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Les syndicats belges rejettent la réforme du travail
International 3 min. 16.02.2022 Cet article est archivé
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Les syndicats belges rejettent la réforme du travail

 Ce texte doit encore passer par le Parlement, et pourrait valoir au gouvernement De Croo des heurts sociaux dans les prochains mois.
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Les syndicats belges rejettent la réforme du travail

Ce texte doit encore passer par le Parlement, et pourrait valoir au gouvernement De Croo des heurts sociaux dans les prochains mois.
Photo: AFP
International 3 min. 16.02.2022 Cet article est archivé
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Les syndicats belges rejettent la réforme du travail

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Ils accusent le gouvernement De Croo d'être passé outre la concertation sociale pour faire le jeu de l'e-commerce.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - C'est un non massif. Les syndicats ne veulent pas de la réforme du travail présentée mardi par le Premier ministre Alexander De Croo au terme d'une dernière nuit de négociations entre membres de son gouvernement. Une réforme dont on retiendra essentiellement l'accroissement de la flexibilité horaire proposée aux travailleurs, avec l'objectif de contribuer à atteindre les 80% d'emploi d'ici 2030 (contre 71,4% actuellement).


La Belgique envisage la semaine de quatre jours
La réforme du marché du travail a tenu éveillé le gouvernement fédéral belge cette nuit. Ce dernier s'est accordé sur un ensemble de mesures, dont la semaine de quatre jours.

Les syndicats ont immédiatement fait part de leur «consternation» face aux nouvelles dispositions, accusant l'exécutif de se faire «l'écho des demandes patronales en essayant de mettre hors-jeu la concertation dans tous ses aspects, sans aborder sérieusement la question globale de l'e-commerce». A les entendre, une telle «vision étriquée» porte préjudice à «plus de 500.000 travailleurs, au bas mot» oeuvrant dans ce secteur. «Imbuvable», tonne le leader de la FGTB Thierry Bodson.

Quant à la Ligue des familles, elle pose cette question: qui ira chercher les enfants à l'école quand les parents travailleront ?

Le patronat francophone s'est réjoui de l'accord, mais son homologue flamand le juge trop léger et évoque «occasion manquée».

Flexibilité et formation

La réforme imaginée par la Vivaldi d'Alexander De Croo concourt à rendre le travail plus flexible. Une mesure phare: les employés qui le demanderont pourront prester davantage d'heures par jour - sans y être obligés par l'employeur - en échange d'une journée libre supplémentaire en semaine. Un temps-plein pourra désormais courir sur quatre, et non plus cinq jours. Il sera également possible de travailler un peu plus une semaine, un peu moins la suivante.

La formation des travailleurs sera renforcée. Les entreprises de plus de vingt personnes devront développer les compétences de leurs employés. En cas de licenciement, une personne pourra déjà travailler pour un autre employeur durant sa période de préavis.

Le gouvernement ouvre également un chantier sur le droit à la déconnexion des travailleurs afin de retrouver un «équilibre entre vie privée et professionnelle». «Il ne peut y avoir de la pression pour lire et répondre à des messages en dehors des heures de travail»,  a déclaré le ministre en charge du dossier, le socialiste Pierre-Yves Dermagne.


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Et si demain la Belgique bannissait l’e-commerce?
C’est la proposition du socialiste Paul Magnette à l’heure où le gouvernement De Croo entame la réforme du travail.

Enfin, le secteur de l'e-commerce pourra organiser la poursuite du travail de 20 heures jusqu'à minuit, avec l'accord d'un seul syndicat (et non plus des trois), afin de lutter à armes égales contre la concurrence étrangère. Mais une prime pour les heures travaillées durant cette plage horaire devra bien être payée. Les travailleurs de l'économie de plateforme, comme Deliveroo et Uber, seront mieux protégés conformément au prescrit européen. Le suivi des métiers en pénurie sera renforcé.

Le texte de la réforme reste cependant flou à bien des égards et engendre un nombre important de questions, qui vont de la survie de l'actuel système des heures supplémentaires à la capacité de contrôle de l'administration sur les abus éventuels.

La réforme sonne aussi la fin d'une illusion. Il y a vingt ans, il était communément espéré que la technologie permettrait aux travailleurs d'entrer dans l'ère du loisir. Aujourd'hui, il s'agit davantage de rechercher l'équilibre vie privée-vie professionnelle en accentuant la flexibilité du travail, et peut-être en travaillant davantage. Le nouveau rapport à l'activité professionnelle généré par le covid – notamment via le télétravail – a facilité l'élaboration de ce texte qui doit encore passer par le Parlement. Et pourrait valoir au gouvernement De Croo des heurts sociaux dans les prochains mois.  

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