Changer d'édition

Les deux mondes de la côte belge
International 5 min. 06.08.2022
La mer du nord, une histoire belge 3/3

Les deux mondes de la côte belge

Comme à Blankenberge, la construction de grands immeubles est un business qui rapporte beaucoup d’argent et tant pis si la succession des monolithes grisâtres prive l’arrière-pays de la vue sur la mer.
La mer du nord, une histoire belge 3/3

Les deux mondes de la côte belge

Comme à Blankenberge, la construction de grands immeubles est un business qui rapporte beaucoup d’argent et tant pis si la succession des monolithes grisâtres prive l’arrière-pays de la vue sur la mer.
Photo: Getty Images
International 5 min. 06.08.2022
La mer du nord, une histoire belge 3/3

Les deux mondes de la côte belge

Il y a deux mondes qui vivent à la côte belge. Et ils vivent dans leurs têtes à des époques très différentes.

De notre correspondant Max Helleff (Bruxelles)Il y aurait deux catégories, presque deux mondes. D’une part, le public de Blankenberge, ses échoppes en pagaille, ses embouteillages de cuistax et ses files à n’en plus finir devant le marchand de glace. D’autre part, les promeneurs sereins du Coq-sur-Mer, amoureux du calme et de la nature.


La «Belsch Plage» a plus à offrir que la mer
La côte belge est rapidement accessible aux Luxembourgeois et constitue une destination de vacances très appréciée. Outre le tourisme, l'art y joue un rôle important.

Ces deux mondes habitent dans des univers immobiliers très différents. Et vivent (dans leurs têtes) à des époques différentes.

Grâce à une politique immobilière restée longtemps stricte, Le Coq a pu préserver en partie ses villas de type Belle Epoque. Difficile de ne pas tomber amoureux du quartier de la Concession, logé à proximité de la gare du tram de la côte. Il y a la villa Stella Maris où un écrivain flamand célèbre, Guido Gezelle, passait l’été en famille. Il y a la villa Savoyarde où Albert Einstein a vécu durant l’été 1933, à l’abri de la barbarie nazie. Et quelque 70 autres maisons signées par l’architecte Léon Ide.

«Depuis, c’est le bonheur»

Un peu par hasard, Ben (prénom d’emprunt) a acheté une de ces villas anglo-normandes, râpées par le sel marin, lessivées par les embruns. «Nous avions coutume de venir au Coq, mais jamais je n’aurais pensé acquérir une habitation ici. Et puis, nous avons un jour vu celle-ci. Elle était très défraîchie. Nous l’avons malgré tout achetée. Depuis, c’est le bonheur. Les journées se passent à vélo entre la station et la Zélande proche. Le temps n’a plus d’importance…» Et comme pour se rassurer, Ben ajoute: «En dix  ans, la valeur de la maison a quadruplé.»

Alors les enfants et les petits-enfants les vendaient pour en finir. Et les promoteurs étaient tout heureux de disposer d’un terrain pour y construire un grand immeuble.

L’expression «charme désuet» est probablement ce qui caractérise le mieux Le Coq, village né de la concession il y a un peu plus d’un siècle d’une étendue de dunes à des entrepreneurs désireux d’aménager ce coin de littoral. L’architecte londonien William Kidner y fut chargé d’un projet d’urbanisation au style anglo-normand. Ce dernier a plutôt bien résisté, même s’il lui a fallu céder en partie à la promotion immobilière, avant de revenir récemment à des règles plus strictes.

Ceux qui  restent nostalgiques des villas anglo-normandes qui ont accompagné l’aménagement du littoral belge, peuvent se rendre  au Quartier Dumont de La Panne.
Ceux qui restent nostalgiques des villas anglo-normandes qui ont accompagné l’aménagement du littoral belge, peuvent se rendre au Quartier Dumont de La Panne.
Photo: AFP

Toutes les stations balnéaires de la côte belge n’auront pas cette chance. A la veille de la Seconde Guerre mondiale apparaît le tourisme de masse. Celui-ci s’amplifie fortement dans les années 60-70, moment où il sert d’alibi à la bétonisation du littoral et à la construction d’imposantes barres d’immeubles. Beaucoup d’entre elles s’installent sur les restes de villas anglo-normandes cossues livrées au bulldozer. Construites dès la fin du XIXe siècle dans l’euphorie de la prospérité, elles sont devenues autant de fardeaux pour les héritiers de leurs propriétaires. «Elles étaient inchauffables et coûtaient cher à entretenir. Beaucoup tombaient en ruines», explique un guide. «Alors les enfants et les petits-enfants les vendaient pour en finir. Et les promoteurs étaient tout heureux de disposer d’un terrain pour y construire un grand immeuble.» Qu’on les aime ou qu’on les déteste, les barres d’immeubles font désormais partie du paysage balnéaire belge.

 Des barres d’immeubles dans la dune

Car la demande est toujours là. Belges et étrangers affluent en grand nombre chaque été vers la côte et cherchent à se loger à bas prix. La construction de grands immeubles est un business qui rapporte beaucoup d’argent et tant pis si la succession des monolithes grisâtres prive l’arrière-pays de la vue sur la mer. Dans les années 70, des promoteurs peu scrupuleux n’ont pas hésité à empiéter sur la dune, bien qu’elle soit protégée. Un scandale retentissant a ainsi ébranlé La Panne, à la frontière franco-belge, après la construction illégale d’immeubles à appartements dans la réserve naturelle du Westhoek.

Mais ici, rien n’est impossible. En y allant de sa poche, il est possible d’acheter des appartements selects, davantage respectueux de l’environnement de la côte. Un nouveau quartier s’érige ainsi sur la rive est d’Ostende (Oosteroever). Il se bâtit selon un mode durable, inspiré d’expériences urbanistiques menées dans des villes comme Barcelone et Amsterdam. Le tout a pris pied sur des quais désaffectés où devrait apparaître une nouvelle vie dans la décennie à venir. Le haut des immeubles toise la grande plage d’Ostende. L’endroit est promis à accueillir de nombreuses activités et loisirs associés à la mer.

Knokke-le-Zoute, le must

Si, malgré tout, vous restez nostalgiques des villas anglo-normandes qui ont accompagné l’aménagement du littoral belge, prenez donc rendez-vous avec le Quartier Dumont, lové dans la dune, à 500 mètres à l’arrière des barres d’immeubles de La Panne. Il porte le nom des architectes Albert Dumont et de son fils, Alexis. Il comprend environ 500 villas construites entre 1882 et 1914. On y gravit et on y dégringole les rues au gré des plis de la dune. Il y règne une belle tranquillité, en dépit de l’industrie touristique qui bat son plein en été non loin de là.


The Coast Tram / Kusttram,  longest tram line in the world, riding from Knokke to Adinkerke along the Belgian North Sea coast, Belgium. (Photo by: Arterra/Universal Images Group via Getty Images)
A la découverte de «Pimpon»
Alors que le Luxembourg se réjouit du retour du tram, le «Kusttram» fait partie du paysage de la côte belge depuis 1885.

Mais le must pour bien des estivants à la recherche de loisirs confortables reste Knokke-le-Zoute. Feu le bourgmestre Léopold Lippens n’a jamais caché qu’il voulait préserver sa commune du tourisme de masse, parfois en usant de termes fleuris qui consistaient grosso modo à dire aux «frigobox» - comprenez les touristes d’un jour – d’aller se faire bronzer ailleurs. Ses successeurs portent haut cet héritage, au motif qu’il constitue la marque de fabrique de la station balnéaire la plus huppée du pays.

Si une telle attitude a souvent été décriée dans les médias belges, elle a abouti en revanche à préserver en partie Knokke de l’effervescence côtière. Le covid a toutefois contraint les autorités communales à montrer davantage de souplesse. Au printemps 2021 ainsi, des dizaines de milliers de personnes ont débarqué subitement certains jours dans la station avec l’envie pressante de prendre l’air du déconfinement, mais aussi avec leurs frigobox. 

Knokke n’était pas habituée à une telle affluence, et surtout pas à un public venu des quartiers pauvres de Bruxelles. Les toilettes ont rapidement manqué. Il y a eu des «accidents». Les bars de plage ont été priés de mettre à disposition de cette clientèle inhabituelle leurs installations sanitaires.  Et puis, le calme est revenu. Et la mer a emporté avec elle les grains de sable de la polémique.  

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

L'enquête sur le tourisme du Statec révèle que 77% de la population résidente est partie au moins une fois en voyage de loisirs l'an dernier. La France reste toujours la destination numéro 1.