur mission par le roi des Belges. Ils veulent explorer de nouvelles pistes. L’idée de former un «gouvernement de crise» revient par ailleurs à la surface.

Quant au libéral Georges-Louis Bouchez, il veut «une modernisation de l'Etat». Mais  réformer l'Etat ou le moderniser, cela ne veut pas dire qu'on va régionaliser encore plus. «Les régionalisations ont apporté assez peu de choses en matière d'efficacité pour les citoyens», estime-t-il.

Cette précision est importante. Car si les partis francophones tendent la main à la Flandre en acceptant cette fois d'emblée de s'engager sur le terrain institutionnel, ils ne sont pas pour autant en faveur de la septième réforme de l’Etat que réclame toute une partie du monde politique flamand, N-VA en tête. 

Dans Newsweek Belgique, la semaine dernière, Bart De Wever déclarait ainsi: «On voit bien que le pays est prêt pour le basculement vers le confédéralisme. Les dirigeants des autres partis, peut-être pas tous, mais ceux dotés d’expérience et d’intelligence, en sont convaincus».

En réalité, ce que proposent les francophones, c’est de réformer l’Etat quitte à «refédéraliser» certaines matières. Autrement dit, de recentraliser une série de décisions dépendant pour l’instant des Régions et Communautés  - soit le contraire du confédéralisme.

Le chapitre Santé est le plus fréquemment cité. Pour parvenir à certains compromis en la matière, il faut mettre aujourd’hui autour de la table de négociations la bagatelle d’une dizaine de responsables, soit les ministres compétents issus du fédéral et des Régions, mais aussi les représentants d’exécutifs plus «spécialisés». Avec pour conséquence que certains dossiers n’en finissent plus de traîner.

«La question qu'il faut se poser aujourd'hui, c'est celle de l'efficacité», juge également la coprésidente d’Ecolo Rajae Maouane, selon laquelle une «réforme du fonctionnement démocratique s'impose» en 2024.  «Mais je ne sais pas si cela doit être un truc de francophones, interroge Paul Magnette. Cette idée qu’il faudrait un bloc des francophones contre un bloc des Flamands ne fait qu’entretenir la vision flamande. Le drame de ce pays…»


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Un cliché montrant le leader de l'extrême droite flamande aux côtés du président du parti communiste fait scandale. Ou quand un coup de com' devient embarrassant pour les «cocos» belges.

Cet avis est aussi celui du nouveau leader des libéraux-sociaux de Défi, le philosophe François Desmet, qui refuse l’idée d’une nouvelle réforme de l’Etat fondée sur une base «identitaire». Quant au président du Centre démocrate humaniste Maxime Prévot, il veut «rendre l'Etat efficace pour le préserver».

Mais «qu’on se le dise clairement, la Belgique ne disparaîtra pas», s'enthousiasme le libéral Bouchez en pariant sur les difficultés inextricables que poserait un divorce belge et  sur «la pression des autres pays européens».

Au bout du compte, imprécations et appels du pied accréditent l’idée que l’Etat belge en panne d’efficacité doit à nouveau être modernisé. Mais la voie qu’indiquent les francophones reste à mille lieues de celle que préconisent la N-VA et le Vlaams Belang (extrême droite), les deux principaux partis de Flandre. 


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