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Michel Rocard défend Juncker et descend Cameron
International 3 min. 05.06.2014 Cet article est archivé
Demandant aux Britanniques de quitter l'Europe

Michel Rocard défend Juncker et descend Cameron

M. Rocard et V. Reding à une conférence internationale en mai 2012
Demandant aux Britanniques de quitter l'Europe

Michel Rocard défend Juncker et descend Cameron

M. Rocard et V. Reding à une conférence internationale en mai 2012
Photo: Gerry Huberty
International 3 min. 05.06.2014 Cet article est archivé
Demandant aux Britanniques de quitter l'Europe

Michel Rocard défend Juncker et descend Cameron

Si le président français, François Hollande, ne sort guère de sa réserve, l'ancien Premier ministre Michel Rocard prend fait et cause pour Jean-Claude Juncker, seul légitime successeur de M. Barroso à ses yeux, et accuse nos « amis anglais » de briser tout élan démocratique européen.

Si le président français, François Hollande, ne sort guère de sa réserve, l'ancien Premier ministre Michel Rocard prend fait et cause pour Jean-Claude Juncker, seul légitime successeur de M. Barroso à ses yeux, et accuse nos « amis anglais » de briser tout élan démocratique européen.

La tribune que s'est offerte l'ancien Premier ministre français dans les colonnes du Monde daté du 5 juin est sans appel. Accusant les Anglais de ne pas aimer l'Europe, d'y être entrés « sur un malentendu » et de ne penser « qu'à y faire du commerce », il les considère comme principaux responsables d'une Europe « géant économique et nain politique ».

Michel Rocard en février 2011
Michel Rocard en février 2011
Photo: AFP

Estimant que « tant de paralysie provoque la colère », M. Rocard fustige Londres de faire « plus indigne encore » alors que sur le continent, l'assentiment se fait « vers la nomination de leaders puissants et à fort caractère » :

« Ni le Belge Jean-Luc Dehaene ni le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker ne risquaient de vous encombrer par le poids excessif de leur pays d’origine supposé les soutenir dans le processus décisionnel européen. Il a suffi qu’ils soient fédéralistes, qu’ils aient le caractère fort, la parole ferme et ne se laissent pas impressionner. Deux veto personnels en dix ans. Il fallait oser. Vous avez osé. »

Légitimité démocratique

Confiant avoir voté pour Martin Schulz, il considère nonobstant que les urnes ont parlé : « Même relative, il y a une majorité. Son chef est Jean-Claude Juncker, un fédéraliste courageux et tenace. La démocratie exige qu'il devienne président de la Commission européenne. Voilà que vous voulez l'empêcher. Vous tentez de casser là l'émergence enfin d'un processus démocratique en Europe », écrit-il, ajoutant : « Sans démocratie interne, l'Europe est indigne, elle est en train d'en mourir. Et vous nous y renvoyez. Vous nous méprisez à ce point. »

Même relative, il y a une majorité. Son chef est Jean-Claude Juncker, un fédéraliste courageux et tenace

M. Rocard conclut en demandant à ses « amis » de partir « avant d'avoir tout cassé » au lieu de « faire semblant de vouloir s'en aller ».

Mais dans sa croisade anti-Juncker, David Cameron n'est pas totalement isolé. Ainsi, tout en soutenant officiellement l'ancien Premier ministre luxembourgeois, une première fois vendredi 30 mai et à nouveau mercredi 4 juin, la chancelière allemande, Angela Merkel, a aussi déclaré à cette occasion qu'elle considérait la « nonchalance avec laquelle certains disent qu'il importe peu que la Grande-Bretagne approuve ou n'approuve pas » M. Juncker comme « grossièrement irresponsable et en fait inacceptable ».

Les dirigeants européens doivent proposer un nom à l'occasion de leur prochain sommet les 26 et 27 juin à Bruxelles. Le Parlement européen se prononcera sur cette proposition lors d'une session plénière à Strasbourg à la mi-juillet. A lire ses tweets transmis depuis le 25 mai, M. Juncker montre qu'il ne doute pas une seule seconde de l'issue du vote.

Dominique Nauroy


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Dimanche 25 mai, 23h30 : « Je suis pleinement habilité à devenir président de la Commission », triomphe Jean-Claude Juncker. Mais la semaine qui suit a montré Mme Merkel hésitante, M. Cameron menaçant et d'autres dirigeants réservés. Le suspense entretenu par les capitales européennes pourrait se faire au détriment de l'une des promesses de la dernière campagne : « Cette fois-ci, c'est différent »
Jean-Claude Juncker à Bruxelles, mardi 27 mai