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Les dossiers belges des Pandora Papers
International 4 min. 06.10.2021
Evasion fiscale

Les dossiers belges des Pandora Papers

Evasion fiscale

Les dossiers belges des Pandora Papers

Illustration : AFP
International 4 min. 06.10.2021
Evasion fiscale

Les dossiers belges des Pandora Papers

Max HELLEFF
Max HELLEFF
L’enquête menée par le consortium ICIJ sur les paradis fiscaux pointe la famille Solvay, des industriels, des banquiers et des diamantaires.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Les titres de la presse belge brillent par leur contraste depuis quelques jours. D’un côté par exemple, l’intention déclarée de la Wallonie de mettre en place sur son sol des territoires «zéro chômeur longue durée». De l’autre, les révélations des Pandora Papers avec leur avalanche de comptes offshore appartenant à, notamment, de très riches Belges : des hommes d’affaires, des PDG, des banquiers, etc.


Roi, politiques et stars pointés par les «Pandora Papers»
De nouvelles révélations sur l'évasion fiscale viennent de sortir via un consortium international de journalistes. Y sont pointés certains investissements de personnalités comme Shakira, plusieurs dizaines de ministres ou présidents, Dominique Strauss-Kahn, etc.

Du déjà-vu ? Ces dernières années, les LuxLeaks, les Panama Papers ou encore les Foot Leaks ont livré un portrait plutôt gratiné de l’évasion et de la fraude fiscales, en Belgique comme ailleurs. Cette fois cependant, on touche presque au sacré avec une série de révélations relatives aux Solvay, une famille tenue en haute estime en raison de son rôle historique dans le développement économique et intellectuel du pays.

Selon l’enquête Pandora Papers menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), Bernard de Laguiche, le patron de la société Solvac détenue à 77% par quelque 2.300 personnes liées aux fondateurs de l’entreprise familiale Solvay, a constitué un réseau de sociétés offshore à travers le monde. Ce labyrinthe fiscal passe par le Liechtenstein, le Panama, la Nouvelle-Zélande, Singapour et les îles Vierges. Des centaines de milliers d’actions y auraient fructifié en toute discrétion. 

Une volonté de cacher

Contacté par ICIJ, le boss de Solvac assure qu'il n'a pas créé ces sociétés «à des fins fiscales». «J'ai toujours géré mes actifs familiaux de bonne foi et j'ai rempli toutes les obligations de déclaration envers les autorités fiscales et les régulateurs du marché».

Mais pour le quotidien flamand De Tijd, il s’agit bien pour les Solvay d’éluder les impôts. «Dans leur cas, nous avons même mis la main sur les comptes-rendus confidentiels des réunions avec leurs conseillers fiscaux et gérants de fortune. Ils font littéralement référence aux impôts auxquels ils veulent échapper et à leur volonté de cacher ce capital». La société Solvay s’est refusée à tout commentaire sur «les finances personnelles de certains actionnaires».

L’enquête révèle également que Wouter Devriendt, directeur général de Dexia de 2016 à 2020,  avait investi auparavant dans une société offshore aux îles Vierges. Problème : il en était encore actionnaire lorsqu'il était à la tête de Dexia. Parmi ses coactionnaires, on trouve le ministre néerlandais sortant des Finances Wopke Hoekstra. Cités également : Vishal Mehta et son père, Dilip Mehta, ancien patron de Rosy Blue, le numéro un du secteur diamantaire anversois. Il est question ici de 350 millions de dollars d’actifs rien que pour un trust établi à Hong Kong.

Le Soir de mercredi pointe encore deux hommes d’affaires flamands – Christian Dumolin qui est à la barre du fabricant de tuiles Koramic, et Frank Monstrey qui a fait fortune via la compagnie pétrolière kazakhe Nostrum. «Tous deux ont logé une partie de leur patrimoine dans une fondation néerlandaise, fiscalement très attractive. Mais plus surprenant, les Pandora Papers révèlent que les deux hommes ont été financés par Kiril Androsov, ancien chef de cabinet adjoint du gouvernement Poutine», écrit le quotidien.


Wi, Classement des banques .Finanzplatz,BCEE Spuerkees. Luxemburg.Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
La Place vue au travers de l'enquête Open Lux
Menées par 16 médias internationaux et l'Organized Crime and Corruption Reporting Project, les investigations portent sur l'analyse de quatre millions de documents du registre du commerce et du registre des bénéficiaires effectifs du Grand-Duché.

Ces nouvelles révélations font mal alors que le gouvernement De Croo planche précisément sur une série d’économies destinées à réduire le déficit public gonflé par la crise sanitaire. Malgré les effets d’annonce passés et présents, la preuve est une nouvelle fois faite que la lutte contre la fraude fiscale – du moins si elle est avérée ici – ne fonctionne pas.

Pour le ministre des Finances, le chrétien-démocrate flamand Vincent Van Peteghem, «éviter l’impôt via des constructions offshore, c’est de la fraude. Il n’y a pas matière à discuter à ce sujet». Le président du mouvement réformateur (MR, parti gouvernemental) Georges-Louis Bouchez se refuse pour sa part à condamner le placement d’argent dans les paradis fiscaux, faisant la différence entre fraude, évasion et optimisation fiscales.

Pour Le Soir, qui a mené avec De Tijd et l’hebdomadaire Knack l’enquête des Pandora Papers en Belgique, l’enjeu est sociétal : «Le juste impôt, c’est un garant de la cohésion sociale, surtout en temps de crise. Une évidence qu’il est important de rappeler.» Pour la chaîne publique francophone RTBF, «le communautarisme des plus riches encourage la sécession fiscale (…) Si aucune raison de justice ou morale ne convainc les dirigeants d’agir contre la sécession fiscale, il en reste trois, plus pragmatiques : l’État s’appauvrit, l’État se décrédibilise, la société se dissout.»

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