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Les fabricants de masques chinois font grise mine
International 3 min. 07.08.2020 Cet article est archivé

Les fabricants de masques chinois font grise mine

De mars à mai 2020, la Chine a écoulé à l'étranger dix fois  plus de masques qu'elle n'en avait produit au total en 2019. Mais le marché s'érode.

Les fabricants de masques chinois font grise mine

De mars à mai 2020, la Chine a écoulé à l'étranger dix fois plus de masques qu'elle n'en avait produit au total en 2019. Mais le marché s'érode.
Photo : AFP
International 3 min. 07.08.2020 Cet article est archivé

Les fabricants de masques chinois font grise mine

Réglementation plus stricte et prix en chute libre pénalisent de nombreuses usines du pays. Aussi, les fabricants chinois luttent-ils pour leur survie sur un marché devenu ultra concurrentiel et qui n'est plus synonyme de poule aux œufs d'or.

(AFP) - «Depuis avril, nos commandes ont été divisées par cinq ou six», peste Yang Hao, directeur commercial de CCST, une entreprise de Shenzhen spécialisée dans les purificateurs antipollution mais reconvertie dans les masques au plus fort de l'épidémie. Premier pays touché par le nouveau coronavirus, la Chine s'est rapidement imposée comme le principal fabricant de masques au monde. Pékin n'hésitant pas à en user sur le plan diplomatique avec des dons à l'étranger.

Entre mars et mai, le géant asiatique a exporté plus de 50 milliards de masques, selon les derniers chiffres disponibles des douanes chinoises. Cela représente 10 fois la production totale du géant asiatique l'an dernier. Des centaines d'entreprises se sont lancées en début d'année dans une course effrénée à la fabrication de protections buccales, au moment où les besoins de protection contre le virus explosaient aux quatre coins de la planète et que les prix s'envolaient.


Un masque jeté, une amende dressée
Abandonnée dans les rues ou dans la nature, la protection buccale constitue une pollution bien délicate à éliminer. Face au nombre croissant de masques chirurgicaux trainant au sol, le ministère de l'Environnement envisage de sanctionner les fautifs.

La plupart des firmes étaient novices en la matière, à l'image du groupe automobile BYD, devenu en quelques semaines le plus gros fabricant mondial de masques, avec une capacité de 5 millions d'unités par jour.

Selon la base de données sur les entreprises Tianyancha, près de 74.000 sociétés se sont inscrites en tant que fabricant de masques au premier semestre, contre moins de 6.000 un an plus tôt. Et le mois d'avril a représenté à lui seul la moitié des créations. 

Mais le vent a tourné, même si le port du masque ne semble pas près de disparaître avec le regain épidémique des dernières semaines dans de nombreux pays. Même en Chine, qui n'a enregistré aucun décès du covid-19 depuis la mi-mai, la population continue très majoritairement à porter le masque dans certaines villes comme Pékin. Mais «il y a trop de petits producteurs non qualifiés et cela a entraîné un effondrement des prix», relève l'analyste Wilfred Yuen, de la banque d'affaires BOCI à Hong Kong. 


A warehouse worker wearing a protective mask and a hard hat pushes a hand truck and a stack of boxes in a warehouse stacked with inventory.
Quatre mois de masques en stock disponibles
Le Luxembourg a constitué des réserves de protections buccales. Soit près de 30 millions de masques prêts à être redistribués aux soignants ou à la population si le besoin s'en faisait ressentir.

Résultat : des usines qui ferment du jour au lendemain et des ouvriers qui se retrouvent sur le carreau sans avoir été payés. Le responsable commercial d'une entreprise de produits médicaux basée dans le Hebei, près de Pékin, assure vendre aujourd'hui ses masques à perte, avec un prix de vente «autour de 0,4 yuan (0,05 euro) contre 1,7 yuan au plus fort de l'épidémie». Un coup d'autant plus dur pour le responsable, dénommé Xu, que les matières premières qu'il a achetées en pleine pénurie coûtaient, selon lui, «30 fois plus cher» qu'aujourd'hui.

Si la course aux masques a été un atout indéniable sur le plan sanitaire, cela a «entraîné une baisse générale de la qualité et une hausse des escroqueries», constate le cabinet d'études de marché Daxue Consulting. Après plusieurs plaintes à l'étranger épinglant la qualité supposée de la production chinoise, Pékin a drastiquement durci ses critères d'exportation, dès le mois d'avril.

Paradoxe

Les fabricants sont désormais tenus de présenter une certification du pays destinataire. Et puis, les pays européens produisent désormais leurs propres masques grâce, paradoxalement, à des machines achetées en Chine. 

Malgré tout, «la Chine restera le premier fournisseur mondial de masques», estime Wilfred Yuen, de BOCI. «De nombreux pays restent incapables d'assurer leur propre approvisionnement en masques», fait-il remarquer. Pour la France seule, les commandes d'Etat s'élèvent à environ 4 milliards de masques depuis le début de l'épidémie, selon le ministère de la Santé.


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Luxtimes, Einwegmasken in der Natur, covid-19, Coronavirus, Ökologie, Masque, protection, pollution, 
Verschmutzung, foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
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