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Les soins intensifs belges en détresse
International 4 min. 09.11.2020 Cet article est archivé

Les soins intensifs belges en détresse

6.893 personnes sont soignées à l’hôpital actuellement dont 1.464 patients en soins intensifs.

Les soins intensifs belges en détresse

6.893 personnes sont soignées à l’hôpital actuellement dont 1.464 patients en soins intensifs.
Photo: AFP
International 4 min. 09.11.2020 Cet article est archivé

Les soins intensifs belges en détresse

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Alors que les paramètres montrent un recul de la pandémie, une charge de travail énorme continue à peser sur le personnel hospitalier.

 De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles) - Un cap symbolique a été dépassé le 2 novembre dernier en Belgique avec la mort de 200 personnes atteintes du coronavirus. C’est à ce jour le nombre le plus haut de décès enregistrés lors de la seconde vague de la pandémie. Ce bilan macabre reste toutefois loin des 321 morts du 8 avril dernier. Au total, 12.907 personnes ont à ce jour été emportées par la maladie.

La situation pourtant s’améliore quelque peu, affirment les virologues et les épidémiologistes qui se réjouissent de la légère inflexion de la courbe des hospitalisations. 6.893 personnes sont soignées à l’hôpital en ce moment, soit un recul de 5%. Mais une pression énorme continue à s’exercer sur les soins intensifs où 1.464 patients sont soignés.


Belgian Flemish right-wing party (N-VA) President Bart De Wever waits for the start of a news conference in Brussels October 30, 2013.     REUTERS/Francois Lenoir (BELGIUM - Tags: POLITICS HEADSHOT)
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Ce dernier chiffre donne une idée du travail sans relâche qui incombe au personnel hospitalier, mais aussi de la menace qui pèse à terme sur l’accès aux soins intensifs. La moitié des lits dédiés aux traitements lourds est désormais occupée.  

La saturation des hôpitaux reste pleinement d’actualité dans le Hainaut, à Bruxelles et en province de Liège. Plusieurs médecins et directeurs de centres hospitaliers sont sortis dans les médias pour affirmer qu’ils n’auraient bientôt plus d’autre choix que de décider «qui va vivre et qui va mourir». L’Académie royale de Médecine rappelle au corps médical les règles en vigueur: les lits de soins intensifs doivent être réservés aux patients pour lesquels une issue positive – ou au moins acceptable - peut être attendue. La règle du «premier arrivé, premier servi» ou l’utilisation d’un tirage au sort ne peuvent intervenir. La décision finale doit être prise avec le comité d’éthique, et si possible le patient et la famille.

Elément notable : la même académie s’inquiète du bien-être psychologique des infirmiers et infirmières. Un sur quatre serait aujourd’hui absent. En province de Luxembourg, une centaine d’entre eux seraient malades au sein des hôpitaux du réseau Vivalia (Arlon, Bastogne, Marche, Libramont, Virton). La fatigue accumulée durant la première vague de la pandémie, à laquelle s’est ajouté cet été un travail sans relâche visant à rattraper le temps perdu dans le traitement des autres pathologies, a fragilisé les rangs des soignants. En certains hôpitaux, des médecins et des infirmiers de l’armée rompus au terrain de guerre ont débarqué dans les unités de soins pour prêter main-forte.


HOUSTON, TX - OCTOBER 31: Medical staff members treat a patient suffering from the coronavirus disease (COVID-19) in the COVID-19 intensive care unit (ICU) at the United Memorial Medical Center (UMMC) on October 31, 2020 in Houston, Texas. According to reports, Texas has reached over 916,000 cases, including over 18,000 deaths.   Go Nakamura/Getty Images/AFP
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Les hôpitaux belges sous tension maximale
La phase d’urgence la plus élevée est enclenchée pour tenter de contrer la saturation des établissements hospitaliers. Une lueur d'espoir est toutefois perceptible.

Le 6 novembre, la Chambre a voté à la majorité une loi autorisant les étudiants en infirmerie et en médecine à pratiquer jusqu'au 1er avril  la plupart des actes infirmiers afin de soulager le personnel de première ligne dans les hôpitaux.  

De nouvelles mesures de soutien financier viennent d’être décrétées par le gouvernement De Croo. «Nous savons que les gens (les soignants) ne le font pas pour l’argent, mais ils le méritent bien pour compenser leur investissement exceptionnel», a jugé le ministre de la Santé, le socialiste flamand Frank Vandenbroucke. Un chèque à la consommation de 300 euros est promis à chacun et chacune, une somme jugée aussitôt insuffisante par les syndicats. Une nouvelle enveloppe de 200 millions d’euros a été dégagée par ailleurs pour compenser les efforts fournis actuellement dans les hôpitaux. Elle s’ajoute aux 600 millions d’euros annoncés début juillet pour refinancer globalement le secteur des soins de santé en 2021 et 2022.

Le gouvernement De Croo pare ainsi à l’urgence en essayant de colmater des années de désinvestissements dans les soins de santé. Aujourd’hui, ce sont les infirmiers et les infirmières qui travaillent en nombre réduit dans les hôpitaux. Demain, toutes les projections convergent pour confirmer que les campagnes manqueront de médecins généralistes, le résultat du numerus clausus qui limite l’accès à la profession. Depuis trois ans, un examen d’entrée dans les facultés de médecine est imposé partout dans le pays.


Police officers patrol a street of Antwerp on November 1, 2020, as Belgium will tighten lockdown rules from November 2, closing non-essential businesses and restricting household visits. (Photo by NICOLAS MAETERLINCK / BELGA / AFP) / Belgium OUT
L’Etat belge sans concession face aux plaignants
Des victimes économiques du confinement demandent réparation sans grande chance d’être entendues.

Une lueur d’espoir se profile aujourd’hui avec la baisse de 35 % du nombre d’infections au coronavirus. Mais le corps médical sait qu’il ne lui suffira pas de passer outre cette seconde vague. Il est beaucoup question de ces pathologies restées non soignées en raison de la saturation des hôpitaux. La RTBF a livré samedi soir le témoignage bouleversant d’une quadragénaire souffrant d’une maladie incurable. En quelques mois, une «boule» sous-cutanée s’est transformée en un cancer généralisé. Débordé, l’hôpital concerné avait informé la patiente que son cas pouvait attendre…

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