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Macron se donne trois mois pour «répondre concrètement» aux gilets jaunes
International 7 min. 27.11.2018

Macron se donne trois mois pour «répondre concrètement» aux gilets jaunes

Macron se donne trois mois pour «répondre concrètement» aux gilets jaunes

AFP
International 7 min. 27.11.2018

Macron se donne trois mois pour «répondre concrètement» aux gilets jaunes

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Emmanuel Macron a annoncé mardi une «grande concertation de terrain sur la transition écologique et sociale», qui doit permettre «dans les trois mois qui viennent» de répondre à la colère des «gilets jaunes» en élaborant des «solutions», des «méthodes d'accompagnement».

C'était un discours attendu par une partie de la population française qui crie sa colère depuis plusieurs semaines: mardi matin, Emmanuel Macron s'est adressé à son gouvernement, aux élus locaux mais aussi aux Français en présentant son programme pluriannuel de l'énergie.


Manifestation des gilets jaunes sur les Champs-Elysées à Paris ce samedi.
Canons à eau et lacrymogènes à Paris pour les "gilets jaunes"
Les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes et utilisé un camion lanceur d'eau pour éloigner des «gilets jaunes» qui tentaient de forcer un barrage installé au rond-point des Champs-Elysées à Paris, a constaté une journaliste de l'AFP.

D'emblée, le président français a évoqué les nombreuses manifestations qui ont eu lieu un peu partout en France, tout en précisant «ne pas confondre les casseurs et les concitoyens qui expriment leur colère».

Samedi 24 novembre, les Champs-Elysées ont en effet été le théâtre de confrontations entre casseurs et forces de l'ordre tout au long de la journée. «Je ne céderai rien à ceux qui veulent la destruction et le désordre, car la République, c'est à la fois l'ordre public et la libre expression des opinions», a-t-il insisté.

Un cap clair et aucun renoncement

Si Emmanuel Macron assure «entendre la grogne et la colère» des Français, le cap du gouvernement pour la transition énergétique restera inchangé; une position déjà évoquée par son Premier ministre, Edouard Philippe, la semaine passée au 20h de France 2.

«Nous devons entendre les protestations d'alarme sociale» mais «sans renoncer à nos responsabilités» car «il y a aussi une alarme environnementale», a estimé Emmanuel Macron. 

A propos de la transition énergétique, il a estimé qu'elle ne doit pas se faire à «n'importe quel prix». «Je refuse que s'installe une France à deux vitesses», a-t-il souligné à cet égard. Car, a-t-il jugé, «ceux qui disent que ce sont, au fond, toujours les mêmes qui font les efforts», «ont raison».

Évoquant le discours, «depuis des années», consistant par exemple à dire «vous n'avez pas les moyens de vous loger dans les grandes villes, c'est pas grave, allez vous installer dans une ville périphérique», il a considéré que «nombre de nos concitoyens sont aujourd'hui (...) les premières victimes» de cette politique.

«On leur présente aujourd'hui la facture de quarante ans de petites décisions d'ajustement», a-t-il déploré, tout en estimant que «nous avons tous notre part de responsabilité sur ce sujet».

Au-delà, les Français dénoncent aujourd'hui «à juste titre» des «inégalités sociales et territoriales» bien souvent «doublées d'inégalités environnementales».

Ainsi, «vouloir en quelque sorte traiter l'urgence sociale en renonçant à toute ambition environnementale et énergétique, c'est installer nos concitoyens les plus fragiles, nos travailleurs les plus modestes, dans la situation où collectivement progressivement, insensiblement, nous les avons plongés depuis des décennies», a-t-il poursuivi

Trois mois pour «changer de méthode»

Le président français a ainsi admis que la «méthode de travail» des politiques devait changer et ne correspondait plus à la vision des Français. «Il faut une déclinaison pragmatique qui soit accessible à tous. Nos réformes sont trop abstraites, pas assez proches du terrain».


Manifestation sur l'A6 à Villefranche-sur-Saône le 24 novembre
Gilets jaunes: une délégation officielle et des revendications
Une «délégation» de huit «communicants officiels» du mouvement des «gilets jaunes» a été créée pour «engager une prise de contact sérieuse et nécessaire avec les représentants de l'Etat et de son gouvernement», annonce un communiqué publié lundi.

Face à cela, le gouvernement se lance ainsi dans une «grande concertation de terrain sur la transition écologique et sociale», qui doit permettre «dans les trois mois qui viennent» de répondre à la colère des «gilets jaunes» en élaborant des «solutions», des «méthodes d'accompagnement».

«Combien ça va leur coûter? Où va leur argent? Ce sont des réponses simples que nous devons leur apporter. Nous sommes face à une société qui veut qu'on lui apporte des solutions mais pas qu'on lui impose des normes», a-t-il souligné.

Pour ce faire, Emmanuel Macron veut mobiliser les acteurs locaux et a également appelé les «représentants des gilets jaunes» à se manifester et à «proposer des solutions». «Il faut se retrousser les manches et surtout ne pas avoir de mépris: chaque citoyen est nécessaire».

Fin du monde ou fin du mois, «nous allons traiter les deux»

Fin du monde ou fin du mois, «nous allons traiter les deux»,  a assuré Emmanuel Macron, dans une référence à la nécessité de concilier les enjeux climatiques et sociaux évoqués par l'ex-ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot.

«Ce que je veux faire comprendre aux Français, notamment à tous ceux qui disent en quelque sorte "on entend le président de la République, on entend le gouvernement, ils évoquent la fin du monde et nous on parle de la fin du mois". C'est que nous allons traiter les deux, et que nous devons traiter les deux», a-t-il assuré en réponse au mouvement des «gilets jaunes».

Les mesures à venir

Plusieurs mesures ont également été mentionnées par le président, en plus de ces réponses face au mouvement des gilets jaunes. Nous en retiendrons quatre:

Concernant la fiscalité des carburants, elle sera adaptée aux fluctuations des prix afin d'en limiter l'impact pour les Français qui utilisent beaucoup leur voiture. «Je refuse que la transition écologique accentue les inégalités entre territoires et rende plus difficile encore la situation de nos concitoyens qui habitent en zone rurale ou en zone périurbaine», a déclaré le chef de l'État dans son discours à l'Élysée.

Le soutien au développement des énergies renouvelables va également passer de 5 milliards actuellement «à 7 à 8 milliards d'euros par an», a annoncé Emmanuel Macron, évoquant un triplement de l'éolien terrestre et une multiplication par cinq du photovoltaïque d'ici 2030. «Nous concentrons nos efforts sur le développement des énergies renouvelables les plus compétitives, et parce que nous veillons au pouvoir d'achat des Français, nous serons exigeants avec les professionnels sur la baisse des coûts».

La France ne va pas décider dans l'immédiat la construction de réacteurs nucléaires de nouvelle génération EPR supplémentaires, et attendra au moins 2021. «Je demande à EDF de travailler à l'élaboration d'un programme de "nouveau nucléaire" en prenant des engagements fermes sur le prix, pour qu'ils soient plus compétitifs. Tout doit être prêt en 2021 pour que le choix qui sera proposé aux Français puisse être un choix transparent et éclairés».

Concernant le nucléaire, l'exécutif veut fermer 14 des 58 réacteurs nucléaires français d'ici 2035 (contre 2025 il y a peu), dont 4 à 6 d'ici 2030 en plus des deux de la centrale de Fessenheim qui fermeront «à l'été 2020», a annoncé Emmanuel Macron. Durant la durée de la PPE, la future programmation énergétique qui s'arrête à 2028, le gouvernement prévoit deux fermetures supplémentaires de réacteurs, et deux autres sous conditions.

Pour le chef de l'Etat, «il est impossible de remplacer le nucléaire par les énergies renouvelables»: «nous diminuerons notre part de nucléaire mais nous ne renoncerons pas à tout», a-t-il insisté.

Un discours satisfaisant pour les Français?


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Le mouvement des «gilets jaunes», en France, s'est étendu jusqu'à l'île de La Réunion. Mais dans ce département d'outre-mer la grogne contre le prix des carburants a mis feu à une colère plus profonde. Une fois encore la France flambe en plein océan Indien.

Durant ce discours, de nombreuses personnes se sont exprimées en direct sur les réseaux sociaux. Si, bien évidemment, ces avis ne sont pas représentatifs de tous les Français, plusieurs personnes ont évoqué un président encore une fois «déconnecté», qui voit dans la transition écologique une «excuse pour augmenter les taxes».

Beaucoup ont également évoqué l'hypocrisie de l'exécutif notamment sur ce thème de la transition énergétique, puisque l'Assemblée a récemment refusé d'inscrire le glyphosate comme herbicide interdit par la loi. D'autres encore ont déploré l'absence total de mention dans son discours, de la situation tendue sur l'île de la Réunion.

Ce mardi après-midi, des représentants des gilets jaunes seront par ailleurs reçus par François de Rugy, ministre de la Transition écologique.

Reste à savoir si Emmanuel Macron a su apaiser la colère des gilets jaunes ou si le mouvement va poursuivre ses manifestations dans les prochains jours.

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