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Les raisons d'une victoire contre la pédophilie
International 3 min. 18.10.2019

Les raisons d'une victoire contre la pédophilie

L'abbé a violé Gabriel Frippiat en 1972. Il a été déclaré coupable en 2019.

Les raisons d'une victoire contre la pédophilie

L'abbé a violé Gabriel Frippiat en 1972. Il a été déclaré coupable en 2019.
Photo: Shutterstock
International 3 min. 18.10.2019

Les raisons d'une victoire contre la pédophilie

Le combat d'un homme et la pression de la justice ont contribué à écarter l'abbé qui abusait des mineurs à l'internat de Bastogne, en Belgique.

De notre correspondant à Bruxelles, Max Helleff - Quarante ans. Il a fallu quarante ans pour que Gabriel Frippiat obtienne réparation. Le 12 septembre dernier, il a reçu une lettre où l’on peut lire ces lignes: «Je déclare coupable monsieur l’abbé Henri Mathieux d’avoir commis le délit d’abus sur monsieur Gabriel Frippiat quand celui-ci était mineur et, par conséquent, vu la gravité des faits, je lui inflige la peine de renvoi de l’état clérical».

La décision prise par le pape François a été transmise par le cardinal Joseph De Kesel, l'archevêque de Malines-Bruxelles.

Un viol en 1972

Pour Gabriel Frippiat, c'est un soulagement: «Je suis enfin reconnu comme une victime et non pas comme une victime présumée. Il y a un poids en moins sur mes épaules, je suis enfin serein»,  a-t-il déclaré à la RTBF. L’abbé Henri Mathieux, 79 ans, est aujourd’hui «viré» de l’Eglise.

Flash back. À l'âge de 14 ans, Gabriel Frippiat est à l'internat à Bastogne, une école très en vue de la région qui accueille beaucoup de jeunes Belges, mais aussi des Luxembourgeois. Nous sommes en 1972.  Au séminaire, les gamins peuvent rencontrer leurs professeurs pour revoir une matière, obtenir des explications supplémentaires. L'abbé Henri Mathieux demande de plus en plus fréquemment à voir Gabriel. Ce dernier sera violé.

Une sanction rare

Longtemps, Gabriel Frippiat se mure dans son silence. Jusqu'au moment où la commission «Abus sexuels au sein de l'Église» est mise sur pied en 2010. Commence alors un long combat.

Malheureusement pour Gabriel Frippiat, les faits sont prescrits car trop anciens. Il ne se décourage pas. En 2015, il écrit au Vatican. Quatre ans plus tard, c'est le pape - et non la justice des hommes - qui sanctionne l'abbé pédophile après une enquête interne qui, on l'imagine, a dû remuer beaucoup de boue.  

Aujourd’hui, l’abbé Henri Mathieux est jeté de l’Eglise comme en une ultime indignité. Une telle sanction est plutôt rare. Quatre ou cinq cas ont été signalés en Belgique. La punition est exceptionnelle dans la mesure où elle dépasse la prescription fixée à 20 ans dans le droit canon.

Prescription des faits

C’est une victoire pour les mineurs abusés par des prêtres pédophiles. Entre les mois d'août 2010 et décembre 2012, 83 plaintes avec constitution de partie civile ont été déposées en Belgique. Au printemps 2012, une série de perquisitions ont été exécutées dans tous les évêchés. Quelques mois plus tard, en octobre, la disparition de 445 pièces du dossier n’a pas empêché l'enquête de se poursuivre après leur remplacement par des copies.

Un homme important a été emporté dans la tourmente, au contraire de nombreux cas de prêtres pédophiles qui ont bénéficié de la prescription des faits. Nommé évêque de Bruges en décembre 1984, Roger Joseph Vangheluwe y a officié pendant plus de 25 ans. Puis, en 2010, il a reconnu avoir abusé sexuellement d'un jeune adolescent.

Les faits remontent aux années 1980. Sa démission a été acceptée le jour même par le pape Benoît XVI. En avril 2011, lors d'une interview télévisée, Roger Joseph Vangheluwe a reconnu également avoir abusé d'un autre de ses neveux.

Un combat loin d'être fini

L’Eglise de Belgique n’en a pas fini avec ses affaires de pédophilie. Mais les choses avancent si l’on en croit une récente déclaration au Soir de Mgr Harpigny, évêque de Tournai et surtout évêque référendaire sur la question de la pédophilie depuis le scandale Vangheluwe.

Les affaires, explique-t-il, «nous ont obligés à écouter les victimes et ensuite, on a dû trouver des solutions pour les cas prescrits, même si au niveau du droit, on ne devait rien faire. Enfin, il a été plus clair que dès qu’on apprenait quelque chose, on devait avertir le parquet…»

Ce cheminement a trouvé sa voie pour Gabriel Frippiat, libéré peut-être après tant d’années à porter un lourd fardeau. L’homme n’en a pas fini avec son combat. Il voudrait ainsi que soit refusé le bénéfice de la présomption d’innocence aux pédophiles…

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