Metz-Luxembourg: ligne la plus chargée de France

La SNCF et les CFL bien embarrassés face aux usagers

Par Sophie Wiessler

L'embarras était au rendez-vous mardi soir pour la réunion COREST organisée par la région Grand Est. Ce rassemblement visait à confronter les usagers des trains du sillon lorrain et les différents représentants des services SNCF. Mais aussi les CFL, dont l'image laisse un peu à désirer auprès des frontaliers.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il  y a eu confrontation. Une vingtaine de représentants de la ligne Metz-Thionville-Luxembourg étaient présents dans la salle pour faire entendre leur mécontentement. «On ne s'attend pas à grand-chose en fait. Mais pour la première fois depuis des mois, nous avons l'impression d'être associés à un processus de prise de décision. A voir ce que cela va donner par la suite!», explique Henri Delescaut, président de l'association des Voyageurs du TER Metz-Luxembourg, présent sur place.

Une dizaine de représentants SNCF et CFL se tenait ainsi face à ce public, prêts à exposer les nombreuses améliorations mises en place pour le trafic ferroviaire lorrain. Mais dès les premières minutes, le ton est donné: «Nous avons un taux de régularité de 95% dans notre région». Hilarité dans la salle. L'expérience des usagers semble bien différente des chiffres annoncés.

«Vous n'êtes pas sur les quais avec nous»

«La ligne Metz-Luxembourg est la plus chargée de France, hors Ile-de-France. Nous faisons notre possible pour assurer un service optimal. Nous avons doublé le nombre de trains grâce au cadencement», assène la SNCF. Des données répétées depuis plusieurs mois et que connaissent par cœur les personnes dans la salle. En somme: rien de neuf sous le soleil, mais il faut bien se rassurer comme on peut.

Une lignée de représentants officiels ont tenté d'apaiser les usagers de la ligne Metz-Luxembourg.
Une lignée de représentants officiels ont tenté d'apaiser les usagers de la ligne Metz-Luxembourg.
Photo: Sophie Wiessler

Les premiers chiffres évoqués se veulent rassurants: 94% de trains à l'heure, plus de 1.500 places ajoutées sur cette ligne pour une journée, 56% de trains supplémentaires... Mais très vite, les visages des représentants SNCF se décomposent face à la colère des usagers. Le temps des questions, prévu à la fin de la séance, se déroule finalement plus tôt que prévu, tant la tension est palpable.

«Venez prendre le train avec nous, vous verrez ! On ressemble à du bétail enfermé, venez donc prendre le 18:13 un vendredi soir à Luxembourg! On ne peut même plus monter dans le train», martèle une usagère, habitant Hagondange. 

«Les choses sont perfectibles c'est vrai...» tente de glisser un représentant SNCF, très vite coupé par un «vous n'êtes pas sur les quais avec nous, vous ne savez pas comment cela se passe».

Un manque cruel de communication

Le premier point mis en avant par les usagers sera le manque de communication de la part de la SNCF et des CFL. Si vous êtes un habitué de la ligne, vous comprendrez très vite de quoi nous parlons. Pour les autres, imaginez-vous dans un train bloqué depuis 10 minutes, sans même savoir ce qu'il se passe et sans aucun mot du contrôleur à bord.

«Vous savez, ça prend deux minutes d'ouvrir un compte Twitter et de communiquer avec vos usagers! Il suffit de créer un post de community manager qui saura répondre aux questions des personnes à quai ou dans le train», ironise le président de l'association des Voyageurs Metz-Luxembourg.

Réponse: «nous prenons en compte votre remarque». Une phrase maintes fois répétée mardi soir pour tenter de calmer les esprits.

Le Luxembourg réclame encore et toujours de la «patience»

Le gros problème de cette ligne réside en son partage avec le Luxembourg. Nous entendons bien souvent la SNCF et les CFL se renvoyer la balle en cas de problème: l'exemple du poste de Bettembourg inondé en même temps que les cheminots faisaient grève en juin est éloquent. 

Pourtant mardi soir, Emmanuel Scarpone, représentant des CFL pour l'occasion a tenté de calmer le jeu. Il a ainsi avoué volontiers que les CFL avaient deux problèmes majeurs qu'ils tenteront de résoudre dans les mois et années à venir. «La ponctualité et les informations données aux voyageurs laissent à désirer c'est vrai».

En effet, loin des 94% de ponctualité évoqués plus haut dans cet article, les vrais chiffres SNCF/CFL pointent davantage à un taux de 79% de régularité à Luxembourg le matin pour 84% le soir. Et près de 233 trains supprimés sur les six premiers mois de l'année 2016.

«On sait qu'on n'est pas bons mais on va essayer de communiquer davantage. Je sais que vous en avez assez d'entendre ça, mais le Luxembourg a de nombreux projets pour vous, il faut juste être patient», souligne Emmanuel Scarpone.

Il explique ainsi que pour les années à venir, deux autres objectifs sont à l'ordre du jour: augmenter l'infrastructure, notamment grâce aux nouveaux quais, à la gare Howald, Pfaffenthal, le tram... mais aussi proposer une nouvelle conception d'horaires. «Doit-on revoir notre cadencement? Faut-il supprimer des trains? Nous étudions tout cela»

«Ce qu'il faut comprendre, c'est que la gare de Luxembourg fonctionne comme un métro. Tout passe par là, tous les trains du pays. Et depuis 10 ans, on note une augmentation de fréquentation de près de 5% chaque année. Il faut pouvoir canaliser tout cela».

Le Luxembourg envisage également de mettre un place un nouveau système de télé-affichage en temps réel avec les arrêts précis effectués par chaque train, mais aussi leur disposition précise avec notamment les zones pour les vélos. «Nous voulons vraiment communiquer davantage avec les usagers» martèle Emmanuel Scarpone.

Des usagers sceptiques face aux promesses du Grand-Duché

Dans la salle, le doute plane. Une question, récurrente sur les réseaux sociaux, est alors posée au représentant des CFL. «On voit souvent des trains CFL doubler les trains frontaliers le matin pour accéder à la gare. C'est normal ou bien vous privilégiez les Luxembourgeois aux Français?» Rires dans la salle, sourire de la part d'Emmanuel Scarpone.

«Aucun train n'est privilégié. Simplement, quand un train est en retard, il reste en retard. Si un train venant d'Esch/Alzette par exemple est à l'heure, forcément le train en retard le laisse passer».

Quid des nouveaux projets mis en place au Luxembourg pour l'an prochain et jusqu'en 2022? Là encore, des usagers perplexes face aux explications de l'agent des CFL qui explique point par point les innovations à venir. «C'est bien beau vos nouvelles gares et votre tram mais au final, quel gain de temps ça va nous faire tout ça? Parce qu'il faut changer de moyens de transport à chaque fois...» Silence et sourire gêné des CFL: c'est sûr, il y a encore du boulot.

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