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Cris d'orfraie : le service minimum de nos voisins
International 4 min. 10.11.2014 Cet article est archivé
LuxLeaks

Cris d'orfraie : le service minimum de nos voisins

Le ministre français des Finances, Michel Sapin, à son arrivée à la réunion de l'Eurogroupe, le 6 novembre, au lendemain des révélations «LuxLeaks»
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Cris d'orfraie : le service minimum de nos voisins

Le ministre français des Finances, Michel Sapin, à son arrivée à la réunion de l'Eurogroupe, le 6 novembre, au lendemain des révélations «LuxLeaks»
Photo: AFP
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Cris d'orfraie : le service minimum de nos voisins

Jeudi, les réactions ont alimenté les réseaux sociaux suite à l'affaire Luxembourg Leaks. Eu égard aux propos parfois virulents qui ont été véhiculés, le discours des représentants politiques a parfois donné l'impression du « service minimum ».

(DN) - Jeudi, les réactions ont alimenté les réseaux sociaux suite à l'affaire Luxembourg Leaks. Eu égard aux propos parfois virulents qui ont été véhiculés, le discours des représentants politiques a parfois donné l'impression du « service minimum ».

Légal peut-être, mais « pas acceptable » pour autant. Jeudi, le Premier ministre belge, Charles Michel, « condamnait » ainsi les pratiques fiscales « opaques » mises au jour suite à la publication de dizaines de 28.000 pages de documents de « tax ruling » élaborés par PwC. Mais au lendemain de son entrevue avec Xavier Bettel, M. Michel n'en a pas dit beaucoup plus. Mercredi 5 novembre à Luxembourg, le sujet n'avait pas été évoqué entre les deux hommes.

Côté français, c'est le ministre des Finances, Michel Sapin, qui s'est fendu d'une déclaration a minima vendredi, suite à la réunion de l'Eurogroupe : après avoir indiqué la veille que l'optimisation fiscale « n'est plus acceptable pour personne », ce dernier compte sur une modification de la directive « mère-fille », afin de « mettre des obstacles définitifs à des optimisations fiscales qui aboutissent à des situations anormales ». Mais, pour l'instant, les discussions se poursuivent.

Son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, a lui estimé que le Luxembourg avait encore « beaucoup à faire » pour améliorer ses pratiques fiscales.

Ces déclarations sont plutôt éloignées des termes employés par les médias, qu'il s'agisse de « scandale » ou d'« onde de choc » notamment. Et au-delà, pas de réaction de la part du Premier ministre britannique, David Cameron, ou de son homologue italien, Matteo Renzi. La semaine dernière avait pourtant vu les deux hommes s'empoigner avec le nouveau président de la Commission. L'information doit également intéresser M. Obama, dont l'administration s'était élevée contre la récente vague de déménagements à l’étranger, pour des raisons fiscales, de sièges sociaux des géants américains. Mais jusqu'ici pas de déclaration officielle, alors qu'en 2009 le président américain n'avait pas ménagé les îles Caïman, territoire d'outre-mer du Royaume-Uni, dont un immeuble de la capitale abrite quelque 18.000 sociétés : « C'est soit le plus grand immeuble du monde, soit la plus grande escroquerie fiscale du monde », s'était-il interrogé avec ironie.

Bien entendu, dans chacun de ces pays et au Parlement européen, certains députés ont eu des mots beaucoup plus directs à l'encontre du Luxembourg et de son ancien Premier ministre. Mais au niveau des gouvernements, ce relatif silence s'explique et le président du Parlement européen lâche le morceau : Martin Schulz considère « qu'il y a sur la table ce que tout le monde savait de ce qui se passait à Luxembourg ».

Mais surtout, l'OCDE indique, dans son document « Tax Administration 2013 », que la quasi totalité de ses membres pratiquent ce « tax ruling » dénoncé la semaine dernière. Peut-être pas à la même échelle, peut-être pas dans les mêmes proportions. Nonobstant, cette réalité permet au journaliste de Libération Jean Quatremer d'écrire que « s'il existait un concours Eurovision de l’hypocrisie fiscale, les Vingt-huit pourraient tous prétendre à la victoire ».


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