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Les «gilets jaunes» toujours mobilisés pour leur acte 15
International 18 7 min. 24.02.2019

Les «gilets jaunes» toujours mobilisés pour leur acte 15

Priscillia Ludosky, une des figures du mouvement, avait choisi Chambord pour manifester et le pique-nique géant organisé devant le château: un pied de nez à Emmanuel Macron qui y avait fêté ses 40 ans fin décembre 2017.

Les «gilets jaunes» toujours mobilisés pour leur acte 15

Priscillia Ludosky, une des figures du mouvement, avait choisi Chambord pour manifester et le pique-nique géant organisé devant le château: un pied de nez à Emmanuel Macron qui y avait fêté ses 40 ans fin décembre 2017.
AFP
International 18 7 min. 24.02.2019

Les «gilets jaunes» toujours mobilisés pour leur acte 15

«On n'est pas fatigué»: les «gilets jaunes» ont réinvesti les rues samedi pour leur acte 15, enrayant la baisse de mobilisation des dernières semaines, avec des manifestations entachées de heurts en fin de cortèges dans plusieurs villes et un pique-nique à Chambord.

(AFP) - Les manifestants étaient 46.600 dans toute la France, contre 41.000 samedi dernier, selon un décompte du ministère de l'Intérieur, contesté par les «gilets jaunes». Ils étaient 5.800 à Paris, soit 800 de plus qu'il y une semaine, selon la même source.

«A tous ceux qui pensent que la mobilisation s'essouffle je dis regardez, ouvrez les yeux, a dit à l'AFP Céline, une Toulousaine de 46 ans. C'est une immense colère et il n'y a pas de retour en arrière possible. Si on rentre chez nous, on meurt, la France meurt».

Ils ont généralement défilé dans le calme, mais des heurts ont souvent éclaté en fin de journée lors de la dispersion des cortèges, comme à Toulouse, où les CRS ont été la cible de «cocktails molotov» selon la préfecture.


Le mouvement des "gilets jaunes"
La grogne est montée d'un cran en 2018 en France avec l'émergence du mouvement dit des "gilets jaunes", des citoyens qui ont décidé de protester contre la hausse prévue des taxes sur le carburant, finalement abandonnée par le gouvernement.

«La violence, toujours. Les exactions commises en marge des rassemblements de Clermont-Ferrand, Rouen, Montpellier... sont intolérables», a dénoncé sur Twitter le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner en début de soirée.

A Clermont-Ferrand, barricadée pour l'occasion dans la crainte de la présence de casseurs, des heurts ont éclaté dès l'après-midi. Trente-trois personnes ont été interpellées, dont 16 placés en garde à vue, neuf manifestants et un policier ont été blessés, selon un dernier bilan de la préfecture.

A Bordeaux, manifestants et forces de l'ordre se sont affrontés pendant une petite demi-heure en fin de manifestation. Ces heurts ont fait quelques blessés, souvent soignés sur place par les pompiers.

En fin de journée, des sources policières et/ou les préfectures ont fait état d'interpellations dans de nombreuses villes: 28 à Paris, une quinzaine à Rennes dans le cadre de «contrôles et fouilles préventives», 12 à Lyon, selon la préfecture.

A Epinal, où environ 1.600 personnes ont manifesté, le défilé a été émaillé de heurts: les grilles de la préfecture ont été arrachées et des vitres cassées.

«Le gouvernement ne sera jamais serein»

En pleines vacances scolaires et après des insultes contre l'intellectuel Alain Finkielkraut, traité de «sale sioniste» lors de l'acte 14, partout, les manifestants ont réaffirmé leur détermination et le caractère protéiforme de leur lutte contre la politique d'Emmanuel Macron, hors du champ politique traditionnel et sans chef.

«C'est aux citoyens de choisir dans quel monde ils veulent vivre. On ne peut plus attendre des solutions des politiques, ils nous ont assez montré leur malhonnêteté», a déclaré Caroline, monitrice d'équitation de 37 ans, dans le cortège de Strasbourg.

A Bordeaux, la marche s'est ébranlée derrière une grande banderole «Nous n'avons pas d'armes, vous n'avez pas d'âme». «Politicards tous des tocards, smicards au pouvoir, smic à 1850 euros net», pouvait-on lire sur une pancarte à Lille.

Dans la capitale, la «marche dans les beaux quartiers» a débuté à midi sur les Champs-Elysées, point névralgique de la mobilisation parisienne chaque week-end, pour gagner le Trocadéro. Quelques bombes lacrymogènes ont été tirées sur l'esplanade en fin de journée pour disperser le cortège.

«L'essoufflement, je crois qu'on s'en fiche. Le noyau dur il est là, on sait qu'on est là et on est là pour longtemps. Le gouvernement ne sera jamais serein: même si les manifs du samedi finissent par s'arrêter, on redescendra dans la rue au moindre truc», a déclaré à l'AFP Karima, sans emploi de 48 ans, en quittant la place du Trocadéro.

Et pour elle, «ça risque de repartir après le grand débat, parce que les gens seront déçus».

Emmanuel Macron a lancé mi-janvier un grand débat national pour tenter de sortir de cette crise inédite: doléances et propositions - parmi lesquelles le «référendum d'initiative citoyenne» reste le plus populaire - seront recueillies jusqu'au 15 mars avant des décisions du pouvoir.

Populaires aussi, les pancartes «Macron rend le pognon» ou «Macron, démission». Le chef de l'Etat est depuis le début du mouvement la cible privilégié des slogans et des chants des manifestants.

Pique-nique à Chambord

Priscillia Ludosky, une des figures du mouvement, avait choisi Chambord pour manifester et le pique-nique géant organisé devant le  château: un pied de nez à Emmanuel Macron qui y avait fêté ses 40 ans fin décembre 2017.

Dans la matinée, une dizaine de stands, sur fond de sono, ont pris place sur la pelouse circulaire devant le château aux nombreuses tourelles. Dans une ambiance familiale, certains improvisent des parties de foot devant des visiteurs anglais visiblement surpris.

Très attendue, Priscillia Ludosky  est arrivée peu avant midi, se prêtant au jeu des selfies avec quelques manifestants. «Je devais aller à Bruxelles, mais je suis plutôt venue à Chambord, ça a l'air sympa», a-t-elle déclaré.

«Cela avance aux assemblées citoyennes. La non-organisation du mouvement en fait sa force et sa faiblesse. On est forcément tous d'accord, avec une organisation plus stricte, on aurait été plus vite», a-t-elle expliqué avant de se mêler à la foule.

«Il va falloir comprendre qu'on fait aussi de la politique avec ce mouvement», a dit à l'AFP Serge, 73 ans. Ce retraité de l'aviation en est à son quinzième rassemblement de «gilets jaunes» après avoir «défilé pendant 45 ans avec la CGT», qu'il estime «trop rigide».

Principalement venus de Sologne et de Touraine, les participants ont mis en place, pour éviter tout débordement, un vaste réseau de «gilets blancs», chargés de surveiller le bon déroulement de l'événement organisé en coordination avec la mairie et les gestionnaires du château.

«Gilets blancs»

Une centaines de personnes ont ainsi enfilé des «gilets blancs», avec en main un plan quadrillé du domaine et des numéros de téléphone soigneusement listés, pour constituer un réseau capable de veiller au moindre incident, en liaison avec la gendarmerie qui a dénombré environ 1.200 personnes.

Une manifestante circule parmi la foule avec un haut-parleur pour ramasser les mégots de cigarette tandis que grands-parents et petits-enfants profitent du temps printanier et que les sièges pliants, couvertures et glacières se répartissent lentement sur la pelouse.

«On voudrait penser à l'avenir de nos enfants, et au présent des mères célibataires qui galèrent», explique Sylvie, 58 ans, «gauloise réfractaire» et veuve.

Alors que résonne la Marseillaise, et que les avions de tourisme survolent ce site touristique qui a accueilli en 2018 plus d'un million de visiteurs, tous s'installent sur l'herbe pour casser la croûte près des terrasses des restaurants du château presque vides.

Les 5.500 hectares du parc rendent la sécurisation impossible mais gendarmes et «gilets jaunes» semblent s'être entendus sur l'interdiction de l'accès au château par crainte de dégradations ou de tags provocateurs.

Parmi les manifestants ayant enfilé un gilet jaune, l'un détonne: Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, 36e du rang parmi les prétendants au trône de France. C'est à sa famille que l'État a racheté en 1930 le domaine de Chambord. «Je suis +gilet jaune+ depuis le départ», rappelle à l'AFP le prince de Parme, qui n'a jamais caché son soutien au mouvement.

«Ni à droite ni à gauche, ni en bas, ni en haut, ces gens sont comme tous les Français qui aspirent à vivre de leur travail», lance-t-il, son impeccable veste de velours aux rebords de cuir recouverte d'un gilet de nylon. «Les Français n'en peuvent plus, ils vivent un enfer fiscal», ajoute-t-il. Pour lui, «la présence de +gilets jaunes+ à Chambord montre que les +gilets jaunes+ sont respectueux de la France, les pillards sont à Paris».

Emmanuel Macron avait, en décembre 2017, fêté ses 40 ans au château. Sur la pelouse les chansons des «gilets jaunes» ne l'épargnent pas et tous continuent d'appeler à sa démission. A l'instar d'un stand de chamboule-tout qui rencontre un certain succès avec les visages du président, de son Premier ministre et de son ministre de l'Intérieur sur les boîtes de conserve vides qu'il faut renverser.

Au bout du compte les organisateurs ont gagné leur pari samedi: aucun incident n'est venu perturber ce rassemblement pacifique et à 17H00 les pelouses du château avaient retrouvé leur quiétude et leur propreté après une vaste opération de nettoyage organisée par les «gilets jaunes», a constaté un journaliste de l'AFP.

Les manifestants étaient encore très mobilisés en province, ont constaté des journalistes de l'AFP: ils étaient des milliers à Bordeaux (3.500 selon la police), à Toulouse (3.000 selon la police), entre 2.500 et 5.000 à Clermont-Ferrand selon les sources, 2.000 à Rennes, 1.500 à Montpellier, plus d'un millier à Marseille et à Caen (selon la préfecture), 900 à Nantes, 350 à Saint-Etienne.

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