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Macron sans effet «waouh», ni «table renversée»
International 4 min. 26.04.2019 Cet article est archivé

Macron sans effet «waouh», ni «table renversée»

Emmanuel Macron durant sa conférence de presse suite au grand débat national, le 25 avril 2019

Macron sans effet «waouh», ni «table renversée»

Emmanuel Macron durant sa conférence de presse suite au grand débat national, le 25 avril 2019
Photo: AFP
International 4 min. 26.04.2019 Cet article est archivé

Macron sans effet «waouh», ni «table renversée»

La première conférence de presse du président de la République ce jeudi, à l'issue du grand débat national et en réponse à la crise des «gilets jaunes», n'a pas eu l'effet escompté par les équipes élyséennes, selon les médias nationaux et régionaux français de ce vendredi.

(AFP, Marc Auxenfants) - «Il est où le 'waouh'?» s'amuse Libération à la une quand en page intérieure le quotidien en mode décryptage juge que «plutôt qu'un grand tournant, le chef de l'État a choisi de garder le cap et d'accélérer». En fait de tournant, le directeur de la rédaction de Libé, Laurent Joffrin, voit plutôt un «virage en ligne droite». Loin du «ni droite ni gauche» de la présidentielle, on entre dans «une droite sociale» que l'éditorialiste dépeint telle «un Juppé sans calvitie ou un Raffarin maigre, au choix. Et sur le fond, une sorte de virage en ligne droite.» 

«A-t-il renversé la table?»  

Dans L'Est Eclair, Jean-François Laville s'interroge: Macron «a-t-il renversé la table?». Pour lui, «la réponse est claire: il n'a ni l'intention de se renier ni de mettre un terme aux réformes.» Nicolas Beytout de L'Opinion voit dans ses annonces un simple «tournant de la méthode» présidentielle. «Du grand débat, restent des conclusions souvent à l'inverse des souhaits du pays», s'insurge Patrick Apel-Muller de L'Humanité. «Emmanuel Macron l'a réduit à un tour de passe-passe pour escamoter les colères et les revendications qui secouent le pays», s'indigne l'éditorialiste du quotidien communiste. 

Dans le Figaro, Alexis Brézet liste ce qui était attendu du président, entre autres «parler à la gauche le langage de la justice et à la droite celui de l'autorité, distribuer du pouvoir d'achat sans trop creuser les déficits». «C'était en attendre beaucoup. Trop, évidemment...», tranche-t-il. 

«La méthode change, pas le cap», estime comme beaucoup François Ernenwein dans La Croix. L'éditorialiste du quotidien catholique ne croit pas que le «changement de tonalité dans la politique conduite par le gouvernement» puisse «garantir une réduction immédiate du malaise en France.» «Macron ne renie rien et entend accélérer», pense également Jean-Francis Pécresse de Les Echos. «Emmanuel Macron remet de l'humanité dans le libéralisme mais ne change pas d'orientation», admet-il. - «Je vous ai à moitié compris» - «On entend déjà les porte-paroles des Gilets jaunes crier que le compte n'y est pas», assure Hervé Favre de La Voix du Nord sous le titre «Le 'je vous ai à moitié compris' d'Emmanuel Macron». «On attendait du souffle, on a senti une simple brise», selon Bernard Stéphan de La Montagne, on est «loin de 'casser la baraque'» Pascal Salciarini de L'Est Républicain a écouté «la leçon du professeur Macron» qui «reproche aux Français de travailler beaucoup moins que leurs voisins. 

«Numéro de funambule»

Ce que démentent les statistiques européennes les plus fiables.» Rappelant que le président a juré jeudi qu'il se «fiche» de sa prochaine réélection, l'éditorialiste prévient: «attention à ce que les Français ne le prennent pas au mot...» Philippe Bour du Républicain Lorrain a assisté à «un numéro de funambule en costume présidentiel, au-dessus des ronds-points» où «son balancier a sans cesse oscillé entre le 'je vous ai compris' et le 'je reste droit dans mes bottes '.» «Emmanuel Macron s'est piégé tout seul,» souligne Emmanuel Delahaye dans L'Alsace trouvant que le grand débat «risque rétrospectivement d'apparaître comme une simple habileté, soldée par un inventaire de mesures, soit floues, soit symboliques, soit conformes à la ligne politique antérieure». 

Pascal Coquis (Dernières Nouvelles d'Alsace) n'a pas assisté à «un nouvel acte de notre République », mais «à une adaptation aux rigueurs du temps plutôt.» «Le grand oral paraît réussi pourtant et ce n'est pas le moindre des talents du prestidigitateur. On guette le lapin tiré du chapeau. Perdu, c'est un pigeon», ironise Denis Daumin dans La Nouvelle République du Centre-Ouest

«Le décalage est frappant entre le Président qui accuse réception de l'injustice et de la colère remontées du terrain et le même chef de l'État qui affirme, sans sourciller, que le cap de sa politique était le bon», constate dans Le Télégramme, Henry Lauret pour qui il «manque le souffle.» «Nous avons eu droit à la réaffirmation d'un projet muni de quelques correctifs», analyse Yves Harté de Sud-Ouest qui décrit Macron «tellement désireux de nous emporter avec lui dans son train d'enfer qu'il nous faisait penser ainsi au tenace mécano de la République, à défaut d'en être le conducteur.» «Le pays était prêt à tenter l'expérience. Mais le jeune Président n'a pas osé renverser la table», regrette de son côté Jean-Michel Servant du Midi Libre. «La réaction de la rue risque d'être cinglante. Premier test dès ce samedi,» conclut-il. 

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