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Les universités belges face au sexisme ordinaire
International 3 min. 23.02.2022 Cet article est archivé
Enseignement

Les universités belges face au sexisme ordinaire

Des professeurs et des membres du personnel des universités dénoncent des comportements sexuellement inadaptés.
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Les universités belges face au sexisme ordinaire

Des professeurs et des membres du personnel des universités dénoncent des comportements sexuellement inadaptés.
Photo: Getty Images/EyeEm
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Les universités belges face au sexisme ordinaire

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Plusieurs affaires de harcèlement imposent aux autorités académiques de réinventer la relation professeur-étudiant

De notre correspondant MAX HELLEFF (Bruxelles) - Une lettre ouverte parue dans la presse belge fait beaucoup de bruit. Une centaine de signataires, parmi lesquels des professeurs, des scientifiques et des membres du personnel issus des universités francophones, pointent le sexisme ordinaire qui s’exprimerait dans ces nobles institutions.  


La Belgique envisage la semaine de quatre jours
La réforme du marché du travail a tenu éveillé le gouvernement fédéral belge cette nuit. Ce dernier s'est accordé sur un ensemble de mesures, dont la semaine de quatre jours.

«Qui imaginerait qu’à l’université circulent des vidéos pornographiques truquées, qui mettent en scène une autorité via un montage grossier ? Qu’un professeur émette publiquement le souhait qu’une étudiante, manifestement à son goût, participe au souper de cours à venir ? Qu’une membre du personnel de l’université soit poussée à démissionner de ses fonctions afin de ne plus être confrontée au harcèlement de son supérieur hiérarchique, à défaut que l’institution ait pu donner une réponse satisfaisante à ses plaintes ?», écrivent-ils.

Plusieurs affaires

Ces mots s’inspirent d'abord de plusieurs affaires survenues sur différents campus flamands, dont celui de Gand. Et surtout la VUB, l’université flamande de Bruxelles, où un membre du corps professoral a été écarté pour avoir abusé de sa position d’autorité.

Le journal De Morgen à l’origine de ces révélations publie dans le même temps un rapport confidentiel de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. Ce document évoque des relations amicales entretenues par un enseignant de la VUB avec de «jeunes étudiants prometteurs», relations qui finissaient par tourner à l’intimidation et aux gestes déplacés. «Les comportements transgressifs (ont) fait l’objet d’une procédure interne approfondie» de l’employeur soucieux de régler cette affaire datant de 2015.

«Des tentatives de viol»

Jusque-là, les universités francophones semblaient épargnées. C’était sans compter avec une sortie du climatologue Jean-Pascal Van Ypersele dans les pages du même De Morgen où le professeur taxe l’UCLouvain, sa propre université, d’immobilisme face à des comportements sexuellement inadaptés. Il évoque aussi des «tentatives de viol» et des «baisers forcés dans des couloirs par des personnes en position d’autorité. Les autorités académiques mettraient «la poussière sous le tapis», à l’entendre. Le scientifique affirme pouvoir «confirmer au moins trois affaires particulièrement interpellantes où les autorités ont étouffé l’histoire». «Au total, j’ai pris connaissance d’au moins douze cas dans six facultés», assure-t-il. 

L’affaire en reste là pour l’instant. Aucune des victimes présumées n’est sortie de l’anonymat pour accréditer les dires du scientifique. Le Soir a publié toutefois le témoignage d’une «employée administrative d’une université francophone» qui dit avoir vécu une longue situation de harcèlement sur son lieu de travail.

Une plainte a été déposée

Dans une interview publiée par le même quotidien, le recteur de l’UCLouvain Vincent Blondel mentionne qu’à l’automne 2021, une plainte a bien été déposée au tribunal de Nivelles à l’encontre d’un des membres de l’UCLouvain, «sans que l’université ne soit formellement citée à la cause en tant qu’institution». «Nous savons qui est cette personne par recoupement. L’affaire est gérée par la justice», plaide-t-il.

La situation est tendue. Cinq ans après Me Too, ceux et celles qui dénoncent ces faits jugent que rien ou presque n’a été entrepris pour lutter contre le sexisme à l’université. Le recteur Blondel admet que «les choses doivent encore pouvoir être améliorées, sans doute. Mais il n’y a pas de tolérance pour le harcèlement». Il enjoint les victimes de porter plainte. A la justice de faire son travail. 

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