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Les liaisons dangereuses d'un nationaliste flamand
International 3 min. 10.05.2022
Politique

Les liaisons dangereuses d'un nationaliste flamand

«Je lance un appel à mes collègues du Vlaams Belang (extrême droite) de ne pas présenter de listes aux prochaines législatives pour la chambre fédérale», écrit Theo Francken sur son blog.
Politique

Les liaisons dangereuses d'un nationaliste flamand

«Je lance un appel à mes collègues du Vlaams Belang (extrême droite) de ne pas présenter de listes aux prochaines législatives pour la chambre fédérale», écrit Theo Francken sur son blog.
Photo: AFP
International 3 min. 10.05.2022
Politique

Les liaisons dangereuses d'un nationaliste flamand

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Theo Francken invite l'extrême droite à se retirer des prochaines élections afin de renforcer le poids des nationalistes de la N-VA en Belgique.

De notre correspondant MAX HELLEFF (Bruxelles) - Au XVIIIe siècle, Choderlos de Laclos a écrit un roman épistolaire resté fameux intitulé Les Liaisons dangereuses. Dans un genre moins glamour, le nationaliste flamand Theo Francken (N-VA) s'active à nouer des relations plus que périlleuses avec l'extrême droite. Périlleuses dans la mesure où elles risquent de détricoter un peu plus la Belgique.


Leader of Reformist Movement Georges-Louis Bouchez delivers a speech during a meeting of the liberal Reformist Movement (MR) in Herstal, near Liege, on May 1, 2022. (Photo by BRUNO FAHY / BELGA / AFP) / Belgium OUT
Le cordon sanitaire belge resserré
Une «charte de la démocratie» reliftée doit prémunir les partis francophones de toute entente avec l'extrême droite.

«Je lance un appel à mes collègues du Vlaams Belang (extrême droite) de ne pas présenter de listes aux prochaines législatives pour la chambre fédérale», écrit l'ancien secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration sur son blog. «En 2024, ce sera quitte ou double», continue Théo Francken, tout à la préparation du scrutin à venir. «Nous devons, en tant que Flamands, poursuivre le même objectif. De la même façon que Nigel Farage a retiré ses listes et a appelé les conservateurs à voter Boris Johnson pour faire advenir le Brexit, (le président du Vlaams Belang) Tom Van Grieken devrait pouvoir lancer un appel à voter pour nous. Nous pourrions alors entamer des négociations avec toute la force de frappe flamande face aux francophones pour modifier le cap de ce pays.»

Cette invitation singulière trouve son contexte dans le récent accord qui a vu les partis francophones – à l'exception des communistes du PTB - réaffirmer leur position commune contre le Vlaams Belang. Ils ont resserré le «cordon sanitaire». Pas question pour eux de débattre ou de s'allier avec l'extrême droite flamande. 

Flamands contre francophones

D'où le message de Theo Francken pour qui «le Vlaams Belang ne veut de toute façon pas négocier. Et quand bien même il le voudrait, il n'en aurait pas le loisir en raison du renouvellement du cordon sanitaire côté francophone».

Le Vlaams Belang a bien sûr décliné l'invitation. Et pour cause: en 2019, il a gagné les élections et savoure toujours son succès, même si c'est depuis les rangs de l'opposition à la Chambre. Mais il demeure que la main tendue de Theo Francken est de mauvais augure pour les partis démocratiques qui pourraient affronter le retour du «communautaire» à la faveur des prochaines législatives. En cherchant à dresser les Flamands contre les francophones, Francken remet au centre du jeu ces querelles qui ont contribué à diviser le pays depuis plus d'un siècle.


Theo Francken, Belgian minster for asylum and migration attends a session of the Chamber Commissions for Interior Affairs at the federal parliament in Brussels on September 19, 2018. (Photo by THIERRY ROGE / Belga / AFP) / Belgium OUT
Echec et mat pour Theo Francken
L’enfant terrible de la N-VA nationaliste flamande loupe son envol vers les hautes sphères du parti.

La N-VA nationaliste flamande à laquelle appartient Theo Francken prône le confédéralisme en lieu et place du fédéralisme de coopération qui prévaut aujourd'hui dans le royaume. Elle exige une septième réforme de l'Etat qui donnerait davantage de pouvoirs à la Flandre et à la Wallonie, quitte à mettre Bruxelles sous tutelle. Lors des précédentes négociations gouvernementales, le président de la N-VA Bart De Wever avait trouvé une oreille attentive chez le socialiste francophone Paul Magnette.

Si les partis gouvernementaux francophones et flamands coalisés au sein du gouvernement De Croo ont globalement fait corps contre le coronavirus, rien n'assure que le démon communautaire ne va pas se réveiller à l'approche des élections. Le Brexit et la montée en puissance du Rassemblement national de Marine Le Pen sont à même de convaincre l'ex-secrétaire d'Etat qu'il y a là un coup à jouer. Ce chevalier blanc de la lutte contre l'immigration illégale n'a jamais caché qu'il était prêt à faire monter le Vlaams Belang dans des majorités. Reste à voir comment il récompenserait l'extrême droite pour son aide bienveillante... 

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