Changer d'édition

Les feux en Amazonie «hors de contrôle»
International 4 1 6 min. 23.08.2019 Cet article est archivé

Les feux en Amazonie «hors de contrôle»

 L'Institut national de recherche spatiale (INPE) a fait état de près de 2.500 nouveaux départs de feu en l'espace de 48 heures dans l'ensemble du Brésil.

Les feux en Amazonie «hors de contrôle»

L'Institut national de recherche spatiale (INPE) a fait état de près de 2.500 nouveaux départs de feu en l'espace de 48 heures dans l'ensemble du Brésil.
Photo: AFP
International 4 1 6 min. 23.08.2019 Cet article est archivé

Les feux en Amazonie «hors de contrôle»

Les feux se propagent rapidement en Amazonie. L'ONU et Macron interpellent le président brésilien. Pour la militante écologiste brésilienne Marina Silva, la situation est «hors de contrôle». Une manifestation aura lieu à 17 heures à la Schueberfouer.

(AFP) – Les appels à sauver le «poumon de la planète». Jair Bolsonaro, un climato-sceptique, a accusé jeudi Emmanuel Macron d'avoir «une mentalité colonialiste», après que ce dernier a donné rendez-vous aux membres du G7 pour «parler de l'urgence» des feux en Amazonie au G7 de Biarritz ce week-end. 

Dans deux tweets successifs, M. Bolsonaro a accusé M. Macron d'«instrumentaliser une question intérieure au Brésil et aux autres pays amazoniens» avec «un ton sensationnaliste qui ne contribue en rien à régler le problème». «Le gouvernement brésilien reste ouvert au dialogue, sur la base de faits objectifs et du respect mutuel», a écrit le président d'extrême droite. 

«La suggestion du président français selon laquelle les affaires amazoniennes soient discutées au (sommet du) G7 sans la participation de la région évoque une mentalité colonialiste dépassée au 21e siècle». M. Bolsonaro a participé à une réunion de crise en soirée à Brasilia. En matinée, il avait lancé une nouvelle charge contre les défenseurs de l'environnement, qui ont appelé à des manifestations vendredi dans le monde.

 Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a déclenché la salve d'appels à sauver l'Amazonie en se disant sur Twitter «profondément préoccupé» par les incendies sévissant dans la plus vaste forêt tropicale du monde, dont 60% se trouvent en territoire brésilien. 

«En pleine crise climatique mondiale, nous ne pouvons accepter davantage de dégâts sur une source majeure d'oxygène et de biodiversité», a écrit Antonio Guterres, réclamant que l'Amazonie soit «protégée». 

«Notre maison brûle» 

Peu après, c'est le président français qui exprimait son inquiétude, lui aussi avec un tweet, malencontreusement illustré d'une image prise par un photographe décédé en 2003, comme beaucoup d'autres tweets. «Notre maison brûle. Littéralement. L'Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20% de notre oxygène, est en feu. C'est une crise internationale. Membres du G7, rendez-vous dans deux jours pour parler de cette urgence». 

L'ex-candidate à la présidentielle brésilienne, Marina Silva, en visite à Bogota, a affirmé lors d'un entretien jeudi avec l'AFP que le géant latino-américain a le savoir et la «technologie» pour maîtriser les feux, qui dévorent de vastes superficies de jungle du fait, selon elle, de la «négligence» de l'équipe Bolsonaro.

   Marina Silva, qui a aussi été ministre de l'Environnement de 2003 à 2008 du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-10), a indiqué qu'un mouvement était en cours de formation pour exiger que le Parlement écarte les initiatives législatives «contraires» à la protection de la nature. Lauréate du prestigieux prix Goldman Environmental en 1996, considéré comme le Nobel vert, elle a sévèrement critiqué le président de son pays, estimant que ce qui se passe en Amazonie, constitue un «crime contre l'humanité».   

Pour Marina Silva ce qui se passe en Amazonie, dont 60% sont situés au Brésil, constitue un «crime contre l'humanité».
Pour Marina Silva ce qui se passe en Amazonie, dont 60% sont situés au Brésil, constitue un «crime contre l'humanité».
Photo: AFP


 Dans le cadre d'un colloque «Progrès et reculs de la gestion socio-environnementale en Amérique latine», organisé à Bogota par le Centre des objectifs de développement durable pour l'Amérique latine (CODS), elle a appelé à l'établissement d'un impératif éthique de protection de la nature, détaché des positions politiques. 

L'appel de Greta Thunberg

Des manifestations étaient prévues pour l'Amazonie vendredi, à Sao Paulo et Rio. Le mouvement de la jeune Suédoise Greta Thunberg, égérie de la lutte contre le réchauffement climatique, «Fridays for Future», a appelé à manifester devant les ambassades et consulats du Brésil à travers le monde.

 Si l'avancée des feux dans la plus vaste forêt tropicale de la planète était très difficile à évaluer, l'Institut national de recherche spatiale (INPE) a fait état de près de 2.500 nouveaux départs de feu en l'espace de 48 heures dans l'ensemble du Brésil.

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.

 La déforestation, qui avance rapidement, est la principale cause des départs de feu. D'après l'INPE, 75.336 feux de forêt ont été enregistrés dans le pays de janvier jusqu'au 21 août. Ce sont 84% de plus que sur la même période de l'an dernier et plus de 52% concernent l'Amazonie. Face à cette «tragédie», le président équatorien Lenin Moreno a proposé à son homologue brésilien l'envoi de trois brigades de pompiers spécialisés dans les incendies de forêt. 

«Psychose environnementale»

 Tandis que la presse brésilienne commençait à rapporter des problèmes respiratoires dans certaines villes, les feux affectant l'Amazonie sont restés jeudi au Brésil la première tendance sur Twitter, avec en illustration son inévitable lot de photos ou vidéos n'ayant aucun rapport avec «le poumon de la planète». 

Sous les mots-clés #Nasa et #AmazoniasSemONGs (Amazonie sans ONG), des internautes assuraient que des photos-satellite de l'agence américaine provenaient en fait de Bolivie ou soutenaient la charge anti-ONG du président.

Au cœur de la tempête après ses déclarations polémiques de la veille, Jair Bolsonaro a enfoncé le clou au sujet des «incendies criminels».
Au cœur de la tempête après ses déclarations polémiques de la veille, Jair Bolsonaro a enfoncé le clou au sujet des «incendies criminels».
Photo: AFP

Il a expliqué qu'il pourrait tout aussi bien accuser «les indigènes, les Martiens ou les grands propriétaires terriens». «Mais les plus forts soupçons pèsent sur les ONG», a-t-il dit. Mercredi Jair Bolsonaro avait déjà montré du doigt les ONG de défense de l'environnement. «Les ONG perdent de l'argent, qui venait de la Norvège et de l'Allemagne. Elles n'ont plus d'emplois, elles essaient de me renverser», a-t-il assuré jeudi, en référence à la suspension par ces deux pays de leurs subventions au Fonds Amazonie affecté à la préservation de l'immense forêt tropicale. Il a exprimé toutefois sa préoccupation pour les retombées économiques. 

«Si le monde entier commence à dresser des barrières commerciales (contre le Brésil) notre agro-négoce va chuter, l'économie va reculer (...). "Cette psychose environnementale nous empêche d'agir», a-t-il dit. Des représentants du puissant agro-négoce se sont aussi inquiétés de possibles appels à des boycottages de produits brésiliens. 

Dans une tribune, 118 ONG se sont élevées contre «l'irresponsabilité» présidentielle. «Bolsonaro n'a pas besoin des ONG pour cramer l'image du Brésil dans le monde entier», lit-on dans ce texte, qui dénonce un président «qui manipule l'opinion publique contre le travail réalisé par la société civile, avec des allégations irresponsables et inconséquentes».