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Le Vlaams Belang renvoyé à ses démons
International 3 min. 11.06.2019

Le Vlaams Belang renvoyé à ses démons

Tom Van Grieken, président du parti Vlaams Belang minimise les propos de sa collègue.

Le Vlaams Belang renvoyé à ses démons

Tom Van Grieken, président du parti Vlaams Belang minimise les propos de sa collègue.
AFP
International 3 min. 11.06.2019

Le Vlaams Belang renvoyé à ses démons

La presse flamande évoque l'homophobie et la nostalgie pour le nazisme.

Par Max Helleff (Bruxelles)

Dominiek Sneppe, une élue du Vlaams Belang, remet en cause le mariage homosexuel et l’adoption homoparentale. Le droit ouvert aux gays de pouvoir se marier et d’avoir des enfants va un «pont trop loin», a-t-elle confié au «Krant van West Vlaanderen». Cette sortie a suscité de vives critiques de la part des partis flamands, à commencer par la N-VA.

Lorin Parys, le vice-président des nationalistes flamands, homosexuel et père d'une fille adoptée, évoque ainsi une opinion «rétrograde». Si, lors d’éventuelles discussions gouvernementales, le Vlaams Belang devait remettre en cause les droits des holebis, a-t-il martelé, «ce sera sans nous, et cela aura été de très courtes négociations».

Complications pour la N-VA

Mais Dominiek Sneppe ne s’en laisse pas conter. Elle réplique en faisant valoir son droit à une «conviction personnelle». Quant à son président Tom Van Grieken, il minimise le propos: «Depuis cinq ans, je le dis: les droits des holebis sont des droits acquis».

Alors que les pourparlers vont bon train pour la formation des exécutifs fédéral et régionaux, cette affaire complique singulièrement la vie de la N-VA. Si le parti de Bart De Wever envisage de s’allier à l’extrême droite – au moins au niveau flamand – il ne peut pour autant ignorer l’émoi causé par les déclarations de Dominiek Sneppe dans un contexte où les valeurs démocratiques sont censées primer.

Hommage à une figure du nazisme

L’adoption homoparentale est inscrite dans la loi belge depuis 2006. En 2017, la Chambre a facilité son application en votant une autre loi, visant celle-là à contourner certains obstacles. Le Vlaams Belang s’est alors abstenu – il n’a donc pas voté contre.

Intriguée, la presse flamande a cherché à savoir qui est exactement Dominiek Sneppe. C’est ainsi que le site «Apache» écrit que le beau-père de cette élue du Vlaams Belang, membre actif de la milice néonazie interdite VMO, a participé à une opération de rapatriement de la dépouille du prêtre Cyriel Verschaeve.

Verschaeve fut une figure de proue de la collaboration avec le nazisme. Il a envoyé de nombreux jeunes Flamands sur le front de l'Est. Dominiek Sneppe a joué de l’orgue lors d'une cérémonie d'hommage au collaborateur, insiste la presse belge.

Et ce n’est pas fini. La «Gazet Van Antwerpen» révèle pour sa part les sympathies nazies affichées il y a quelques années par un conseiller communal Vlaams Belang de Stabroek, en province d'Anvers. L’homme serait féru de musique de propagande glorifiant les Waffen-SS et la Collaboration… Une enquêté a été ouverte.

Les mauvais souvenirs de Bart de Wever

Homophobie et nostalgie nazie: ces deux démons que le Vlaams Belang «modernisé» prétend avoir renvoyés aux enfers séviraient donc encore en ses rangs. Pour Michael Freilich, une figure en vue de la communauté juive d’Anvers, c’en est trop.

«Il est plus que temps que vous et votre parti clarifiez la situation à la suite d'un certain nombre d'événements et concernant un certain nombre de personnes et leur passé», a-t-il écrit au président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken.

Michael Freilich lui demande de condamner la collaboration avec le nazisme et de renvoyer tous les membres du parti qui ne l'accepteraient pas. «La Flandre en général et la communauté juive en particulier n'attendent pas que des belles paroles mais aussi des actes», ajoute-t-il.

Bart De Wever a du souci à se faire. Il y a quelques années, le bourgmestre d’Anvers s’était enfin décidé à condamner la Collaboration pour se rapprocher de la communauté juive. Il ne faudrait pas demain qu’il perde sur les deux tableaux.

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