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Les négociations post-Brexit au bord du gouffre
International 4 min. 04.12.2020 Cet article est archivé

Les négociations post-Brexit au bord du gouffre

La France craint de voir l'UE accorder trop de concessions aux Britanniques par crainte d'un «no deal» au 31 décembre, jour de la rupture définitive de Londres avec le continent.

Les négociations post-Brexit au bord du gouffre

La France craint de voir l'UE accorder trop de concessions aux Britanniques par crainte d'un «no deal» au 31 décembre, jour de la rupture définitive de Londres avec le continent.
AFP
International 4 min. 04.12.2020 Cet article est archivé

Les négociations post-Brexit au bord du gouffre

Londres et Bruxelles touchaient vendredi aux limites de leurs concessions pour trouver un accord post-Brexit, sous la menace d'un veto de la France qui craint pour l'avenir de ses pêcheurs.

(AFP) - «S'il y avait un accord qui n'était pas bon (...) nous nous y opposerions», a lancé le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, sur la radio Europe 1. Avec un veto ? «Oui. Chaque pays a le droit de veto», a-t-il averti. 

La France fera sa «propre évaluation» d'un éventuel texte, a-t-il précisé. «Nous le devons aux Français, nous le devons à nos pêcheurs et à d'autres secteurs économiques», a souligné Clément Beaune, répétant que le risque d'un non-accord «existe» et qu'il «faut s'y préparer». 


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Ce coup de pression sur les négociations, actuellement dans leur toute dernière ligne droite, traduit l'inquiétude croissante de la France de voir l'UE accorder trop de concessions aux Britanniques par crainte d'un «no deal» au 31 décembre, jour de la rupture définitive de Londres avec le continent. Selon un diplomate européen, cette appréhension est partagée par d'autres capitales, comme Rome, Madrid, Bruxelles et Copenhague. 

«Nous ne voulons pas nous enfermer dans une relation déséquilibrée pour les décennies à venir», explique-t-il. Signe des divergences qui gagnent les Etats membres, plusieurs sources européennes affirment à l'inverse que l'Allemagne, qui occupe la présidence tournante de l'UE, et la Commission européenne poussent pour obtenir un accord. 

«Il y a des lignes rouges, mais il y a malgré tout toujours de la marge pour des compromis», a affirmé vendredi le porte-parole d'Angela Merkel, assurant cependant que son pays n'accepterait pas d'accord «à n'importe quel prix». «Nous allons tenir bon jusqu'au dernier moment, la dernière seconde de ce processus, pour garantir l'unité entre nous», a assuré vendredi le président du Conseil européen, Charles Michel. 

Un accord «prématuré» 

Les résultats des pourparlers pourraient être présentés par la Commission aux capitales dans «les prochaines heures ou les prochains jours», a-t-il ajouté, expliquant que les Etats membres prendront ensuite position «en fonction de ce qui est sur la table». Un sommet européen réunissant en personne les dirigeants des 27 est prévu les 10 et 11 décembre à Bruxelles. 

Le négociateur européen Michel Barnier, à Londres depuis le début de la semaine, devait continuer à négocier toute la journée de vendredi, renonçant à un point d'étape initialement envisagé dans l'après-midi avec les Etats membres. Les Européens aimeraient parvenir à un accord avant la fin du week-end, condition pour qu'il soit ratifié à temps par le Parlement européen afin d'entrer en vigueur le 31 décembre. 


European Commission President Ursula Von Der Leyen speaks during a debate on the next EU council and last Brexit devlopement during a plenary session at the European Parliament in Brussels on November 25, 2020. (Photo by Olivier HOSLET / POOL / AFP)
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A cette date, les Britanniques, qui ont officiellement quitté l'UE le 31 janvier, cesseront d'appliquer les normes européennes. «Il reste très peu de temps. Nous sommes à un moment difficile des négociations», a concédé le porte-parole du Premier ministre Boris Johnson, avertissant que Londres n'accepterait pas «un accord qui ne respecte pas les principes fondamentaux de la souveraineté». 

Une source européenne a estimé qu'il était pour l'instant «prématuré» d'anticiper une conclusion des discussions durant le week-end. Sans accord pour régir leur relation au 1er janvier, le Royaume-Uni et l'UE échangeront selon les règles de l'Organisation mondiale du commerce, synonymes de droits de douane ou de quotas, faisant courir le risque d'un nouveau choc économique s'ajoutant à celui de la pandémie de coronavirus. 

Trois points bloquent toujours la conclusion d'un accord: l'accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, les garanties réclamées à Londres en matière de concurrence et la manière de régler les différends dans le futur accord. La pêche apparaît depuis le début des discussions comme un sujet aussi symbolique qu'explosif pour une poignée d'Etats membres, France et Pays-Bas en tête. 

Le Premier ministre français Jean Castex a d'ailleurs rappelé jeudi que la pêche française ne pouvait pas être «sacrifiée comme variable d'ajustement» dans les négociations. 

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