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Les nationalistes flamands font barrage aux écologistes

Les nationalistes flamands font barrage aux écologistes

Photo: Belga
International 3 min. 17.04.2019

Les nationalistes flamands font barrage aux écologistes

La campagne électorale belge est revenue à ses fondamentaux : le socio-économique et l’immigration.

Par Max Helleff, depuis Bruxelles

Le premier dossier voit la N-VA de Bart De Wever promettre de régler le chômage de longue durée et d’en finir avec le système des prépensions si elle revient au pouvoir à la faveur des élections du 26 mai prochain.

Le second est sans surprise voué à l’immigration. Le choix fait par l'Agence fédérale pour l'accueil des demandeurs d'asile (Fedasil) d'ouvrir avant l'été un centre temporaire à Deurne a fait sortir Bart De Wever de ses gonds.

La ministre fédérale de la Santé publique Maggie De Block.
La ministre fédérale de la Santé publique Maggie De Block.
Photo: belga

Deurne est une commune proche d’Anvers, ville dont le leader des nationalistes flamands est aussi le bourgmestre. L’administration voudrait y ouvrir 120 places pour les migrants. 

Bart De Wever voit dans cette décision un coup fourré de Maggie De Block, la ministre libérale flamande qui a repris l’Asile et l’Immigration en décembre dernier, lorsque la N-VA a décidé de quitter le gouvernement Michel.

Alliance avec le Belang?

Jusque-là, les nationalistes avaient le pouvoir de décider qui accueillerait ou n’accueillerait pas des demandeurs d’asile en Flandre. Avec Maggie De Block, la digue a cédé. Les migrants risquent de s’installer plus nombreux aux portes de la métropole. «Anvers ne peut devenir le centre d'asile de toute la Flandre», peste De Wever.

En se positionnant de cette manière, la N-VA s’est rapprochée du Vlaams Belang qui a lui aussi dénoncé le projet de Fedasil par la voix du député et conseiller communal anversois Filip Dewinter. Or Dewinter est un «dur» de l’extrême droite flamande. Une alliance avec le Belang rendrait la N-VA infréquentable auprès du monde politique francophone. La voie gouvernementale lui serait ainsi barrée.

Jan Jambon à la tête de l'exécutif

Mais on n’en est pas là. Pour l’instant, la N-VA privilégie la reconduction de la coalition dite «suédoise» à laquelle elle a tourné le dos en décembre. Elle pourrait prendre cette fois les rênes du gouvernement fédéral, au grand du libéral francophone Charles Michel qui rêve de rempiler.

Les nationalistes flamands porteraient à la tête de l’exécutif Jan Jambon, l’ex-ministre de l’Intérieur qui a indéniablement marqué les dernières années de sa présence en échafaudant les structures de la lutte contre le terrorisme.

Une revanche

Jan Jambon s’explique : «Le fait que la plus grande formation politique – la N-VA - prenne la tête du gouvernement est dans la logique des choses, je pense que l’on peut gérer les affaires de manière encore plus efficace depuis cette place». Avec quel programme ? «Il s’agira de poursuivre la politique mise en œuvre depuis 2014 de manière plus forte, plus efficace et plus rapide.»

Entre autres: l’équilibre budgétaire, la réforme du marché du travail, la dégressivité du chômage et la baisse des charges sur l'emploi. Le message est clair: ce que la Flandre n’a pu obtenir avec un premier ministre francophone, elle l’obtiendra avec un chef de gouvernement flamand.

Réparer l'alliance brisée

En coulisses, la N-VA n’en ferait toutefois pas une condition sine qua non. Charles Michel pourrait rester à son poste pourvu qu’il s’engage à poursuivre les réformes socio-économiques restées en rade.

La N-VA n’a en réalité guère d’autre choix que de réparer l’alliance brisée avec les libéraux francophones. Si elle restera sans doute le premier parti de Flandre au lendemain du 26 mai, la montée en puissance des écologistes des deux côtés de la frontière linguistique pourrait ouvrir le jeu à de nouvelles coalitions au fédéral. Premiers ou non, les nationalistes flamands resteraient alors sur la touche.

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