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Le voile autorisé dans toutes les hautes écoles francophones belges
International 3 min. 08.02.2021

Le voile autorisé dans toutes les hautes écoles francophones belges

Dès la prochaine rentrée, le voile sera autorisé dans l'enseignement supérieur francophone belge.

Le voile autorisé dans toutes les hautes écoles francophones belges

Dès la prochaine rentrée, le voile sera autorisé dans l'enseignement supérieur francophone belge.
Photo: Anouk Antony
International 3 min. 08.02.2021

Le voile autorisé dans toutes les hautes écoles francophones belges

Max HELLEFF
Max HELLEFF
Admis pour tous les étudiants, le port des signes convictionnels reste toutefois prohibé pour les écoliers de l’enseignement obligatoire.

De notre correspondant, Max Helleff (Bruxelles) - Le débat sur la laïcité reprend de la vigueur en Belgique. L’organisation faîtière de l’enseignement officiel francophone (Wallonie-Bruxelles Enseignement) va autoriser le port du voile dans les établissements du supérieur sur lesquels elle a autorité. Ce changement interviendra en septembre, lors de la prochaine rentrée académique, et concernera environ 50.000 étudiants.


TO GO WITH AFP STORY BY SAMER AL-ATRUSH<br />(FILES) -- This combination picture created from AFP file images on June 19, 2009 shows Muslim women wearing a Hijab (top L), a Niqab (top R) a Tchador (down L) and a Burqa.  A French parliament report called on January 26, 2010 for a ban on the full Islamic veil, saying Muslim women who wear the burqa were mounting an "unacceptable" challenge to French values. After six months of hearings, a panel of 32 lawmakers recommended a ban on the face-covering veil in all schools, hospitals, public transport and government offices, the broadest move yet to restrict Muslim dress in France.<br />   AFP PHOTO (LtoR) CRIS BOURONCLE/FAROOQ NAEEM/BEHROUZ MEHRI/FARZANA WAHIDY
Le voile islamique fait l'objet d'une pétition
Le sujet fait partie des thématiques d'une des cinq nouvelles pétitions publiques ouvertes à signature. Mais la question est-elle aussi "non discriminante" que ne le veut l'habituel esprit des textes soumis à avis de la population avec l'aval de la Chambre?

Cette décision brise un vieux tabou. L’Etat belge est dit «neutre» et, jusqu’ici, le port des signes convictionnels dont fait partie le voile était interdit dans l’enseignement officiel supérieur, mais admis dans le «libre» - les écoles subventionnées mais non organisées par l’autorité publique. Mais le vent tourne. L’accord de majorité trouvé au sein du gouvernement régional bruxellois mentionne lui aussi un tel changement. On est loin de l’émotion qu’avait provoquée en 2015 une décision de justice affirmant le droit des employées musulmanes de l’office du chômage bruxellois Actiris de porter le voile sur leur lieu de travail.

Le CAL s'inquiète

Pour ses partisans, l’autorisation du port du voile doit permettre de « coller » aux changements sociologiques de la société belge, notamment la présence d’une forte communauté musulmane dans des villes comme Bruxelles et Anvers. Pour ses détracteurs, elle revient à reconnaître l’instrument de soumission de la femme que serait le voile, niant au passage le caractère inclusif de la «neutralité à la belge».

C’est ainsi que le Centre d’action laïque (CAL) «refuse tout symbole lié à un phénomène de soumission à un dogme quel qu’il soit.» Il met en garde contre le prosélytisme et craint que la neutralité ne soit «détricotée». Surtout, il s’inquiète face au risque de voir la nouvelle mesure s’imposer un jour dans l’enseignement obligatoire primaire et secondaire, celui-ci étant fréquenté par des mineurs d’âge a priori soumis à leur famille.

Une neutralité mal vécue

« Je peux entendre à titre personnel que certaines jeunes filles issues de l’immigration et vivant des discriminations cherchent à s’affirmer par le voile », avertit Véronique De Keyser, la présidente du Cal. «Mais je connais aussi le poids et les pressions redoutables des familles, des frères… Au CAL, nous voulons une libération de toutes les femmes.»

Ces échanges se sont faits sur le velours, personne ne haussant la voix. Mais il reste que pour plus d’un observateur, la Belgique vit de plus en plus mal la neutralité inscrite dans sa Constitution (l’Etat reconnaît et finance un certain nombre de cultes, ainsi que la laïcité «officielle» représentée par le CAL). François De Smet, le président du parti libéral-social Défi, dénonce une «sorte de lâcheté et de retrait du politique», un biais pour ne pas prendre position dans des questions philosophiques fatalement sans réponse. Ainsi en irait-il des régimes différents réservés par Bruxelles, la Flandre et la Wallonie à l’abattage rituel.

«Laïcité à la française»  

François De Smet propose de faire de la Belgique un Etat laïc. Un texte de loi a été déposé devant le Parlement. Selon son auteur, «la laïcité affirme la prépondérance de la loi civile sur les prescrits religieux, comme sur les autres convictions, ce qui est la condition du vivre-ensemble.»

Cette proposition de loi promet de faire débat. Pour Hervé Hasquin, l’ancien recteur de l’ULB, la «laïcité à la française» n’est pas un exemple à suivre en Belgique. Chaque pays a une approche de la laïcité modelée par son histoire. Celle du royaume aurait l’avantage d’éviter la polarisation entre radicalisme musulman et intolérance laïque. Alors, pourquoi en changer?, dit-il en substance…

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