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Le Vlaams Belang ronge son frein dans les parlements
International 3 min. 29.10.2019

Le Vlaams Belang ronge son frein dans les parlements

Tom Van Grieken, le très sélect président du Vlaams Belang.

Le Vlaams Belang ronge son frein dans les parlements

Tom Van Grieken, le très sélect président du Vlaams Belang.
Photo libre de droits
International 3 min. 29.10.2019

Le Vlaams Belang ronge son frein dans les parlements

L’extrême droite flamande a beau être isolée, elle a retrouvé son potentiel d’antan en rajeunissant ses cadres.

Max Helleff (Bruxelles) - En juillet dernier, un député du Vlaams Belang est devenu président de la commission Intérieur de la Chambre, laquelle traite notamment de l'immigration. La nouvelle n’a provoqué que quelques hauts cris, dont ceux de l’ancienne ministre humaniste Joëlle Milquet qui a jugé ce choix «impensable et atterrant».

Depuis, c’est le calme plat. L’extrême droite n’a guère fait parler d’elle qu’à l’occasion des pourparlers pour la formation du nouveau gouvernement flamand. Elle en a finalement été exclue.

Et pour le reste? On sait peu de choses en réalité des intentions du Vlaams Belang, aujourd’hui fort de 18 députés fédéraux (contre 3 précédemment) sur les 150 que compte la Chambre. A priori, il est voué à rester dans l’opposition, entravé par le cordon sanitaire qui l’empêche d’accéder aux différents exécutifs.  Mais il pourra y faire pencher la balance dans un sens comme dans l’autre, au coup par coup. En matière d’immigration, par exemple.

 Un agenda social très généreux  

Le Vlaams Belang n’est toutefois plus ce parti obsessionnellement identitaire et nationaliste. En façade, en tout cas. «A l’image de Marine Le Pen et du Rassemblement National en France, rappelle le politologue Dave Sinardet, les extrémistes flamands sont les seuls sur le marché politique belge à proposer la combinaison gagnante: politique économique de gauche et politique migratoire de droite.»

Si le Belang est parvenu à séduire l’électorat qui votait traditionnellement pour les socialistes flamands, c’est grâce à un agenda social très généreux. C’est en effet l’extrême droite qui propose désormais le retour de la pension à 65 ans (au lieu de 67 ans) ou la carrière complète à 40 ans (au lieu de 45 ans).

Reste à voir comment le Vlaams Belang se débrouillera pour défendre ce programme lorsque le nouveau parlement fédéral sortira de sa léthargie. A défaut de gouvernement, l’institution vivote pour l’instant et les joutes y sont plutôt rares.

«Allochtones»

Pour mieux cerner l’âme profonde du Belang millésime 2019, il faut aussi lire le curriculum vitae de ses députés.

Sans surprise, on trouve aux côtés du très sélect président Tom Van Grieken des hommes et des femmes qui ont davantage fait leurs classes dans un nationalisme intransigeant et tapageur que dans des associations à vocation sociale. En témoigne le profil de Dries Van Langenhove, fondateur du mouvement aux relents racistes Schild & Vrienden, désormais figure de  fer de lance du parti. Van Langenhove a fait scandale en dénonçant en commission de l’Intérieur les «nuisances des allochtones dans les zones récréatives et les piscines à ciel ouvert».

«Allochtones»... Ce mot venu des Pays-Bas et qui signifie «étranger» porte en Belgique une lourde connotation xénophobe.  

Rajeunissement

Aux côtés des vieux de la vieille, casseurs de francophones et pourfendeurs de rois, on trouve beaucoup de jeunes dans l’extrême droite flamande. «Globalement, les partis européens sont en crise en Europe mais le Vlaams Belang parvient à recruter toujours plus de membres et ce grâce à ses mouvements de jeunesse, ses organisations étudiantes. Parmi les jeunes nouveaux députés, cinq ont été à la tête des Jeunes Vlaams Belang», analysait récemment la politologue Léonie de Jonge dans les colonnes du Soir.

Le pari du rajeunissement fait par les Gerolf Annemans et les Filip Dewinter, ces chevilles ouvrières du Vlaams Block devenu Vlaams Belang, considérés comme autant de pestiférés de la politique belge, semble fonctionner à plein. Leurs troupes n’ont plus qu’à attendre les premières batailles politiques…