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Le saut dans l'inconnu des premiers pays à «déconfiner»
International 5 min. 08.04.2020 Cet article est archivé

Le saut dans l'inconnu des premiers pays à «déconfiner»

L'activité aux abords du Prater est vide mais les autorités autrichiennes envisagent de lever progressivement le confinement.

Le saut dans l'inconnu des premiers pays à «déconfiner»

L'activité aux abords du Prater est vide mais les autorités autrichiennes envisagent de lever progressivement le confinement.
Photo: AFP
International 5 min. 08.04.2020 Cet article est archivé

Le saut dans l'inconnu des premiers pays à «déconfiner»

Si le confinement de millions d'Européens est un défi sans précédent, les modalités d'une reprise de la vie économique et sociale s'annoncent aussi comme une opération complexe.

(AFP) - «Il n'y a pas de référence internationale en la matière», a relevé le chancelier autrichien Sebastian Kurz, dont le pays a, le premier dans l'Union européenne, détaillé un calendrier d'allègement progressif des restrictions. Le Danemark et la Norvège, en régime de «semi-confinement», ont aussi communiqué des dates de redémarrage. 

Le Portugal et la Grèce évoquent des échéances alors que la Belgique a mis en place un groupe d'experts pour préparer la sortie de quarantaine. Dans tous les cas, la reprise se fera par étapes avec le maintien de mesures de précaution. La circulation mondiale du virus, qui nécessiterait des stratégies coordonnées, est un facteur supplémentaire d'incertitude.  

Déterminer le bon moment

L'Autriche, la Norvège, le Danemark estiment avoir réussi à aplatir durablement la courbe des contaminations. En Autriche, où plus de 12.500 cas positifs de covid-19 ont été diagnostiqués, le gouvernement a annoncé son plan de déconfinement en constatant la nette décrue des nouveaux cas. Le taux quotidien d'augmentation se maintient autour de 2% depuis plusieurs jours alors qu'il était de 40% à la mi-mars.  

La Norvège a jugé que l'épidémie, avec 5.863 cas recensés, était «sous contrôle» sur son sol. Selon les dernières statistiques, un malade en Norvège ne contamine plus que 0,7 personne en moyenne contre 2,5 avant l'imposition des restrictions. Le nombre de décès dans ces pays a été contenu et les structures hospitalières n'ont pas été débordées. La maladie avait fait mercredi 243 morts en Autriche, 187 au Danemark et 69 en Norvège.    

Assouplissement graduel 

Pour tous ces pays, il n'est pas question de lever du jour au lendemain les restrictions imposées mi-mars. En Autriche, où seuls les supermarchés et les pharmacies demeuraient ouverts, le gouvernement veut rouvrir les petits commerces le 14 avril -avec les enseignes de bricolage et jardinage- puis tous les autres magasins début mai. Les hôtels et restaurants devraient suivre vers la mi-mai. 


Lokales,Abstand halten auf dem Stadter Maart.Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Faut-il interdire les marchés?
Les marchés en plein air sont tellement plébiscités que certains s'inquiètent des risques de contamination courus par badauds et exposants. Mais jusqu'à présent, seules Dudelange et Mamer ont décidé de stopper leur rendez-vous marchand.

Les Autrichiens devront continuer à limiter leurs déplacements au strict nécessaire et à télétravailler jusqu'à fin avril au moins. Les établissements scolaires du primaire et du secondaire ne devraient pas rouvrir avant le 15 mai. 

Le Danemark, lui, va étaler sur un mois, à partir du 15 avril, la reprise des cours. En Norvège, l'accueil va reprendre dans les crèches le 20 avril. Pour une partie seulement des collèges, lycées et universités, la rentrée se fera le 27 avril. Les étudiants autrichiens ne vont pas reprendre le chemin de l'université et vont terminer leur année via l'enseignement en ligne. 

«Restrictions pendant encore de nombreux mois»  

Au Danemark, aucune date de réouverture des bars, restaurants, salons de coiffure et de massages, centres commerciaux et discothèques n'a été annoncée. Dans ces trois pays, il n'est pas question d'autoriser à ce stade les grands rassemblements ou les manifestations sportives et culturelles, ce sera au plus tôt en juillet ou août.  

La Grèce a dit espérer un «retour à la normalité» en mai, tout comme le Portugal, à condition que le confinement soit scrupuleusement respecté jusqu'à ce moment-là. Aucun de ces pays n'a manifesté de triomphalisme, mettant en garde à maintes reprises sur le risque d'une reprise de l'épidémie.


Lokales, Centre Medical Avancé, Luxexpo The Box, Coronavirus, Covid-19, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
Sortie de crise... Quelqu'un a parlé de sortie?
Pas de doute, l'impatience guette au terme de cette troisième semaine de confinement. Mais, vendredi soir, le Premier ministre a douché tous les espoirs: l'heure n'est pas à la levée des restrictions de déplacements. Et quand sonnera l'heure de la sortie, cela se fera pas à pas.

«Nous allons vivre avec de nombreuses restrictions pendant encore de nombreux mois», a prévenu la Première ministre danoise Mette Frederiksen, appelant au civisme car «un petit dérapage individuel peut avoir un grand impact»  sur la société. Son homologue norvégien Erna Solberg a prévenu que cet allègement des restrictions «ne signifie pas qu'on puisse devenir plus imprudents».

Dans ces deux pays, comme en Autriche, on souligne que les restrictions seront de retour en cas de regain de l'épidémie. L'Autrichien Sebastian Kurz a averti que le gouvernement pourrait de nouveau «appuyer sur le frein» si nécessaire.

Le masque obligatoire en Autriche

Lavage régulier des mains, respect de la distance d'au moins un mètre dans les magasins voire limitation du nombre de clients: les gestes barrières restent plus que jamais d'actualité.   

Reflet du débat sur l'utilité de porter un masque, l'Autriche rend son usage obligatoire dans les supermarchés et les transports collectifs, alors que le masque ne fait l'objet d'aucune recommandation en Norvège et au Danemark, où il est très peu utilisé.  


Libyans wearing protective face masks queue in front of a bank in the centre of the capital Tripoli on April 1, 2020, amidst the novel coronavirus pandemic crisis, on April 1, 2020. (Photo by Mahmud TURKIA / AFP)
L'efficacité des masques en débat
Le recours aux masques face au coronavirus a été spontané et massif dans certaines régions d'Asie, tandis que les pays occidentaux, d'abord réticents, commencent à recommander leur usage généralisé. Cependant l'efficacité de cette stratégie fait toujours débat.

 Avec des Etats membres de l'UE se trouvant à différents stades de la pandémie, les stratégies nationales de sortie du confinement risquent d'impliquer une limitation durable des déplacements internationaux. Les frontières du Danemark restent d'ailleurs fermées.

«Tant qu'il n'y aura pas de vaccination ou de médicament efficace, cette maladie nous accompagnera et il n'y aura pas de liberté de voyager telle que nous la connaissions», a prévenu en Autriche Sebastian Kurz. La Commission européenne souhaite éviter que la levée des mesures se fasse «en ordre dispersé» dans l'UE et a reporté l'annonce d'une feuille de route pour une sortie coordonnée afin de ne pas brouiller les messages des pays qui exhortent à ne pas relâcher les restrictions.  

A rebours de Vienne ou Copenhague, un durcissement des restrictions a été décrété par les autorités locales en France. Et un responsable italien a averti mardi: «nous sommes loin de la sortie de crise, d'une hypothétique heure H qui nous fera revenir à la situation d'avant».  


10.03.2020, Großbritannien, Cardiff: Ein Laborant behandelt Proben im Specialist Virology Centre der Universitätsklinik von Wales, um einen diagnostischen Test auf das neuartige Coronavirus durchzuführen. Foto: Ben Birchall/PA Wire/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
Le coronavirus se propage
Signalé pour la première fois par l'OMS le 31 décembre 2019, le virus 2019-nCoV s'est propagé à l'ensemble du globe en quelques semaines. La Chine, centre de l'épidémie, est particulièrement touchée.

Les pays relançant leurs activités vont marcher sur un fil, préviennent par ailleurs les scientifiques, car «l'immunité de groupe», qui assurerait une protection suffisante à l'ensemble de la population, y est encore faible.  

«Dès que l'on assouplit les restrictions, le nombre d'infections va de nouveau augmenter un peu», prévient la virologue Elisabeth Puchhammer-Stöckl, de l'université médicale de Vienne. «Le but est que cela se déroule de façon contrôlée», avec un système hospitalier capable de traiter les cas graves et des tests en quantité suffisante pour suivre les évolutions.    

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A couple wearing protective face masks carry their groceries on April 5 , 2020, in Brussels, as a strict lockdown is been in place for the past 3 weeks to stop the spread of COVID-19, the disease caused by the novel coronavirus. (Photo by Aris Oikonomou / AFP)