Changer d'édition

Les Belges tracés pour stopper le virus
International 3 min. 27.04.2020

Les Belges tracés pour stopper le virus

L'idée est de lister les personnes ayant pu être en contact avec un malade covid-19 dans les 14 derniers jours.

Les Belges tracés pour stopper le virus

L'idée est de lister les personnes ayant pu être en contact avec un malade covid-19 dans les 14 derniers jours.
Photo : Shutterstock
International 3 min. 27.04.2020

Les Belges tracés pour stopper le virus

Max HELLEFF
Max HELLEFF
L’une des mesures les plus spectaculaires annoncées par le Conseil national de sécurité est le traçage des patients infectés. Par observation humaine, non par voie électronique.

De notre correspondant Max HELLEFF (Bruxelles) - Le dernier Conseil national de sécurité belge qui a énoncé les premières phases de déconfinement n’a pas fini de faire parler de lui. Rares sont les points de ce plan à faire l'unanimité. L’un d’eux passe particulièrement mal : l’interdiction sine die notifiée aux familles de se retrouver en cercle élargi alors que, d’un autre côté, la fréquentation de tous les commerces sera autorisée dès le 11 mai.

Une autre mesure interpelle: le tracking ou tracing. «Testing et tracing vont jouer un rôle» dans le contrôle de la propagation de l’épidémie, avait souligné la Première ministre Sophie Wilmès, vendredi. Au Luxembourg, pareille mesure a été évoquée mais le Premier ministre a assuré être d'abord préoccupé par le respect de la vie privée et de la protection des données des habitants.


Scepticisme face à une éventuelle «application corona»
Soucieux de la protection des données personnelles, le gouvernement pose un regard critique sur les programmes destinés au traçage et à la surveillance du covid-19. Quand bien même ce genre d'outil pourrait s'avérer très utile dans une stratégie de sortie de crise graduelle.

Concrètement en Belgique, le médecin qui sera en présence d’un patient atteint par le covid-19 décidera si un test doit être prescrit. Les données recueillies par le laboratoire seront stockées dans une base accessible à un call center. Le traçage pourra alors commencer, un agent s’occupant physiquement d’établir la liste des personnes avec lesquelles le malade a été en contact au cours des 14 jours précédents. Celles-ci seront alors contactées et, en bonne logique, diagnostiquées à leur tour.

Le recours à ce dispositif est en réalité dans l’air depuis plusieurs semaines. La majorité des partis politiques ne s’y sont pas opposés, même si les bémols sont nombreux.

2.000 citoyens recrutés

Dans les faits, ce système existe déjà. Il est utilisé dans le suivi des maladies infectieuses. L’objectif consistera ici à l’harmoniser entre les trois régions du pays : la Flandre, la Wallonie et Bruxelles – sans oublier la communauté germanophone. Les données ainsi recueillies seront sécurisées par Sciensano, l’Institut de santé publique.

Pour activer ce dispositif, 2.000 futurs «contact tracers» vont être engagés afin d’alimenter en données une plateforme électronique, moyennant une courte formation. «Quelques heures de cours peuvent suffire», écrit L’Echo.  Le coût de l’opération est estimé entre 9 et 15 millions d’euros.

Couper les chaînes de transmission du virus

Quid du respect de la vie privée ? Dans les colonnes de la Libre Belgique, le ministre bruxellois de la Santé Alain Maron explique que «l’objectif aujourd’hui, c’est d’organiser cela de manière interfédérale, dans le respect des règles et pour le bien de tous.»

Dans Le Soir, l’épidémiologiste Marius Gilbert présente ce dispositif comme un mal nécessaire. «Il  permettra de couper les chaînes de transmission du virus». Le but est de «remplacer une mesure collective de confinement par des mesures individuelles et ciblées».

 Une alternative à cette technique - qui fait donc appel à l’observation humaine -  pourrait faire autrement débat: le recours à une application smartphone. Si elle n’est pas activée pour l’instant, elle reste à l’état de possibilité pour le gouvernement fédéral. En Belgique, les données des opérateurs téléphoniques sont déjà stockées et analysées, notamment pour chercher à mieux comprendre la mobilité.

Jeudi dernier, en marge de la séance plénière de la Chambre, le Mouvement réformateur (MR, le parti de la Première ministre Sophie Wilmès) avait déclaré qu’il ne signerait pas une proposition de résolution encadrant l’usage d’une application numérique dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Déposé par les écologistes, le texte a reçu l’aval des socialistes, des libéraux flamands et des chrétiens-démocrates flamands. «Le MR ne peut signer le texte de résolution en l’état car il ne va pas assez loin dans le respect de la vie privée et de la protection des libertés», avait plaidé la députée libérale francophone Nathalie Gilson.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Les Belges vivront désormais masqués
Alors que la Belgique dénombre plus de 6.000 morts dues au coronavirus, le masque de protection est au cœur des étapes successives du déconfinement qui commencera le 4 mai. Il se portera dès l'âge de 12 ans.