Changer d'édition

Les Belges sous haute surveillance
International 3 min. 11.05.2020

Les Belges sous haute surveillance

Quelque 100.000 étudiants universitaires francophones s'apprêtent à passer leurs examens à distance

Les Belges sous haute surveillance

Quelque 100.000 étudiants universitaires francophones s'apprêtent à passer leurs examens à distance
Photo: Shutterstock
International 3 min. 11.05.2020

Les Belges sous haute surveillance

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Dans les commerces comme dans les universités, la surveillance est de mise. Pour des raisons très différentes.

De notre correspondant, Max Hellef (Bruxelles) - C'est un saut vers l'inconnu que tente la Belgique. La grande majorité des commerces rouvrent en effet ce lundi moyennant une série de dispositifs qui doivent aider au respect de la distanciation sociale. Le masque est «fortement recommandé», mais n’est pas obligatoire.

Cette nouvelle phase de déconfinement programmée par le gouvernement Wilmès est surveillée de près par les experts. Virologues et épidémiologistes craignent en effet que l’affluence des consommateurs (conjuguée aux retrouvailles des familles autorisées ce 10 mai à l’occasion de la Fête des mères) ne réactive le coronavirus. «Si l'on arrive à circonscrire de petits clusters, les choses seront gérables», constate en substance Jean-Luc Gala, un spécialiste des maladies infectieuses. «Mais si la pandémie reprend au point de dépasser nos capacités hospitalières, la situation pourrait s'avérer hors de contrôle.»


Les étudiants en examen surveillés électroniquement
L'UCL Louvain, grande université francophone belge, va recourir à des logiciels anti-triche pour les examens sous confinement. Ses concurrentes parient sur la confiance.

C'est dans ce climat que quelque 100.000 étudiants vivent aujourd'hui leur blocus côté francophone. Les universités ont reçu pour mission de mener à bien les examens qui clôturent traditionnellement l'année académique fin juin ou début juillet. Les épreuves se dérouleront à distance et par connexion informatique avec le risque que la tricherie soit au rendez-vous. La plupart des «univ» parient sur l'honnêteté de leurs étudiants et se contentent de leur faire signer une charte où chacun s'engage à respecter les règles du jeu.

Mais l'UCLouvain a pris une autre option: les ordinateurs de ses étudiants seront équipés de logiciels espions qui les dissuaderont a priori de toute tricherie. Cette annonce a d'abord fait l’effet d’une bombe. Depuis, l'UCLouvain a mis de l'eau dans son vin. «Un tiers des cours seront évalués sur base de travaux préparés à livres ouverts. Un autre tiers se tiendront en oral et parmi le dernier tiers utilisant des plateformes comme TestWe ou Wiseflow, tous ne réclameront pas l'accès à la caméra», rassure dans Le Soir un conseiller au rectorat. Les enseignants «peuvent donc au choix utiliser Moodle, qui est la plateforme standard utilisée par la majorité des universités pour les examens en ligne, Teams, particulièrement adapté aux examens oraux à distance, ou encore TestWe et Wiseflow».

Intrusion dans le lieu de vie et l'intimité de l'étudiant

Autrement dit, la surveillance par logiciel espion ne serait qu'un outil parmi d'autres en terres néolouvanistes. Mais si le professeur le juge nécessaire, il pourra toujours se tourner vers des logiciels comme TestWe ou Wiseflow qui permettent un «lockdown de la machine». Cette technologie va jusqu'à bloquer la connexion internet de l'étudiant jusqu'à l'envoi de sa copie à l'examinateur. Une webcam peut le surveiller de surcroît de manière aléatoire.

Mais il y a un hic: photographier l'étudiant durant l'examen implique une intrusion dans son lieu de vie et donc dans son intimité. Si ce coup de canif à la vie privée lui pose un problème, il pourra toujours venir passer son examen en présentiel dans un auditoire. En avril dernier, l’Association générale des étudiants de Louvain (AGL) avait toutefois estimé que les étudiants qui refusent la surveillance à domicile se mettraient en danger sanitaire en présentant physiquement leur examen à l'université.

Ultime précision: l'examen qui permet aux candidats en médecine et en dentisterie d'accéder à une université francophone belge ne se tiendra pas le 3 juillet, comme prévu initialement. La première épreuve aura lieu le 28 août. La seconde se tiendra «le plus tôt possible» ensuite, au plus tard au début d'octobre.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Les Belges vivront désormais masqués
Alors que la Belgique dénombre plus de 6.000 morts dues au coronavirus, le masque de protection est au cœur des étapes successives du déconfinement qui commencera le 4 mai. Il se portera dès l'âge de 12 ans.
Sale temps pour Super Maggie
La ministre belge de la Santé Maggie De Block est sous le feu des critiques. Mais bien malin qui abattra cette «héroïne» flamande.
Belgian Minister of Health, Social Affairs, Asylum Policy and Migration Maggie De Block attends a press conference after a Minister's council of the Federal Government, on March 20, 2020 in Brussels, on the support plans for economic and social consequences of the COVID-19 pandemic caused by the novel cronavirus. (Photo by Daina LE LARDIC / BELGA / AFP) / Belgium OUT